Publié le 07 juin 2013

SOCIAL

Etiqueter les produits provenant des colonies israéliennes pour lutter contre leur occupation

L'Union Européenne réfléchit à la mise en place d'un étiquetage spécifique pour les produits venus des colonies israéliennes. Des députés français ont appelé à soutenir le projet fin mai à Paris en s'appuyant sur le travail mené par une ONG palestinienne WhoProfits. Spécialiste de l'activisme économique, elle est consultée par les investisseurs responsables nord européens.

139884_GF.jpg

« Nous pratiquons l'activisme économique » explique Esti Micenmacher, de l'ONG Who Profits venue à Paris fin mai 2013 expliquer l'action de cette association, créée il y a sept ans par des femmes militant contre l'occupation israélienne dans les territoires. «Nous avons mené une enquête pour savoir quelles entreprises réalisaient des profits dans les colonies. Nous avons ensuite construit une base de données accessible sur notre site Internet qui les répertorie en trois catégories, celles qui y réalisent des produits, celles qui contribuent à la construction des colonies et celles qui y proposent leurs services. » Elle ajoute : « Aujourd'hui, il est impossible pour le consommateur européen de connaître l'origine exacte des produits qui viennent d'Israël. C'est pourquoi nous appelons à l'étiquetage des produits en provenance de ces territoires». Elle a bon espoir que cela soit applicable sur les produits alimentaires et cosmétiques pour lesquelles les règles européennes de traçabilité sont déjà très précises. Comme cela concerne beaucoup les fruits et légumes provenant de la vallée du Jourdain, cela lui semble très construction.

De plus en plus d'investisseurs convaincus

L'activisme économique de Whoprofits l'a aussi a mené à interpeler les investisseurs responsables, en particulier dans les pays où ils sont attentifs à la question des territoires occupés. L'étude publiée par le centre de recherche de Novethic sur leurs listes noires d'entreprises controversées montre que des grands fonds scandinaves et néerlandais excluent certaines entreprises pour leur implication dans les territoires occupés. L'entreprise française Alstom est l'une d'entre elles. Esti Micenmacher raconte que ces investisseurs sont aujourd'hui un relai important des actions menées par Whoprofits. «Nous avons contacté il y a quatre ans le fonds souverain norvégien pour lui dire que nous avions repéré une quarantaine d'entreprises dans ses placements susceptibles d'être en contradiction avec sa politique éthique de respect des droits humains. Deux semaines après son comité éthique est venu nous voir sur place. Par la suite, le fonds a désinvesti trois compagnies que nous avions ciblées dont l'israélienne Elbit. »
Whoprofits a noté que les investisseurs responsables dont de plus en plus nombreux à la contacter. S'ils ne sont pas Français pour l'instant, il s'agit plutôt de fonds de pension d'Europe du Nord. Leurs démarches d'engagement actionnarial auprès des entreprises constituent clairement pour cette ONG un levier beaucoup plus important que la démarche d'étiquetage des produits. Ceci dit la seconde peut contribuer à lancer un débat en France sur cette notion d'activisme économique dans les colonies ou ailleurs. Ce serait un premier pas intéressant vers la prise de conscience que les actions économiques et financières ont aujourd'hui souvent beaucoup plus de poids que les actions politiques.

A.C. Husson-Traore
© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

SOCIAL

Droits humains

Le respect des droits humains par les entreprises est devenu crucial pour les investisseurs ou les ONG. Elles dénoncent les violations commises contre des peuples autochtones ou les communautés locales ce qui peut compromettre de nombreux projets, en particulier dans le secteur extractif.

Proces Harvey Weinstein StephanieKeith GettyImages NorthAmerica AFP

Harvey Weinstein reconnu coupable, une première victoire post-Me too

Le magnat d'Hollywood Harvey Weinstein vient d'être reconnu coupable de viol et d'agression sexuelle. Si les circonstances aggravantes n'ont pas été retenues, il risque néanmoins jusqu'à 29 ans de prison. C'est la première victoire judiciaire depuis le lancement du mouvement Me Too. Un symbole alors...

Mal logement urgence ecologique sociale municipale

[Municipales] Le (mal) logement, une urgence sociale et écologique

La question du mal-logement est un des problèmes majeurs dans nos territoires et pourtant, selon la Fondation Abbé Pierre, elle est encore peu présente dans la campagne des municipales. Du gel des loyers aux logements à prix réduit en passant par les habitats participatifs, sans oublier la...

Remise rapport Thiriez ENA Edouard Philippe Matignon

Rapport Thiriez : L’ENA doit disparaître et la mixité sociale dans l’administration publique doit être accrue

Le rapport Thiriez sur refonte de l’École Nationale d’Administration, l’ENA, a été remis le 18 février. Il prône la création d'une "école d'administration publique" qui assurerait la formation de tous les hauts fonctionnaires de l'État, en incluant plus de mixité sociale.

Name and shame embauche Aleutie

Testing et "Name and Shame" : un cocktail efficace pour relancer le débat sur les discriminations à l’embauche

En vingt ans, la difficile reconnaissance de la discrimination à l’embauche a connu plusieurs phases. La discrimination existe largement, mais son illégalité permet d’en nier l’existence. Ce long combat a eu des périodes de succès, mais la stratégie des entreprises pointées du doigt consiste en...