Le Covid 19 a paralysé l’économie mondiale pendant plusieurs semaines, mis à nu les inégalités sociales qui rongent les pays occidentaux et ainsi contribué à lever la colère qui s’exprime dans le monde entier contre les inégalités sociales. Les mouvements de manifestations rassemblent des foules souvent jeunes qui veulent non seulement que "les vies noires comptent", mais aussi d’un autre avenir, plus juste. Le conflit est ouvert avec les générations plus âgées, attachées jusqu’au bout au modèle des trente Glorieuses.

Sans transition ou presque, les images diffusées en boucle sur les télévisions sont passées de scènes d’hôpitaux au bord de la rupture, submergés par l’arrivée de malades victimes du Covid-19 à des foules qui défilent partout dans le monde avec des pancartes demandant plus de justice pour les populations victimes de discrimination parmi les plus pauvres, le tout en pleine période où les gestes barrière sont supposés limiter tout rassemblement ! Seule la colère peut expliquer un si rapide basculement du monde.
L’épidémie a révélé l’extrême fragilité des systèmes sanitaires des pays riches, impuissants à affronter à cette vague qui cible plus âgés. En France, neuf victimes du Covid-19 sur dix ont plus de 65 ans. Cette population inactive représente 20 % de la population soit 13,4 millions de personnes et les hôpitaux ne pouvaient proposer que 7 000 lits de réanimation. Le confinement avait donc pour but de freiner la propagation de l’épidémie pour ne pas faire exploser un système miné par des décennies de limitation des moyens, dénoncés par des grèves de soignants qui duraient depuis de longs mois en France, sans succès.
Cette génération née dans les années 50 a trouvé très légitime qu’on la protège du risque sanitaire même si cela fait peser des menaces économiques gravissimes sur les suivantes. Ce mécanisme a été dénoncé par Francois de Closets qui rappelait dans sa tribune du 29 mai que les générations plus âgées ont un devoir de gratitude pour un tel sacrifice : "N’éprouvent-ils pas de la gêne, pour ne pas dire de la honte, en regardant leurs enfants et petits-enfants ? Ne sont-ils pas conscients d’appartenir à une génération prédatrice qui laisse à ses descendants une nature dévastée et 2 000 milliards d’euros de dettes accumulées sans la moindre justification ?"
Des Millenials au front
La mort filmée de George Floyd a précipité dans les rues du monde entier des milliers de jeunes assoiffés d’un monde plus juste parce qu’elle est un catalyseur de leurs colères qui s’était exprimé tout au long de 2019 sur le climat dans le sillage de Greta Thunberg. Aux États-Unis, rappelle l’historien Pap Ndiaye toujours dans Le Monde, "La socialisation politique de la jeunesse woke [du verbe to wake, se réveiller, être conscient des injustices qui pèsent sur les minorités] autour de l’environnement a sans doute préparé la mobilisation actuelle. Elle est aussi rendue possible par la fermeture des établissements scolaires".
Ces "millenials ", nés au début du 21e siècle, ont donc 20 ans ou presque et ne laisseront personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. Aux États Unis, ils s’opposent massivement à Trump, 73 ans, l’imprécateur de Twitter qui veut à tout prix préserver les énergies fossiles et le modèle d’une économie financiarisée où il suffit d’annoncer de bons chiffres du chômage pour que les bourses grimpent (+ 3,71% pour le CAC 40 le 5 juin).
En France, dès le 1er mai se préparait l’idée d’une convergence des luttes, environnementales et sociales, mais c’est finalement le combat contre les violences policières et pour l’égalité sociale de tous qui a mobilisé plus de 20 000 personnes les 2 et 6 juin dans un pays où les rassemblements publics sont interdits. Leur slogan qui reprend les derniers mots de George Floyd, "Je ne peux plus respirer", s’entend à tous les sens du terme sanitaire, environnemental et psychique.
Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic

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