Publié le 05 mai 2020

SOCIAL

Au Soudan, l'excision, qui touche neuf fillettes sur dix, est désormais un crime

C’est une révolution qui vient de se produire au Soudan. Le pays, où près de 90 % des femmes sont excisées, vient de criminaliser cette mutilation génitale considérée comme une torture par l'ONU. Reste encore à faire appliquer la loi car il ne suffit pas d'interdire pour mettre un coup d'arrêt à cette pratique. L'Égypte a interdit les mutilations génitales en 2008, mais 70 % des filles sont toujours excisées. 

Excision 200 millions de filles UNICEF
30 millions de filles risques d'être excisées au cours de la décennie à venir selon l'Unicef.
UNICEF / Kate Holt

Le Soudan a adopté un amendement qui criminalise les mutilations génitales féminines alors que, selon l’Unicef, le taux moyen d’excision était de 86,6 % en 2014 avec des pics à 95 % dans certaines régions du pays. Toute personne pratiquant désormais une excision encourt une peine de prison de trois ans et une amende.

"La prévalence des mutilations génitales féminines au Soudan est l’une des plus élevées au monde. Il est maintenant temps de recourir à des mesures punitives pour garantir que les filles soient protégées de cet acte", a déclaré à Reuters Faiza Mohamed, directrice régionale de Equality Now. "L’Afrique ne peut prospérer que si elle prend soin des filles et des femmes", ajoute-t-elle dans le New York Times. 

Reste maintenant à faire appliquer la loi. Car l’excision est une pratique culturelle très ancrée dans le pays. "Traditionnellement, les Soudanais croient que couper les parties génitales externes d’une fille est gage d’honneur pour la famille de cette dernière et d’un bon mariage dans l’avenir. Mais cette mutilation peut conduire à des infections et, dans les pires cas, à une infertilité ou à des complications lors des accouchements. Et cela diminue énormément le plaisir sexuel", explique le média soudanais Radio Dabanga. 

Un frein culturel

Il faudra donc une révolution culturelle pour mettre réellement un terme à ces mutilations génitales. L’exemple de l’Égypte est une mise en garde sur ce sujet. Comme le rapporte le journal francophone "Aujourd’hui la Turquie", l’Égypte a interdit la pratique de l’excision en 2008 mais aujourd’hui encore, 70 % des Égyptiennes subiraient une mutilation génitale avant leurs 12 ans.

Au total, ce sont plus de 200 millions de femmes et de filles qui ont subi des mutilations génitales dans 31 pays à travers le monde, essentiellement en Afrique. Et cette pratique à un coût économique. Selon l’Organisation mondiale de la santé, les complications liées à ces mutilations se chiffrent à 1,4 milliard de dollars en 2018. "Ce montant devrait passer à 2,3 milliards d'ici 30 ans (2047) si le taux de mutilations sexuelles féminines reste le même - ce qui correspond à une augmentation de 68 % des coûts de l'inaction. Toutefois, si les pays abandonnent ces pratiques, ces coûts diminueront de 60 % au cours des 30 prochaines années", plaide l’OMS. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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