Publié le 04 mai 2016

SOCIAL

Le tutorat, clé d’entrée de la diversité dans l’entreprise

Ils ont le potentiel pour réussir mais leur environnement limite leurs perspectives. Grâce à des associations comme Passeport Avenir, des jeunes issus de milieux populaires bénéficient d’un tutorat par des salariés d’entreprise. Une démarche qui contribue à changer les représentations en interne. Explications.

Photo d'illustration.
iStock

"Michelle représente une vraie source de motivation pour moi. Elle tire une énergie incroyable de son parcours, s’engage totalement dans son projet professionnel en restant constructive et toujours orientée solution." Victor Tretiakow, en charge du développement international des grands comptes chez Orange Business service, ne tarit pas d’éloges concernant Michelle Temgoua, élève en classe préparatoire au lycée Henri Moissans à Meaux. Depuis près d’un an, il est le tuteur de cette jeune fille d’origine camerounaise dans le cadre du partenariat d’Orange avec l’association Passeport Avenir.

Cette structure, née en 2005, met en relation des jeunes à potentiel issus de milieux populaires et des salariés de grandes entreprises, dans une démarche de tutorat. Son but : inciter ces jeunes à se lancer dans des études ambitieuses et former les leaders de demain en leur donnant les clés de l’entreprise. Les élèves sont sélectionnés par leur établissement sur leurs résultats et leur motivation.

Depuis sa création, l’association a noué des partenariats avec 200 établissements et une trentaine d’entreprises, tout en mobilisant quelque 1 400 collaborateurs tuteurs. Avec des résultats qui parlent pour eux : 90% des étudiants accompagnés intègrent une grande école. Et tous décrochent un poste dans les six mois.

 

Voir plus loin

 

L’objectif de Michelle Temgoua, c’est d’être commissaire au compte. Arrivée en France il y a quatre ans, la jeune fille de 19 ans est passée de foyers en familles d’accueil et ne peut compter que sur elle-même. Très vite, son directeur d’établissement a détecté son potentiel, l’incitant à s’engager en prépa. Mais c’est quand Victor Tretiakow est venu faire une présentation dans son lycée, que le déclic s’est opéré. "Etre accompagnée par un tuteur me donne confiance en moi, explique Michelle. Il me conseille sur mes choix, ma méthode de travail, dans la préparation des concours. Il m’ouvre des perspectives, me montre que tout est possible si je garde mon objectif", s’enthousiasme-t-elle.

C’est après un échange avec un de ses collègues, déjà tuteur du programme, que Victor Tretiakow a décidé de s’engager. Convaincu de la pertinence et de l’efficacité du contact direct entre des jeunes et des salariés, il est aujourd’hui passé à la vitesse supérieure. C’est ainsi que sont nés les "Orange inside day", des demi-journées de rencontre entre des élèves d’un niveau de prépa et des salariés volontaires. Après une présentation de l’entreprise, les élèves participent à des speed dating organisés par métier – marketing, commercial, ressources humaines – face à des professionnels de l’entreprise. Ils visitent également le show room pour mieux appréhender la technologie d’Orange et travaillent sur des études de cas, par exemple sur les objets connectés, qu’ils vont ensuite présenter par groupe.

En un an, soutenu par sa hiérarchie, Victor a mobilisé ses collègues et organisé trois éditions, deux à Paris et une à Saint-Denis. "Tous les collaborateurs que j’ai contactés ont accepté de consacrer deux heures pour parler de leur métier et échanger avec les jeunes. Ils ont à nouveau répondu présents aux éditions suivantes. Cette démarche a été vécue très positivement. L’adhésion à l’entreprise s’en est trouvée renforcée car elle nous donne la possibilité d’avoir un impact social. Et tous ont été impressionnés par l’envie et la motivation de ces jeunes." 

 

De tutoré à tuteur

 

Pour Victor, l’étape suivante est de susciter d’autres vocations de tuteur, démarche qui exige une plus grande disponibilité, sur une durée plus longue.

Pour Yassine Bouabdellah, devenir tuteur relevait de l’évidence. Ce "petit jeune de banlieue qui n'imaginait même pas entrer dans une grande entreprise" comme il le dit lui-même, est devenu ingénieur télécom chez SFR, quelques années après avoir bénéficié d’un tutorat au sein de cette même entreprise. "C’est grâce à cela que j’ai découvert ce qu’était un ingénieur, explique-t-il. Cette relation m’a ouvert des portes, m’a soutenu moralement et m’a permis de me projeter dans le cadre d’une grande école." 

Aujourd’hui, il "tutore" un étudiant issu de son ancien lycée à Saint-Denis. Et cherche à faire des émules en appui des actions et communications de son entreprise.

Cela fait dix ans que la Fondation SFR s’engage sur l’insertion professionnelle des jeunes de quartiers populaires, mais il a le sentiment que les salariés s’impliquent plus depuis que les associations partenaires viennent présenter tous les ans leurs actions sur le campus. "Ces rendez-vous nous permettent d’expliquer la démarche du tutorat et d’agir sur les représentations parfois négatives de certains collègues, que l’idée de jeunes de banlieue peut effrayer." 

Certains de ses collèges se disent prêts à devenir tuteurs à la rentrée prochaine, s’il les accompagne en soutien. Mais si Yassine Bouabdellah a le sentiment de voir plus de collaborateurs issus de milieux populaires s’engager, il pointe aussi la nécessité d’une communication renforcée pour lutter contre les préjugés. "Difficile notamment de nier l’impact des récents attentats en France", selon lui.

Pour autant, le tutorat connait un succès qui ne se dément pas au fil des années. Et alors que l’initiative semblait jusqu’à présent n’intéresser que les grandes entreprises, Passeport Avenir vient d’annoncer la signature d’une convention avec une PME. Une première, signe d’une démocratisation de la démarche.

Pascale Colisson
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