Publié le 06 septembre 2017

SOCIAL

Femmes entrepreneures : sortons des clichés !

Les start-up qui marchent sont-elles uniquement dirigées par des hommes ? Un article publié la semaine dernière dans le magazine Capital, illustré uniquement par des entrepreneurs masculins, a créé la polémique. Des femmes entrepreneures ont pris la pose à leur tour, histoire de montrer qu’elles aussi jouent dans la "cour des grands".


@ClaireGrandnom

Le poids des mots, le choc de la photo. Le magazine Capital a illustré un article sur les start-up françaises "prêtes à jouer dans la cour des grands" par 11 hommes entrepreneurs, sans une seule femme. Un choix qui a fait polémique sur les réseaux sociaux. La réponse des femmes entrepreneures ne s’est pas fait attendre.

Le 4 septembre, 13 femmes créatrices de start-up ont rejoué la photo, sur le même mode que leurs collègues masculins : en jean et chemise blanche, avec la tour Eiffel pour toile de fond. Le lendemain, quelque 70 femmes entrepreneures posaient sur les marches de la Bourse cette fois, mettant en avant le hashtag #capitalE. D’autres initiatives similaires sont à venir...

Quand les médias véhiculent les clichés

Nous ne sommes pas là pour vilipender un média en particulier mais pour rappeler que les femmes, et notamment les entrepreneures, lisent aussi les journaux et qu’elles ont leur place dans les pages économiques car elles vont faire l’Histoire ”, tient à préciser Céline Puff Ardichvili, fondatrice de l’agence de communication Look Sharp. Elle est à l'origine de l’initiative #capitalE avec Caroline Renoux, fondatrice du cabinet de recrutement Birdeo et Guillaume de Vesvrotte de l’agence de Branding Pixelis.

La responsabilité des médias dans leur ensemble est bien mise en question selon Florence Sandis, auteure du livre "Brisez le plafond de verre" et cheffe d’entreprise. "Ce type d’article est symptomatique d’un phénomène plus large. Même si cela est en train de changer, 80% des experts interrogés par les médias sont encore des hommes", souligne-t-elle. Résultat : les clichés risquent de perdurer dans la tête et dans les faits...

"Si l’on continue à ne montrer que des rôles modèles masculins, on n’aura aucune chance d’augmenter la part des femmes", explique à Challenges, Delphine Rémy-Boutang, fondatrice de la journée de la femme digitale et de l’agence The bureau, à l’initiative de la première photo de startuppeuses. "C’est quand même problématique, à l’heure où l’on encourage l’entreprenariat... Nous avons besoin de le représenter dans toute sa diversité", fait de son côté remarquer Stéphanie Savel, présidente de la plateforme de crowdfunding Wiseed.

Les femmes bien présentes dans l’univers des start-up

Et si aujourd'hui les femmes créatrices de start-up sont encore minoritaires (21% en France en 2015), leur part croît rapidement. À la Station F, le plus grand incubateur français lancé en juin dernier, on compte 40% de femmes. Et il suffit de jeter un œil à la liste des 130 entrepreneurs de moins de 30 ans à suivre en France en 2017, publiée par Business Insider avec Leaders Paris, pour voir que les jeunes femmes n’entendent pas jouer les seconds couteaux.

Seulement, les clichés ont la vie dure. Et le milieu des start-up est loin d’être épargné. En même temps que la polémique sur la photo de Capital enflait, le cas de Penelope Gazin and Kate Dwyer, fondatrices d’un site marchand axé sur la sorcellerie, faisait le tour du monde. Lassées de ne pas recevoir de réponses des développeurs ou designers, les deux jeunes femmes ont inventé un co-fondateur virtuel… masculin, répondant au nom de Keith Mann. Le changement de ton de leurs interlocuteurs a été radical, assurent-elles à la BBC. Alors qu’avec elles, ils étaient froids et ne les prenaient pas au sérieux, ils répondaient très rapidement et plus longuement à leur faux collègue. Après un an d’existence, leur site affiche un chiffre d’affaires de 200 000 dollars.

L’expérience parle à Pascale Girard, co-fondatrice de Skilltroc, un site collaboratif de partage de savoir-faire pour les particuliers et les professionnels qui a vu le jour l’an dernier. “Si j’ai monté mon entreprise au Luxembourg, ce n’est pas par hasard : en France, les banques ne me recevaient pas car elles ne prenaient pas mon projet au sérieux”, déplore la jeune femme qui avait pourtant dix ans d’expérience dans le marketing derrière elle. Sur les marches du Palais Brogniart, d’autres créatrices d’entreprise disent ne pas avoir senti de réelles difficultés du fait de leur sexe, lors de leur parcours. Mais toutes se disent lassées de devoir lutter au quotidien contre les clichés.

Arrêter le fantasme de la levée de fonds

L’un d’entre eux est l'idée qu’une start-up qui réussit a forcément levé des millions… Or, selon plusieurs études réalisées dans différents pays, les femmes lèvent en moyenne des montants moins élevés que leurs collègues. Moitié moins même, selon la dernière édition du baromètre StarHer/KPMG qui se focalise sur les start-up tech.

"Il faut changer de grille de lecture et arrêter cette folie de la levée de fonds. Ce n’est pas un critère de réussite ! Une entreprise qui réussit, c’est une entreprise qui a un marché, des clients, qui crée de l’emploi !", tient à souligner Stéphanie Savel. Au petit jeu des chiffres, une étude américaine (portant sur un échantillon restreint d’entreprises) met en avant que les start-up gérées par des femmes s’en sortiraient d’ailleurs mieux que celles gérées par les hommes, avec une croissance de leur chiffre d’affaires plus rapide et plus élevée.

Béatrice Heraud @beatriceheraud


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