Publié le 08 novembre 2011

SOCIAL

Esat recherche entreprises pour collaborations pérennes

Si les entreprises de plus de 20 salariés peuvent avoir recours à la sous-traitance offerte par les ESAT (Etablissement et services d'aide par le travail), notamment dans le cadre de leurs obligations d'emploi des personnes handicapées, ces institutions restent méconnues et sous employées. A tort, car elles sont désormais sur la voie de la professionnalisation, comme le montre le premier salon du secteur adapté et protégé du GESAT qui se déroule du 8 au 9 novembre.

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ESAT Ménilmontant
© BH

Les ESAT en chiffres

Le secteur protégé, très atomisé, est actuellement en cours de restructuration dans le cadre du plan de modernisation des ESAT lancé par la Direction générale de la cohésion sociale. En 2011, on compte 1 400 ESAT employant environ 115 000 personnes. Aucun chiffre d'affaires global n'est disponible mais en interrogeant un panel d'entreprises travaillant avec ces établissements (ESAT +EA), le baromètre Humanis sur la sous-traitance avec le secteur protégé et adapté estime le marché à 570 millions d'euros, avec un panier moyen de l'ordre de 6 442 €. Au vu de la difficulté du secteur à recruter de nouveaux clients et des entreprises à accroître le montant de leurs achats (5 à 10% tout au plus), le cabinet HandiexpeRH table sur une croissance de 0,3% pour l'année 2012.

Couture, conditionnement, recyclage, rénovation de bureaux ou de meubles, boutique d'art...Au 40, rue des Panoyaux, dans le 20ème arrondissement de Paris, 153 travailleurs handicapés mentaux et physiques s'activent dans les différents ateliers du plus grand ESAT de la capitale, qui propose une foule de prestations, parfois du sur-mesure. Ses clients? Les entreprises du quartier, mais aussi les plus grandes marques nationales telles que Air France, la GMF, Monoprix et des collectivités comme la Mairie de Paris qui lui sous-traite la préparation de ses salles de réunion, le recyclage de pièces usagées, le nettoyage et le raccommodage des vêtements de travail ou encore la livraison des courses. Créé en 1945, et toujours géré par une association, l'ESAT Ménilmontant est devenu une véritable petite PME du secteur protégé. Comme toute entreprise, il a même son identité visuelle et sa propre marque : « Histoire d'en parler...». Une orientation marketing qu'il doit en grande partie à Viviane Condat, la fille de la fondatrice de l'établissement qui a passé une bonne partie de sa carrière dans le secteur privé avant de prendre la tête de l'ESAT. Pour la seconder, elle a fait appel à des adjoints issus d'écoles de commerce prestigieuses ou de Sciences Po. Autant dire que ce genre de direction est pour le moins atypique dans le milieu qui recrutait traditionnellement davantage dans le secteur médico-social. Mais elle symbolise aussi la professionnalisation croissante de ces structures.

« Nous nous rapprochons de plus en plus du milieu ordinaire, affirme ainsi Viviane Condat. Certes nous cherchons à faire de la performance, du chiffre d'affaires et utilisons des outils du secteur marchand, seulement notre finalité n'est pas celle d'une entreprise traditionnelle. Notre mission, notre objectif exclusif reste l'insertion professionnelle et personnelle des personnes handicapées ». Le discours peut faire grincer des dents certains acteurs du secteur. Il n'en est pas moins pragmatique et quasi salutaire pour un secteur frappé de plein fouet par la crise économique : en 2009, une enquête réalisée par LH2 pour le compte du GESAT(1) montre ainsi que plus de 7 structures sur 10 ont été touchées par la crise, avec une baisse d'activité évaluée en moyenne à 21%.

Un secteur touché par la crise

Encore très dépendant du secteur secondaire, le secteur protégé est en effet victime de la désindustrialisation du pays, de la concurrence des pays émergents comme la Chine mais aussi des restrictions budgétaires. Si Marie-Anne Montchamp, la secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale, affirme que le gouvernement - qui lance un plan de modernisation des ESAT (voir document lié)- mène une « politique extrêmement volontariste envers le secteur protégé », ceux-ci doivent désormais se contenter d'une subvention de 12 000 euros par an et par travailleur, ce qui couvre difficilement les besoins en formation et en encadrement de ces personnes qui nécessitent pour beaucoup un accompagnement quasi constant. De fait, même si aucune donnée précise n'est disponible pour évaluer la rentabilité du secteur et que celle-ci n'est pas non plus une obligation pour ces structures à vocation médico-sociale, de nombreux établissements seraient aujourd'hui déficitaires. Or « nos bénéfices sont le seul levier qui nous permet de proposer des formations et des primes aux travailleurs ou de développer de nouvelles activités et de l'accompagnement médico-social », souligne Cécile Rallet, la directrice adjointe de l'ESAT Ménilmontant.

Pour faire face, le secteur -traditionnellement tourné vers les activités de conditionnement et de logistique (44 % de leurs activités selon le rapport sur la modernisation des ESAT)- doit donc se diversifier et notamment s'engager davantage dans la voie des services. Si l'entretien des espaces verts est depuis longtemps assuré par les ESAT ou leurs travailleurs détachés, les établissements proposent de plus en plus des prestations d'accueil de réunion, de nettoyage ou de rénovation. Par exemple, l'ESAT Ménilmontant vient de prendre en main la gestion d'un café/restaurant dans le 18ème à Paris. « Cela nous permettra de contrôler toute la chaîne, sans être dépendants d'autres entreprises, et de montrer notre savoir faire », s'enthousiasme Cécile Rallet. Plus rentables selon le rapport de modernisation des ESAT (voir document ci-dessous), ces prestations demandent aussi plus de compétences et d'adaptabilité, à la fois de la part des travailleurs handicapés et des publics avec lesquels ils travaillent. Ce qui n'est pas toujours évident, car il reste encore une grande méconnaissance des deux mondes, estime le GESAT, qui organise pour la première fois un salon professionnel (2) pour justement « changer l'image de marque du secteur protégé et adapté, aujourd'hui méconnu et peu considéré ».

Vers un rapprochement entre entreprises et secteur protégé

S'il reste encore de gros efforts à faire en la matière, les deux mondes se sont toutefois rapprochés, notamment du fait de la loi sur le handicap de 2005, entrée en vigueur le 1er janvier 2010. Celle -ci a augmenté de façon assez conséquente la contribution à l'Agefiph des entreprises de plus de 20 salariés n'atteignant pas le quota de 6 % de travailleurs handicapés, en direct ou via la sous-traitance au secteur adapté et protégé. Certaines entreprises, qui travaillent depuis longtemps avec le secteur, en ont ainsi profité pour accélérer la cadence à l'image d'Auchan qui mène un politique Handicap depuis 1993 et qui en 2010, a acheté pour 3,9 millions d'euros de prestations au secteur. Et de nombreuses grandes entreprises qui n'avaient pas encore franchi le pas ont commencé à travailler avec ces secteurs, ce qui a permis de « contrebalancer les pertes d'activité liées à la crise », précise le président du GESAT, Emmanuel Chansou.

De fait, selon le premier baromètre Humanis réalisé cette année sur le sujet (voir document ci-desssous), 68% des entreprises françaises interrogées (et concernées par la législation) ont eu recours au secteur adapté ou protégé en 2010, soit deux fois plus qu'en 2008. « Une progression due à la loi et au changement de comportement des entreprises vis-à-vis du secteur », estime Louis Blisson, le directeur action sociale de Vauban Humanis. Mais si 95 % des entreprises travaillant avec le secteur protégé et adapté se révèlent satisfaites, presque toutes celles (96%) n'ayant jamais contracté avec un ESAT ou un EA (établissement adapté) déclarent ne pas être encore prêtes à franchir le pas. Les freins avancés : un prix perçu comme trop élevé ou un décalage entre l'offre proposée et le besoin des entreprises. Et pourtant, « les ESAT ont aujourd'hui une palette extrêmement variée d'activités -sans doute plus de 1000-, allant de l'ostréiculture à la dentelle, en passant par l'hôtellerie et le conditionnement des capsules de café. De quoi satisfaire de nombreux besoins des entreprises », estime Emmanuel Chansou. Quant aux prix, ils se discutent. Si certaines prestations sont plus chères que celles des concurrents étrangers, leur qualité est largement reconnue : « nous avons plusieurs clients qui sont allés voir en Chine avant de revenir vers nous, la qualité n'ayant pas été au rendez-vous », affirme Cécile Rallet. Et les entreprises « oublient de compter les éléments de responsabilité sociale » qui sont forcément inclus dans les prix pratiqués par les ESAT, précise Alain Gisselbrecht, le directeur conseil d'HandiexpeRH, le cabinet qui a réalisé le baromètre.


(1) Le Réseau Gesat réunit des directeurs d'établissements protégés (ESAT) et d'entreprises adaptées (EA) soucieux de favoriser la professionnalisation et l'accompagnement des travailleurs handicapés.
(2) 1er salon du secteur protégé et adapté, du 8 au 9 novembre 2011, au 104 à Paris.

Béatrice Héraud
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