Publié le 13 février 2019

SOCIAL

Responsabilité des médias, cyberharcèlement, risque financier… cinq questions pour comprendre La ligue du LOL

Ce sont des rédacteurs en chef de médias, des communicants parisiens, des journalistes populaires... et ils ont, pendant des années, cyberharcelé des femmes, des journalistes et des blogueuses, à travers un groupe Facebook appelé "La ligue du LOL". Les témoignages dévoilent la violence extrême de leurs agissements et posent la question de la responsabilité des entreprises pour lesquels ces harceleurs travaillaient. 

Plusieurs journalistes ont été suspendu par leur rédaction pour leur participation à la Ligue du LOL, un groupe qui cyberharcelait essentiellement des femmes.
©CC0

Qu’est-ce que la Ligue du Lol ?

En 2000, le journaliste Vincent Glad a créé un groupe Facebook privé appelé la Ligue du LOL. Dans un article publié le 5 février, Libération révèle qu’une trentaine de journalistes et communicants parisiens influents sur Twitter participaient au cyberharcèlement de plusieurs personnes, essentiellement des femmes, des journalistes féministes, des blogueuses et des personnes LGBT. Le groupe, très actif entre 2009 et 2013, ciblait une personne en particulier et l’insultait ou la dénigrait sur les réseaux sociaux, en agissant toujours en meute.

 

Est-ce un groupe isolé ?

Depuis la révélation de l’affaire, il est apparu que plusieurs autres rédactions avaient leur équivalent de la Ligue du LOL. Sur le groupe Slack Radio Bière Foot, plusieurs journalistes hommes de l’Huffington Post tenaient des propos sexistes, homophobes et racistes sur les femmes de la rédaction. Chez Vice, Les Darons, groupe fermé dont plusieurs cadres de la rédaction étaient membres, s'en prenait également à leurs consoeurs.

 

Pourquoi cette affaire prend autant d’ampleur ? 

Parce qu’elle ne concerne pas seulement le petit milieu parisien et du journalisme. Dans une certaine mesure, elle fait écho à l’affaire Weinstein, du nom du réalisateur américain accusé de viols, et au mouvement Me too qui a participé à la libération de la parole des femmes. Cela vient aussi après l’affaire Baupin, ce député ex-EELV accusé d’agressions sexuelles, et qui a mis en lumière le sexisme à l'Assemblée. "Le problème de fond ce n’est ni Twitter ni l’anonymat, c’est la domination que certains exercent sur d’autres et l’impunité dont ils jouissent", écrit dans le Nouveau Magazine Littéraire la journaliste Titiou Lecoq, spécialisée sur l'égalité femmes/hommes.

 

Est-ce que la responsabilité des médias est engagée ?

La plupart des faits sont prescrits et la loi sur le cyberharcèlement n’existait pas encore lorsque les harceleurs ont agi. Mais depuis la révélation des faits, les médias peuvent prendre en compte cet enjeu dans le cadre de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Plusieurs journalistes ont ainsi été mis à pied "à titre conservatoire " dont Alexandre Hervaud, numéro trois du site web de Libération, Vincent Glad journaliste à Libération dont la collaboration avec Brain Magazine a été suspendue ou encore David Doucet, rédacteur en chef des Inrocks.

Selon l’experte Marie Donzel, "en prenant des sanctions immédiates, ce qui est inédit (en tout cas publiquement) dans une affaire de cyber-harcèlement sexiste, ces marques refusent de toute évidence d’être à associées à leurs méfaits", analyse-t-elle. "Il y a manifestement un enjeu de réputation. C’est bon signe : longtemps, on ne risquait rien en termes d’image de marque à avoir des leaders et des têtes d’affiche sexistes ou homophobes".

 

Y a-t-il un risque financier pour les médias ?

Il paraît pour l’instant peu probable que des annonceurs boycottent des médias nationaux qui ont été impactés par la Ligue du LOL comme Libération, Les Inrocks ou Slate, notamment parce que ces derniers ont pris des mesures disciplinaires. Mais cela est déjà arrivé, notamment à C8 pour l’émission Touche pas à mon poste animé par Cyril Hanouna. En mai dernier, à la suite d’une séquence dans laquelle l’animateur a piégé des homosexuels, Petit Navire, Bosch, Disney ou encore Groupama avaient décidé de suspendre leurs publicités autour de l’émission. Ce boycott aurait, selon le site Capital, fait perdre 40 millions d’euros de recettes à la chaîne.

Au-delà de ce cas, le harcèlement sexuel devient un vrai risque financier pour les entreprises. Le studio fondé par Harvey Weinstein a par exemple déposé le bilan et les casinos Wynn Resorts dirigés par Steve Wyn, accusé de harcèlement sexuel, ont chuté de 16 % en Bourse. Une nouvelle disposition surnommée la "clause Weinstein" a même introduite ces derniers moins dans plusieurs contrats d'entreprises à Wall Street. Elle garantit aux investisseurs que la société convoitée ne couvre pas de scandale sexuel. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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