Publié le 31 janvier 2017

SOCIAL

Immigration : la Silicon Valley organise la résistance anti-Trump

D'Apple à Facebook en passant par Airbnb, le décret anti-immigration signé par le président américain a été dénoncé publiquement par la plupart des grandes entreprises des nouvelles technologies. Pourquoi une telle levée de boucliers ? Sera-t-elle suffisante pour faire changer d'avis Donald Trump ? La bataille ne fait que commencer. 

La Silicon Valley organise la resistance anti-Trump. Ci-dessus, des manifestants réunis devant le terminal international de l'aéroport de San Francisco, le 29 janvier.
Josh Edelson / AFP

Sergey Brin était l'un des manifestants présents samedi à l'aéroport de San Francisco pour protester contre le décret anti-immigration signé la veille par Donald Trump. Sergey Brin ? L'un des fondateurs de Google, né en Union soviétique et arrivé sur le sol américain quand il avait six ans.

Depuis la signature de ce texte controversé, qui interdit l'entrée aux États-Unis aux ressortissants de plusieurs pays majoritairement musulmans, de nombreux autres dirigeants de groupes high-tech ont exprimé publiquement leur désaccord. Un front d'entrepreneurs anti-Trump inédit, mais dont l'impact réel reste à mesurer. 

Mark Zuckerberg, qui avait refusé de prendre position pendant la campagne, s'est dit "préoccupé par l'impact des récentes décisions".

"Apple [créé par Steve Jobs, fils d'un immigré syrien, NDLR] n'existerait pas sans l'immigration", a rappelé son PDG Tim Cook.

"Les mesures de Donald Trump affectent les employés de Netflix à travers le monde. Il est temps de joindre les mains pour protéger les valeurs américaines de liberté et d'opportunité", a renchéri Reed Hastings, le PDG de la plateforme vidéo. 

 

Les ingénieurs étrangers, pépites de la Silicon Valley

 

Cette réaction épidermique va au-delà de la mésentente historique entre Donald Trump, magnat de l'immobilier et businessman à l'ancienne, et le secteur des nouvelles technologies. En durcissant les lois sur l'immigration, le nouveau président porte atteinte à ce qui fait la richesse des entreprises high-tech : leur matière grise.

Les visas américains H1B, qui permettent à des travailleurs étrangers avec des compétences particulières de travailler légalement aux États-Unis pour des entreprises américaines, n'échappent pas au décret. L'urgence pour les groupes de la Silicon Valley est donc de protéger leurs propres salariés.

Facebook et Google ont déjà rapatrié en urgence des ingénieurs en déplacement à l'étranger. Dans la Silicon Valley, des cellules juridiques ont été mises en place dans la plupart des grandes entreprises. Pour les start-ups, un groupe de conseil juridique, baptisé Ellis, a été créé.

Google estime qu'au moins 187 de ses employés sont concernés par le décret. Ils sont 76 chez Microsoft, qui avait pris les devants il y a quelques jours en envoyant une note prévenant que ses capacités en recherche et développement pourraient être atteintes par une telle législation. 

La résistance s'organise aussi à plus long terme. Airbnb s'est engagé, même si les détails restent à préciser, à offrir un logement gratuit à l'étranger à toute personne qui ne serait pas autorisée à entrer aux États-Unis.

Lyft, l'un des concurrents de Uber, a promis de donner un million de dollars sur quatre ans à l'American Civil Liberties Union, l'organisation qui a obtenu la première victoire devant les tribunaux contre le décret. 

 

Donald Trump, l'imprévisible, peut-il reculer ?

 

La mobilisation de la Silicon Valley peut-elle faire reculer Donald Trump ? Il est trop tôt pour le dire. "Le Président Trump est tellement imprévisible", fait remarquer Eric Talley, professeur à la Columbia Law School. "Mais les équipes à la Maison-Blanche, elles, vont se préoccuper de cette protestation. Trump a été élu avec cette image d'un entrepreneur qui a réussi. Beaucoup de ses électeurs seraient perturbés si de plus en plus de PDG le critiquaient. C'est un argument qui peut porter", analyse-t-il. 

Autre levier d'action à plus long terme : la menace de s'installer à l'étranger. Le scénario est encore fictif, mais il est crédible. "Ces entreprises sont très mobiles. Ce ne serait pas terriblement difficile de déménager au Canada ou en Australie. Ce serait coûteux bien sûr, mais ce n'est pas une idée absurde", explique encore Eric Talley. 

 

La Silicon Valley prend le risque de s'exposer

 

En s'opposant publiquement à Donald Trump, la Silicon Valley prend en tout cas un vrai risque. "Le Président Trump a montré pendant sa campagne et depuis son inauguration qu'il pouvait vilipender telle personne ou tel groupe d'un seul tweet. Mais quand il s'agit de défendre des valeurs, vous devez parfois prendre des risques", analyse Cornelius Hurley, directeur du centre Finance, loi et politique de la Boston University.

L'administration Trump travaille par ailleurs à d'autres réformes autour de l'accès aux données privées sur internet, un autre dossier potentiellement explosif pour la Silicon Valley. Tout l'enjeu des prochains jours va être de mesurer l'ampleur de la mobilisation dans les autres secteurs de l'économie américaine.

Ford ou General Motors, qui ont déjà été critiqués sur Twitter par Donald Trump à propos de leurs investissements à l'étranger, n'ont pour l'instant pas pris la parole. La semaine prochaine, est prévue une rencontre du Business Advisory Group, ce groupe de conseil réunissant à l'initiative du président Trump des entrepreneurs de tous les secteurs. Travis Kalanick, le PDG de Uber, sera présent. Ce sera un premier test important.

Fannie Rascle, correspondante à Washington
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