Publié le 14 mars 2018

SOCIAL

Vero, le réseau social anti-Facebook est-il vraiment éthique ?

C'est un petit nouveau dans le monde des réseaux sociaux. Vero se veut une appli éthique sans pub ni trackage des données personnelles, pour prendre le contre-pied de Facebook. Après un succès fulgurant, Vero est pourtant sous le feu des critiques. Derrière le vernis d'une démarche responsable, les conditions générales mentionnent pourtant bien l'enregistrement automatique d'une multitude de données personnelles servant notamment à des "services publicitaires externes". 

Vero reseau social facebook donnees personnelles
Vero base son business model sur un abonnement annuel payant.
Marina Fabre

Sur le papier, Vero apparaît comme le disrupteur des réseaux sociaux. Un anti Facebook en puissance qui mise sur les vraies relations entre les usagers, qui prône la "vérité", Vero en latin. Sa promesse est grande, supprimer la publicité qui pollue les réseaux sociaux, "faire de nos utilisateurs des clients et non des annonceurs", écrit la start-up. Pas d’algorithme de sélection, ni de trackers intempestifs, Vero se présente comme un réseau éthique qui protège les données personnelles de ses utilisateurs.

Numéro 1 des téléchargements dans l'App Store 

À long terme, son modèle économique se base sur un abonnement annuel payant. Pour l’instant, Vero n’a pas communiqué son prix, il tente plutôt une autre stratégie afin de susciter l’envie. Le premier million d’abonnés gagne une inscription gratuite à vie. Et à en croire le réseau social, il est prêt d'atteindre son but. Il faut dire qu’il a considérablement été aidé par des influenceurs du milieu du Cosplay, des acteurs, des Youtubeurs qui ont appelé leurs fans à télécharger l’application. "Ils ont probablement été grassement payés pour le faire", glisse Jérémie Mani, expert des réseaux sociaux et président de la société Netino. 

Née en 2015, l’application est longtemps restée dans l’ombre. Jusqu’à connaître une ascension fulgurante en février 2018. Google Trends a ainsi noté une explosion de 300 % de recherches sur le sujet ce mois-là. Début mars elle était même en première position des téléchargements sur l’App Store en France, mais aussi dans une vingtaine de pays. 

Des conditions générales douteuses

"Vero a répondu à une demande des usagers sur la protection des données personnelles. Beaucoup de jeunes aujourd’hui ne communiquent plus de choses privées sur Facebook, car ils sont sensibles à ce sujet", explique Jérémie Mani. Sauf que le vernis de Vero a très vite craquelé à la lecture des conditions générales acceptées par les utilisateurs du réseau. 

"Les conditions générales sont beaucoup moins claires que ce que prétend être Véro, un réseau social sans pub et éthique. Il va en fait collecter un certain nombre de données comme nos mails, numéros de téléphone, noms, adresse IP, pour, dit-il, améliorer ses services. Une formule assez vague", pointe le spécialiste des réseaux sociaux. De même, ces informations, collectées automatiquement par l’appli vont pouvoir servir à des "services publicitaires externes", détaille le règlement. 

Le site internet Konbini a d'ailleurs testé l'application et tenté de supprimer son compte. "Si vous souhaitez vous désinscrire, rien n'est automatique : vous devez demander à Vero la suppression de votre compte. En toute détente, on frôle la prise d'otage", écrit le journal.

La gronde monte envers Facebook 

Le passé sulfureux d’un des trois co-fondateurs, Aymna Hariri a renforcé le bashing de l’application quelques jours seulement après son énorme succès. Le milliardaire est l’ancien fils du Premier ministre libanais Rafic Hariri assassiné en 2005.  Il a été à la tête du groupe Saudi Oger, un groupe de BTP qui a mis la clé sous la porte en 2017… sans payer les mois d’arriérer à ses anciens employés. La facture s’élève à 15 millions pour l’équipe française. Faux, rétorque Véro, qui voit sa belle image partir en éclat, "Ayman n’est plus à la direction ni au conseil d’administration depuis 2013".

Trop tard, on parle déjà de "l’autopsie d’un mort-né", selon l’expression de Jérémie Mani. Sur le marché français, la réputation de Véro est trop écornée pour qu’il puisse encore prétendre à une image responsable, estime le spécialiste. "Il faut avoir les reins solides pour s’attaquer à Facebook. Mais s’il y a une leçon à retenir, c’est que la gronde monte envers le premier réseau social du monde", conclut Jérémie Mani.

Marina Fabre@fabre_marina


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