C’est une alerte lancée par les hôpitaux de Paris. La pénurie de plastique en cours génère des problèmes d’approvisionnement en test PCR notamment. Même la fabrication des vaccins est atteinte. Alors que la consommation de plastique a explosé avec la crise sanitaire, cette situation montre à quel point la France et l’Union européenne sont dépendantes de cette matière si décriée.


C’est une situation pour le moins paradoxale. Alors que depuis des années le plastique inonde le monde au point d’être devenu un problème majeur pour nombre de pays qui croulent sous les déchets, il est aujourd’hui en pénurie. Un phénomène qui pourrait réjouir les associations écologistes s’il ne mettait pas à mal notre stratégie de lutte contre le Covid-19. Le 9 février, lors de la commission médicale d’établissement de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), la sonnette d’alarme a ainsi été tirée.
Le site spécialiste Hospimedia rapporte ainsi que l’AP-HP s’est inquiété de l’état de pénurie existant dans les laboratoires de biologies sur plusieurs matériels indispensables à la réalisation des tests PCR de dépistage du Covid-19. Deux produits sont sous tension : les cônes en plastique et les plaques percées. 


Une situation telle que la Direction générale de la santé (DGS) a saisi la Direction générale des entreprises (DGE) pour "obtenir une vision précise des stocks et des capacités de production des principaux fabricants et distributeurs". Le but étant de sécuriser le marché français. La situation n’est pourtant pas nouvelle. Depuis plusieurs semaines, les plasturgistes s’alarment d’une rupture d’approvisionnement. L’European Plastics Converts a publié une note, le 21 janvier, alertant de la difficulté "pour les entreprises de transformation" de "maintenir leur production en marche". 
Essentiel au secteur de la santé
"Certaines entreprises ont investi dans la production de composants de test Covid et n’arrivent plus à tourner faute de matières", explique Jean Martin, délégué général de Polyvia, syndicat professionnel de la plasturgie et des composites. Et les tests ne sont pas les seuls éléments sous tension dans la lutte contre le Covid-19. La pénurie guette aussi les sacs en plastiques géants. Ces derniers, qui peuvent contenir 2 000 litres, sont utilisés pour mélanger les ingrédients des vaccins dans les bioréacteurs. Plusieurs fabricants de vaccin affirment ainsi au Financial Times avoir été bloqué en raison de cette pénurie. 


De multiples facteurs expliquent cette situation. D’abord, la forte demande de l’Asie et notamment de la Chine dont l’industrie automobile, ultra-consommatrice de plastique, est repartie à la hausse. Or les stocks sont bas et au moins huit sites pétrochimiques ont rencontré des problèmes techniques pendant plusieurs semaines et ont dû être mis à l’arrêt. C’est notamment le cas de Total à Gonfreville et d’Ineos en Angleterre. "Les cas de force majeure se sont multipliés et cela concerne tous les plastiques", précise Jean Martin. D’autant que la vague de froid historique liée au vortex polaire au Texas a porté un coup supplémentaire à la chaîne d’approvisionnement. Parallèlement, la consommation de plastiques a explosé dans l’usage quotidien avec la crise sanitaire.
"Nous sommes accros au plastique"



"Les industriels du plastique ont fait du lobbying pour persuader les consommateurs que le plastique était hygiénique alors que le Covid-19 reste plusieurs jours sur cette surface", regrette Moïra Tourneur de Zero Waste France. Fruits et légumes suremballés, bouteilles d’eau, emballages pour la livraison à domicile ou l’e-commerce, l’utilisation du plastique a explosé. "Nous sommes tellement accros au plastique dans la vie courante que cela provoque des tensions dans d’autres secteurs comme le médical où le plastique a une utilisation spécifique", estime Moïra Tourneur. 
Le plastique, matière légère et durable, a en effet inondé notre planète. 10 à 12 millions de tonnes de plastique sont déversés chaque année dans les océans. "Il y a des usages du plastique qui sont essentiels", défend Jean Martin mais certains "suremballages sont à proscrire", reconnaît-il. 

Marina Fabre, @fabre_marina
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