Publié le 28 juin 2018

SOCIAL

Oxfam dénonce les bénéfices de la grande distribution alors que des paysans meurent de faim

Les supermarchés et la grande distribution mondiale utilisent leur gigantesque puissance d'achat pour réduire les prix et faire pression sur les agriculteurs et producteurs. Ces derniers gagnent toujours moins depuis 20 ans, en France et dans le monde, dénonce l'ONG Oxfam dans une étude internationale. 

Etats generaux alimentation guerre des prix
Un producteur ne touche que 6,5 % d'un panier-type de supermarché.
DR

"La grande distribution est devenue la gardienne du commerce alimentaire mondial", estime l'ONG.  Celle-ci dénonce les "pressions continues" subies par les producteurs pour "qu'ils réduisent leurs coûts" tout en répondant "à des exigences de qualité des plus rigoureuses". Oxfam demande aux supermarchés de réorienter une partie de leurs bénéfices au bénéfice des producteurs. 

Selon un calcul de l'ONG, les huit premières grandes surfaces du monde cotées en bourse ont réalisé quelque 1 000 milliards de dollars de ventes en 2016 et près de 22 milliards de bénéfices. "Au lieu de réinvestir dans leurs fournisseurs, elles ont reversé la même année plus de 15 milliards de dollars de dividendes à leurs actionnaires", indique l'étude publiée le 21 juin intitulée "Derrière le code-barres, des inégalités à la chaîne". 

En France, le géant Carrefour a réalisé 894 millions d'euros de bénéfices en 2016 et reversé 510 millions d'euros de dividendes. "Si l'entreprise n'avait reversé ne serait-ce que 1 % de ce montant aux ouvriers vietnamiens dans le secteur de la transformation de la crevette, plus de 14 200 d'entre eux auraient pu accéder à un revenu vital", souligne Oxfam.

La puissance d'achat du secteur, qui fait baisser continuellement les prix, exacerbe le risque de violations des droits de l'homme et des droits du travail : précarisation sans limite, enfants au travail, harcèlement, sont légion dans le secteur agricole et alimentaire, résume l'ONG. 

Des paysans ont faim…

Entre le milieu des années 1990 et celui des années 2010, le prix des haricots verts du Kenya a ainsi baissé de 74 % et celui du jus d'orange brésilien de 70 %. "Cette tendance a contribué au recul des prix payés aux paysans et producteurs qui désormais recouvrent à peine le coût de production", de plus en plus d'entre eux se voyant contraints d'abandonner leurs terres ou d'accepter des travaux précaires dans de grandes plantations. 

Jusqu'au paradoxe le plus "cruel", régulièrement dénoncé par des organisations internationales comme la FAO ou les associations de commerce équitable : la faim chez les paysans et les travailleurs du secteur. En France, une loi est en cours de discussion pour tenter de rééquilibrer le partage de la valeur entre ceux qui produisent et ceux qui vendent. 

Au niveau mondial, l'étude illustre les disparités croissantes sur la répartition de la valeur en étudiant un panier-type contenant 12 produits, qui vont des avocats du Pérou aux tomates du Maroc, en passant par des bananes d'Equateur. Entre 1996 et 1998, les producteurs, qui touchaient en moyenne 8,8 % du prix final du panier, ne recevaient plus que 6,5 % vingt ans plus tard, en 2015. 

… quand les supermarchés grossissent   

Dans le même temps, la grande distribution a vu sa part gonfler à 48,3 % du prix final contre 43,5 % vingt ans avant.  Avec la croissance des "discounters", Oxfam craint une "ère nouvelle de réduction des coûts encore plus impitoyable" et une "accélération du nivellement par le bas des normes sociales et environnementales de la chaîne d'approvisionnement". 

Pourtant, Oxfam estime qu'il est "tout à fait possible" que les "paysans et travailleurs gagnent un revenu minimum vital". "Il suffirait d'investissements minimes" pour favoriser un partage plus équitable de la valeur, selon l'étude qui préconise notamment la fixation d'un prix minimum par les pouvoirs publics pour les produits agricoles de base. 

En Europe, le rapport a été diversement accueilli. La fédération française du commerce (FCD) a préféré ne pas réagir officiellement. Parmi les distributeurs allemands, le numéro un du pays Edeka a sèchement rejeté les "résultats et allégations d'Oxfam". Aldi et Lidl ont, en revanche, mis en valeur leurs actions et leur engagement en faveur des producteurs dans la chaîne d'approvisionnement.

En Grande-Bretagne, l'association British Retail Consortium a salué les "recommandations d'Oxfam" en soulignant des engagements déjà pris pour améliorer la vie des communautés locales et la transparence de la chaîne alimentaire. 

La rédaction avec AFP


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