Publié le 21 août 2017

SOCIAL

Œufs contaminés au fipronil : les industriels jouent la montre, selon la Confédération paysanne et la Fédération du commerce

Le gouvernement a actualisé sa liste de produits retirés de la vente car contaminés par des œufs contenant de l'insecticide fipronil. Plusieurs associations dénoncent une publication au compte-gouttes, preuve du manque de traçabilité dans l'industrie agro-alimentaire. Pour la Confédération paysanne, les industriels gagnent du temps pour écouler les stocks et minimiser l'impact financier. 


La liste des produits contaminés par l’insecticide fipronil s’allonge. Le 18 août, le gouvernement a ajouté à sa liste d’aliments retirés du commerce des gâteaux frangipane de la marque Lotus. La veille, elle avait publié une liste contenant exclusivement des gaufres de différentes marques de distributeurs, toutes fabriquées aux Pays-Bas. Toutes dépassaient les doses de résidus autorisées mais les concentrations n’étaient pas "supérieures à la dose de référence aiguë", notait le ministère de l’Agriculture qui assurait qu’aucun produit ne présentait un risque pour la santé des consommateurs. D’où l’absence de rappel des produits chez les consommateurs.

Un argument qui ne satisfait pas tout le monde. Pour l’ONG Foodwatch, "les pouvoirs publics doivent aller plus loin et procéder au rappel de tous les aliments en cause, quel que soit leur niveau de contamination. Le fipronil est interdit dans l’alimentation, il n’a rien à faire dans les aliments".

Les distributeurs dénoncent le "manque de diligence de certains industriels-fournisseurs"

Plus globalement, plusieurs associations dénoncent une liste ministérielle alimentée "au compte-gouttes". Elles pointent le délai d’attente de publication de la liste, diffusée 2 semaines après l’éclatement du scandale en France et la responsabilité des industriels. "Le jeu des industriels est assez opaque", a estimé Laurent Pinatel, porte-parole de Confédération paysanne, interrogé sur France Inter dimanche 20 août.

"Est-ce que ce sont les industriels qui ont tardé à établir où étaient passés les produits ou est-ce que c’est le gouvernement qui a tardé à sortir la liste ? Nous, on penche plutôt quand même sur le fait que les industriels n’ont pas joué le jeu. Il aurait fallu que le gouvernement fasse preuve de beaucoup plus de fermeté et exige de l’agroalimentaire des résultats et une traçabilité beaucoup plus rapide", a fustigé le porte-parole. La Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD) cible elle aussi les industriels.

Dans un communiqué publié le 16 août, elle affirme que "les enseignes sont, pour certains ovoproduits et produits transformés, toujours en attente de réponse et ne peuvent que déplorer à cet égard le manque de diligence de certaines industriels-fournisseurs, notamment belges et hollandais". 

"Les industriels perdent du temps" pour "écouler les produits sur le marché"

Le ministère, lui, défend les professionnels. "Cela prend énormément de temps de retracer chaque produit, d’établir quel producteur a reçu des œufs contaminés, de retrouver l’acheminement de tous les lots en France pour déterminer lequel a pu provenir de lots contaminés en Belgique ou au Pays-Bas", avance une porte-parole du ministère de l’Agriculture interrogée par le HuffingtonPost. "Chaque jour ce sont des millions d’œufs qui transitent. On ne peut donner de réponses en si peu de temps".

La Confédération paysanne perçoit dans cette réponse la "pression des industriels" pour qui "retirer de la vente les ovoproduits utilisés dans la plupart des produits finis commercialisés coûterait beaucoup trop d’argent aux industriels. Ici, on perd du temps et, justement, ça joue en leur faveur parce que les produits incriminés sont en train d’être écoulés sur le marché. Ils sont dispersés", ajoute Laurent Pinatel. 

L'ANIA, Association nationale des industries alimentaires, n'a pour l'instant pas répondu aux questions de Novethic. Mais, elle affirmait le 18 août dans un communiqué "maintenir" son "total engagement et sa volonté d'agir efficacement et rapidement, avec les autorités publiques, afin d'endiguer collectivement cette fraude qui fragilise l'ensemble de la filière alimentaire française"

Marina Fabre @fabre_marina


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