Publié le 21 juillet 2020

SOCIAL

[Les nouvelles rives du tourisme] Quand les villes se rebellent contre Airbnb et l’ubérisation du tourisme

La plateforme Airbnb s'est installée dans les habitudes de voyages des touristes. Mais son influence, toujours plus grande, nuit à la qualité de vie des populations locales. Flambée des prix de l'immobilier, pollution sonore, uniformisation... Face à cette situation, de plus en plus de villes décident d'interdire les plateformes de location entre particuliers. À Paris, un référendum sur le sujet va être lancé par Anne Hidalgo. Toute la semaine Novethic s'interroge sur l'avenir du tourisme post Covid-19. 

Amsterdam tourisme istock funky data
Pollution sonore, hausse des prix de l'immobilier... les effets secondaires des plateformes comme Airbnb sont de plus en plus dénoncés.
Istock / funky-data

Avant de partir en voyage, beaucoup de touristes décident de chercher des locations sur Airbnb. Pour certains, il y a la volonté de payer moins cher qu’une chambre d’hôtel, pour d’autres, la sensation de sortir des sentiers connus en dormant directement chez l’habitant. Après l’avènement du train, l’industrialisation du tourisme en 1950 avec l’aviation et l’hôtellerie internationale, le tourisme vit un nouveau tournant de son histoire. 

"La troisième révolution touristique, celle que l’on vit actuellement, est celle des plateformes. On passe d’entreprises mondialisées de l’hôtellerie ou du transport aérien à des entreprises globalisées qui financiarisent l’économie du tourisme", explique l'anthropologue spécialiste du tourisme et maîtresse de conférence à l’université Paris Descartes, Saskia Cousin dans le magazine Socialter. Mais les effets secondaires de cette "ubérisation" du tourisme sont de plus en plus dénoncés. 

Bientôt un référendum à Paris 

La plateforme Airbnb, symbole de ce modèle, est ainsi prise pour cibles par plusieurs villes. En cause, l’explosion des prix de l’immobilier. Certaines personnes ont ainsi acheté des appartements pour les mettre en location de courte durée sur la plateforme, en en faisant une activité professionnelle et non en complément de revenu occasionnel. À Paris, le quartier historique du Marais a été pris d’assaut, fermant encore plus l’accès au logement aux populations locales. Au total, 20 000 logements dans la capitale sont ainsi devenus des locations touristiques. 

La maire de Paris, Anne Hidalgo, fraîchement réélue, compte profiter des mauvais chiffres d’Airbnb dus à la crise sanitaire pour racheter les logements des multipropriétaires d'appartements dédiés uniquement à la location. Ces derniers ont en effet subi de plein fouet le Covid-19 et commencent à vendre une partie de leurs biens. De même, la maire socialiste souhaite organiser un référendum pour définir "les bonnes conditions d’usage d’Airbnb". Il s’agira par exemple de demander aux Parisiens s’ils souhaitent réduire la durée maximale de location passant ainsi de 120 nuitées autorisées à 40 voire 30. 

Et le problème est international. Le maire de Lisbonne a annoncé à la presse portugaise vouloir se "débarrasser d’Airbnb" pour "transformer les locations de vacances à court terme en logements pour les travailleurs essentiels". À Amsterdam, aux Pays-Bas, la location de logements de vacances entre particuliers, que ce soit via Airbnb, Abritel ou Le Bon Coin, a été interdite dans plusieurs quartiers du centre et très fortement régulée dans le reste de la ville. Car, au-delà de l’explosion des prix de l’immobilier, c’est aussi le bien-être des habitants qui est en question.  

22 villes européennes alertent le Parlement 

Pollution sonore, déchets jonchant les rues, uniformisation des restaurants, des lieux de vie… les villes qui cèdent aux sirènes d’Airbnb perdent en qualité de vie. Début mars, ce sont ainsi 22 grandes villes européennes qui ont lancé un appel à la Commission et au Parlement pour qu’ils adoptent une meilleure législation sur ces activités. D’autant qu'Airbnb refuse de partager ses données avec les collectivités locales, ce qui les empêche de contrôler les logements et faire respecter la législation.

D’où la volonté de la France, dans son plan de relance pour le tourisme, de créer une plateforme pour concurrencer les géants américains comme Booking, TripAdivor ou Airbnb. Une enveloppe d'1,3 milliard d’euros, financée par la Caisse des dépôts (dont Novethic est une filiale) et BpiFrance, pourrait être destinée au développement de cette plateforme nationale. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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