Publié le 21 janvier 2019

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Lasagnes à la viande de cheval : le procès Spanghero est aussi celui de la traçabilité

Il y a six ans, le scandale Spanghero éclatait alors que treize pays européens découvraient que de la viande de cheval était utilisée à la place de bœuf dans des plats préparés. Aujourd’hui, l’entreprise française se retrouve au tribunal pour tromperie et escroquerie en bande organisée. Mais pour l’ONG Foodwatch, ce procès est avant tout un signal d’alarme pour renforcer la traçabilité des aliments, encore insuffisante aujourd’hui.

Cheval Spanghero viande LOSHADENOK
L'utilisation de viande de cheval à la place de bœuf a concerné 750 tonnes de plats cuisinés en Europe.
@LOSHADENOK

Six ans après le retentissant scandale de la viande de cheval vendue comme du bœuf en Europe, quatre hommes soupçonnés d'avoir participé à l'escroquerie, dont deux anciens dirigeants de l'entreprise Spanghero, sont jugés à partir de lundi 21 janvier à Paris.

L'affaire, d'ampleur internationale, avait éclaté début 2013 au Royaume-Uni. Les consommateurs avaient découvert, effarés, que leurs lasagnes "pur bœuf" pouvaient en réalité contenir 100 % de viande équine, ou que du cheval canadien avait pu être vendu comme du bœuf européen.

Ce scandale alimentaire - mais pas sanitaire - avait révélé la complexité et l'opacité des circuits d'approvisionnement et de transformation, de l'abattage de l'animal à l'agglomérat d'un "minerai de viande" qui terminait, après un long voyage, dans des millions d'assiettes sous forme de plats décongelés.

Escroquerie en bande organisée

Le volet Spanghero, jugé à partir de lundi 21 janvier, par le tribunal correctionnel de Paris, est le plus médiatique, mais toute la viande de cheval retrouvée dans des plats pur bœuf à l'époque du scandale n'a pas transité par cette entreprise. Spanghero est accusée d'avoir commercialisé cette viande sous la mention "avant de bœuf désossé" en sachant pertinemment qu'il s'agissait de cheval, moins cher sur le marché, et d'avoir modifié les étiquetages de manière à faire croire qu'elle était découpée et travaillée sur place alors qu'elle venait de Roumanie, de Belgique ou du Canada.

Quatre hommes doivent comparaître, principalement pour tromperie et escroquerie en bande organisée. À l'époque, l'autorité française anti-fraudes (DGCCRF) avait comptabilisé 750 tonnes de viande écoulées dans 13 pays européens, soit 4,5 millions de plats cuisinés.

Lourdement touchées, des marques comme Findus ou Picard avaient massivement retiré de la vente leurs lasagnes, moussaka et autre chili con carne après des tests ADN ayant confirmé que le "bœuf" n'en était pas. Les investigations ont mis au jour une fraude organisée et lucrative, qui a pu prospérer sur des contrôles insuffisants.

Cercle infernal des scandales sanitaires

Foodwatch espère que le procès Spanghero permettra de "briser le cercle infernal" des "scandales alimentaires", d'améliorer la transparence de la filière viande et d'augmenter les contrôles. Pour l’ONG, il s’agit de mettre en évidence "l'opacité, le manque de traçabilité de la viande" et "les sous-effectifs criants au sein des organes de contrôle", estime Karine Jacquemart, directrice de Foodwatch France, citée dans un communiqué.

Foodwatch reconnaît que quelques mesures de transparence ont suivi comme l'étiquetage de l'origine de la viande dans les plats préparés depuis fin 2016, la multiplication par dix des amendes en cas de tromperie décidée par la loi Hamon, et la création d'un réseau européen pour une meilleure collaboration entre États membres, le Food Fraud Network.

Mais "six ans après, le constat reste accablant et il est impératif d'aller beaucoup plus loin", estime l'ONG, qui rappelle les derniers scandales alimentaires en date que les œufs contaminés au fipronil et l'affaire du lait contaminé Lactalis.

Ludovic Dupin avec AFP


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