Publié le 09 juillet 2018

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La guerre des prix est relancée par l'arrivée d'Amazon dans le marché alimentaire

Les alliances dans la grande distribution se multiplient. Dernière en date : Tesco et Carrefour, le numéro 1 britannique et le numéro 1 européen. Le but est clair : mutualiser les efforts pour casser les prix chez les fournisseurs. Un moyen de contrer l'arrivée du géant de l'e-commerce, Amazon, dans le secteur alimentaire. Mais à ce jeu-là, la grande distribution risque de perdre. 

Amazon grande distribution guerre des prix
En mars, Amazon a signé un partenariat avec Monoprix pour livrer des produits en moins de deux heures dans la capitale.
@Amazon

C’est l’alliance entre deux géants de la grande distribution. Carrefour et Tesco ont annoncé un partenariat stratégique dans leurs achats. L’accord, conclu sur trois ans, concerne "l’achat en commun de produits de marque propre et de biens non marchands", hors produits frais. Le but est "d'améliorer la diversification et la qualité des produits à des prix encore plus bas au bénéfice des clients, augmentant ainsi la compétitivité des deux enseignes", explique Carrefour.

Les deux mastodontes tentent de réunir leurs forces pour contrer les nouvelles alliances, comme la centrale d’achat Horizon naît fin juin, qui regroupe Casino, Auchan, Metro ou encore Shiever. De même, elles sont concurrencées par des enseignes discount comme Lidl et Aldi. En Europe de l’ouest, le premier détient 6 % du marché de l’alimentaire, le deuxième 5 %. En s’alliant, Carrefour et Tesco vont peser 8 % du marché.

"Chacun choisi son camp avant la bataille avec Amazon"

Mais ce partenariat est surtout une réponse à l’arrivée d’Amazon dans l’alimentaire. "Les alliances d’achat sont communes en Europe, mais c’est inhabituel de voir deux des plus grands distributeurs mondiaux unir leurs forces. Chacun choisi son camp avant la bataille avec Amazon", décrypte Natalie Berg, experte au cabinet de conseil NBK Retail. Outre son partenariat avec Monoprix qui lui a permis de mettre un pied dans le marché français, le géant de l’e-commerce a récemment racheté Whole Foods aux États-Unis. Et comme à son habitude, il a choisi d’y casser les prix en imposant une baisse de 25 % des tarifs à ses fournisseurs.

Et l’arrivée d’un tel acteur dans le secteur relance encore un peu plus la guerre des prix. Carrefour et Tesco combinent, selon le cabinet Jefferies, 146 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Ils vont ainsi peser de tout leur poids sur les fournisseurs pour faire baisser les tarifs. Les analystes estiment à 450 millions d'euros, l’économie que les deux acteurs pourraient réaliser avec cette alliance.

Pression sur les fournisseurs 

"Cela aura un énorme impact sur l’équilibre des forces le long de la chaîne alimentaire, au détriment de tous les fournisseurs, quelle que soit leur taille", a dénoncé Mella Frewen, directrice générale de Food Drink Europe, un de groupes de pression de l’industrie européenne. "Les alliances d’achat ont toujours un effet néfaste sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement", explique-t-elle à Reuters. D’autant qu’une autre alliance sur le marché britannique a bouleversé le marché. Celle entre Sainsbury’s et Asda (Walmart) qui deviendra bientôt la numéro 1 du pays.

Tesco, lui, tente de rassurer ses fournisseurs. Il a répété que les producteurs locaux ne seraient pas sa cible et, qu’au contraire, leurs fournisseurs pourraient trouver un avantage à vendre en plus grande quantité. Difficile à croire selon les observateurs car les industriels répercuteront forcément leur baisse des prix sur les fournisseurs que sont les plus petites entreprises et producteurs.

"Amazon va tuer les distributeurs"

D’autant que dans cette guerre des prix, Amazon semble avoir une longueur d’avance. Le géant américain, qui n’a pas de magasin physique, est prêt à rogner fortement sur ses marges pour s’installer durablement dans le secteur. Le groupe de Jeff Bezos dépense énormément dans sa plateforme de vente en ligne.

Ce qui faisait dire au PDG de Vente-privée.com, Jacques-Antoine Granjon, il y a deux ans : "Aujourd’hui je me rends compte que Amazon va tuer les distributeurs. Oh pas demain, pas dans dix ans, mais à terme, tous les grands groupes qui aujourd’hui font de la distribution classique, vont mourir".

Marina Fabre @fabre_marina


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