Publié le 16 janvier 2018

SOCIAL

L’affaire Lactalis met la filière française du lait en ébullition

En ayant mis sur le marché des lots de lait infantile contaminé, Lactalis menace la santé des consommateurs, la pérennité de sa propre entreprise, mais aussi celle des 20 % de producteurs français qui fournissent l’industriel. Au-delà de sa réputation, Lactalis doit aussi préserver l’image de la filière tricolore par un travail de transparence, un exercice pour lequel l’entreprise est loin d’exceller.

Des contrôles de la DGCCRF en magasin sur les produits Lactalis.
AFP

Pas sûr que l’exercice de contrition réalisé par le PDG de Lactalis Emmanuel Besnier dans le JDD suffise à  passer la crise que traverse l’entreprise. Celle-ci a mis sur le marché des lots de lait infantile contaminé par des salmonelles. 37 nourrissons sont tombés malade en France et deux cas sont soupçonnés en Espagne et en Grèce. Le dirigeant, mis sous pression depuis un mois par le gouvernement, a annoncé le retrait de 12 millions de lots distribués dans 83 pays, issus de l’usine de Craon en Mayenne à l’origine de la contamination.

Pour l’image de Lactalis, c’est un séisme. Le numéro 1 français du lait ne diffuse aucun produit sous son propre nom mais a colonisé les rayons de nos supermarchés à travers une quarantaine de marques : Président, Rondelet, Galbani, Bridel, Lactel, Picot, Celia, Flamby Sveltesse… Ensemble, elles engendrent un chiffre d’affaires de 17,3 milliards d’euros, dont 58 % en Europe.

Un producteur sur cinq vend à Lactalis

Lactalis fait l’objet d’une enquête préliminaire du parquet de Paris pour blessures involontaires, mise en danger de la vie d’autrui, tromperie aggravée par le danger pour la santé humaine et inexécution d’une procédure de retrait ou de rappel d’un produit. Quelles que soient les décisions finales sur ces chefs d’accusation, le mal est fait pour l’entreprise et c’est désormais toute la filière française qui tremble.

Car le premier producteur de produits laitiers en France consomme 20 % du lait des élevages tricolores. Sur les 25 milliards de litres produits chaque année, 5 milliards passent par les cuves de Lactalis. À gros traits, on pourrait dire qu’un producteur sur cinq dans l’Hexagone dépend de la multinationale. Or, le danger est que l’industriel perde des parts de marché.

La principale crainte est celle du boycott de Lactalis par certains pays. C’est le cas du Sénégal par exemple qui, depuis le 20 décembre, a retiré les produits potentiellement dangereux. Mais les laitiers observent surtout avec attention la réaction de l’immense marché chinois.

40 % du marché en Chine

Il compte à lui seul pour 40 % du marché mondial du lait infantile. Or, le pays a été traumatisé par du lait contaminé en 2008 qui avait entraîné la mort de plusieurs nourrissons. Courrier international rapporte que 43 lots de produits ont été rappelés dans le pays et que les autorités chinoises ont déjà suspendu la licence de Lactalis depuis le 5 décembre.

"Si le marché se ferme à Lactalis, les éleveurs en paieront les conséquences, en subissant un prix revu à la baisse", estime Philippe Jéhan, président du syndicat agricole la FDSEA de Mayenne, interrogé par Ouest-France. Le premier syndicat agricole français, la FNSEA, tape du poing sur la table : "Les effets dévastateurs de cette crise sur la réputation d’excellence du modèle agricole et agroalimentaire français ne doivent pas pénaliser, a posteriori, les éleveurs laitiers déjà fortement malmenés par deux années de crise. Le monde agricole français n’a pas à payer la facture d’une crise dont il n’est pas responsable".

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, a entendu cet appel. Alors qu’il convoquait le PDG de Lactalis, il assurait : "La filière laitière est une filière d'excellence pour la France et doit le rester". Il appelle Lactalis à plus de "transparence". Par ailleurs, il a annoncé 2 500 contrôles de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Cette transparence est aussi appelée de ses vœux par Christiane Lambert, la Présidente de la FNSEA.

"Il y a des plaintes, il y aura une enquête, nous collaborerons avec la justice en donnant tous les éléments qu'on nous demandera. Nous n'avons jamais pensé agir autrement", assure le PDG dans son interview au JDD. Le problème est que la multinationale est loin d’avoir fait ses preuves en matière de transparence dans le passé. Historiquement discrète, celle-ci ne publie même pas ses comptes malgré l’obligation que lui impose la loi ! Le problème est que sans transparence de l’industriel, c’est la "réputation" de  toute la filière française qui est en jeu, explique le ministre de l’Économie.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin

 

Encadré : Quel avenir pour l’usine de Craon ?

En plus de la filière laitière, c’est aussi le bassin d’emploi autour de l’usine de Craon (Mayenne), d’où sont sortis les produits contaminés, qui est inquiet. 250 employés sur les 327 de l'usine sont au chômage technique depuis décembre. Une situation qui va perdurer jusqu’au 4 février au moins. La fermeture définitive de ce site, déjà touché par une contamination aux salmonelles en 2005, a même été évoquée. "S'il n'y a pas la preuve qu'il n'y a pas de danger, la fermeture de l'usine peut durer", renchérit le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert. 


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