Publié le 11 février 2019

SOCIAL

Guerre des prix : la grande distribution fait vaciller la filière bio

L'appétit des géants de la grande distribution pour le bio rime aussi avec guerre des prix. C'est ce que constatent de plus en plus de fabricants et producteurs de produits bio à qui les distributeurs ont demandé de baisser leur prix lors des négociations commerciales. Une pression qui pourrait freiner le développement d'une filière encore fragile et reproduire les failles du secteur conventionnel.

La grande distribution a demandé à près de la moitié des fabricants et producteurs bio de baisser leur prix.
©CC0

Le bio en plein boom. Le marché des produits alimentaires issus de l’agriculture bio, a représenté, en 2017, 8,4 milliards d’euros, une croissance de 17 % par rapport à 2016. Une manne à côté de laquelle la grande distribution ne veut pas passer. Carrefour, Leclerc, Auchan, System U… Les enseignes généralistes se sont engouffrées dans la brèche. Le chiffre d’affaires de la grande distribution dans la bio dépasserait même 4,5 milliards d’euros, selon les dernières estimations du syndicat national des entreprises bio (Synabio).

À première vue, cet attrait des mastodontes de la grande distribution est une bonne nouvelle… sauf quand il participe à la guerre des prix. "Avec l’arrivée de la grande distribution et de nouveaux fabricants, le secteur est de plus en plus concurrentiel", explique Charles Pernin, délégué général du Synabio. "Les négociations commerciales sont de plus en plus difficiles. On constate une vraie guerre des prix".

La pression sur les prix freine le développement du bio

28 % des entreprises bio se sont vues réclamer une baisse de tarif "avant toute discussion", rapporte l’observatoire des négociations commerciales du Synabio. Au premier round des négociations, ce sont 40 % des producteurs et fabricants bio à qui la grande distribution a demandé un effort. Et ce, malgré les avertissements émis par le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume mardi 15 janvier.

"J’ai rencontré tout le monde (…) et je leur ai dit : si les négociations commerciales cette année se passent comme l’année dernière, c’est la fin pour beaucoup d’exploitations agricoles et pour certaines filières", a-t-il prévenu. "Quand il y a des promos où le bio est moins cher que le conventionnel, ça ne peut pas durer".

La loi alimentation obligeait pourtant la grande distribution à définir le prix de vente en fonction du prix de production. Mais peu de distributeurs semblent aujourd’hui appliquer cette mesure. Or cette pression sur les prix est d’autant plus néfaste sur la filière bio qu’elle freine son développement. "Le fournisseur peut encaisser un certain temps mais à un moment, il va devoir répercuter cette baisse des prix sur le producteur. C’est ce qui s’est passé avec le conventionnel", explique Charles Pernin.

Les enseignes historiques maintenaient en bonne santé la filière

Jusqu’ici, la filière bio était épargnée par ces pratiques commerciales abusives. Les enseignes historiques comme Biocoop, longtemps premier distributeur français de produits bio, avaient tout intérêt à ce que la filière soit en bonne santé. "La grande distribution s’intéresse à la bio parce que c’est une filière à forte croissance", glisse un spécialiste, "mais son avenir n’en dépend pas, contrairement aux enseignes spécialisées".

Face à la concurrence, pas question pour ces enseignes de baisser les prix. Au contraire, elle mise sur la qualité. "Notre rôle est de maintenir une agriculture bio paysanne et de proximité basée sur le commerce équitable. Nous défendons une bio de cohérence, c’est notre valeur ajoutée", expliquait à Novethic Claude Gruffat, président de Biocoop, en avril dernier. C’est maintenant au consommateur de trancher. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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