Publié le 26 mars 2019

SOCIAL

Gaspillage alimentaire : un supermarché sur deux n’est toujours pas collecté quotidiennement

Trois ans après le vote de la loi Garot sur le gaspillage alimentaire, une étude constate que si la quasi-totalité des grandes et moyennes surfaces travaillent avec des associations, une sur deux n'est encore pas collectée quotidiennement, ce qui induit que de la nourriture consommable est encore jetée. En cause, des difficultés techniques à assurer des collectes mais aussi un manque d'intérêt de certains magasins. 

Si 96 % des grandes et moyennes surfaces travaillent avec des associations, seules 47 % sont collectées quotidiennement.
@CC0/Foerster

Opération coup de poing dans les Landes. Le supermarché Leclerc de Mimizan-Plage a été visité le 11 février par deux avocats du barreau de Paris accompagnés d’un huissier de justice. Leur objectif : faire constater que le magasin, pourtant soumis à la loi anti-gaspillage de 2016, continuait de jeter ses invendus. Bingo ! Ce jour-là, ils ont retrouvé dans les poubelles de l’enseigne 50 kilogrammes de nourriture, aspergée d’eau de Javel.

"C’est un véritable scandale de voir cela. Des fruits, des légumes, du lait, de la viande, des viennoiseries dont la plupart avec des dates de péremption non dépassées. Comment peut-on voir cela en France en 2019 alors que tant de gens ont du mal à se payer de quoi manger ?", s’emporte Me Arash Derambarsh. "Cette action est la première d’une très longue série car nous avons des informations venant de toute la France pour des comportements similaires et nous allons déposer des dizaines de plaintes", affirme son confrère Me Thierry Vallat.

La loi stipule qu'aucun supermarché de plus de 400 mètres carrés ne doit jeter un seul aliment, au risque d'encourir une amende de 3 750 euros. Le centre Leclerc de Mimizan-Plage, d'une surface de 1 000 mètres carrés, a donc enfreint la loi. La directrice du magasin a reconnu que les collectes ne sont pas toujours possibles malgré un partenariat avec la Banque alimentaire.

Un gain économique encore peu identifié

“Ce cas est loin d’être isolé" constate François Vallée, directeur Communication & Marketing de Comerso, une entreprise qui fait le lien entre la grande distribution et les associations. "Les magasins ont beaucoup de mal à trouver des associations qui vont passer tous les jours et ils ont par ailleurs peu de temps et de ressources humaines à consacrer à cette question. Certains se satisfont donc d’un passage deux à trois fois par semaine."

Une étude publiée début février par Comerso avec Ipsos illustre bien ce constat. On y apprend que 96 % des grandes et moyennes surfaces (GMS) travaillent avec des associations. Mais seulement 47 % des magasins sont collectés quotidiennement, "ce qui signifie inévitablement que la destruction de produits frais à date limite de consommation courtes perdure", notent les auteurs.

"L’autre frein réside dans le fait qu’une majorité de responsables de magasins n’est pas vraiment convaincue de l’impact économique positif de la démarche, poursuit François Vallée. Pour eux, jeter est la solution la plus simple et la plus économique. Mais dans la réalité, ceux qui traitent bien leurs invendus et valorisent leurs déchets constatent un gain économique." Le don à des associations permet de bénéficier de réductions d’impôts et d'économiser sur les coûts de gestion des déchets.

13 % des grandes surface textile détruisent leurs invendus

Chaque année en France, près de 10 millions de tonnes de nourriture consommable sont gaspillées, soit l'équivalent de 150 kg par habitant, pour un coût que l'Ademe estime entre 12 et 20 milliards d'euros par an. La grande distribution à elle seule génère 14 % du gaspillage alimentaire. Grâce à son action, Comerso a redistribué l'équivalent de 18,5 millions de repas aux associations et sauvé 9 500 tonnes de marchandises des poubelles en sept ans.

Après les denrées alimentaires, la start-up a lancé une plateforme pour faire le lien entre les industriels et les déstockeurs/soldeurs. En 2019, elle va aussi s’attaquer au gaspillage vestimentaire en partenariat avec une marque de notoriété française, qui dispose de 200 à 250 boutiques en France, mais dont le nom est pour l’instant tenu secret.

Toujours selon l’étude de Comerso, 13 % des grandes surfaces spécialisées non-alimentaires (textile et sport) qui ne donnent pas aux associations détruisent leur marchandise. Une pratique qui devrait bientôt être sanctionnée. L'interdiction pour les marques de jeter leurs invendus vestimentaires sera inscrite dans la loi économie circulaire, qui devrait être votée fin 2019.  

Concepcion Alvarez, @conce1


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