Publié le 04 juillet 2019

SOCIAL

Act for food : au-delà des discours, Carrefour veut "crédibiliser sa démarche durable"

Comment dépasser les accusations de greenwashing ? En prenant des engagements concrets pour la rémunération des producteurs, l'alimentation bio, les substances controversées. Avec l'opération Act for food, Carrefour veut devenir le leader de la transition alimentaire et renouer la confiance avec les consommateurs. Ses objectifs sont autant de gages de crédibilité qu'il entend mettre en avant. Une question de survie pour un secteur dont l'image auprès des consommateurs est de plus en plus mauvaise.

Laurent Vallée, Secrétaire général de Carrefour, lors du Positive Investors Forum 2019 de Novethic.
@Novethic / AFP-Services

Difficile aujourd’hui, quand on est distributeur, de ne pas être accusé de greenwashing ou de socialwashing. Surtout quand, à longueur de publicités, la grande distribution promet aux consommateurs du "bien-être animal", "bien manger", "sans pesticide", "sans conservateur", "sans antibiotique". Mais cela ne signifie pas que des avancées concrètes sont engagées. C’est le sens de l’opération Act For food lancé en septembre 2018 par Carrefour.

Le distributeur, qui entend devenir le leader de la transition alimentaire, s’est fixé des objectifs concrets : garantir du bio 100 % français pour les produits de la marque, exclure 100 substances controversées de leurs produits, accompagner 500 agriculteurs à la conversion au bio, supprimer les traitements antibiotiques, etc. Des engagements qui permettront de renouer la confiance avec le consommateur.

Se renouveler pour survivre

"Le modèle assez uniforme des supermarchés est aujourd’hui contesté et doit profondément évoluer sous la pression de la révolution digitale, des comportements de consommation et de production", explique, lors du Positive Investors Forum de Novethic, Laurent Vallée, secrétaire général de Carrefour, "Nous voulons accompagner cette transformation en rendant les produits que veulent les consommateurs - de plus en plus bio, "sans" et de qualité - accessibles. Tout en travaillant sur la juste rémunération des producteurs, la réduction des emballages…"

Cette transformation est une question de survie pour les distributeurs. C’était d’ailleurs le constat qu’avait établi Alexandre Bompard, PDG du groupe, lors de l’annonce de la suppression de postes en février 2018. "Carrefour n’a pas suffisamment évolué avec ses clients", avouait-il. Les consommateurs se détournent de plus en plus des hypermarchés, dont ils se méfient, privilégiant les drive, enseignes bio ou petits producteurs.

"Le programme Act For food est un ensemble d’actes qui ne sont pas des engagements commerciaux mais des engagements pour crédibiliser la démarche durable de Carrefour", souligne Laurent Vallée. L’enjeu est d’en finir avec la guerre des prix, qui a provoqué une réelle crise agricole, pour miser sur la qualité comme critère de différenciation et de valeur ajoutée. "Il faut qu’on réussisse l’exercice de conciliation, qu’on ne soit pas un frein pour nos clients et que ce soit performant commercialement", note le secrétaire général de Carrefour.

Carrefour s'entoure des acteurs de l'alimentation responsable

Changer l’image de la grande distribution est un travail de longue haleine. Mais Carrefour s’est bien entouré. En septembre, Alexandre Bompard a créé un "comité d’orientation alimentaire" dans lequel siège des acteurs de l'alimentation responsable incontournable comme Lucie Bash, fondatrice de Too Good To Go ou Maxime de Rostolan, fondateur de Fermes d’Avenir. Ils sont chargés de challenger Carrefour. Mais aussi d’inspirer la grande distribution des pratiques responsables émergentes.

Myriam Bouré, cofondatrice d'Open Food France, également membre du comité, est par exemple en train de proposer un projet à Carrefour s’inspirant des supermarchés coopératifs. "Dans ces espaces, les consommateurs ont leur mot à dire sur les produits mis en rayon. Il y a un cahier des charges. L’idée serait que Carrefour ne soit plus le seul à décider quel produit mettre en rayon", explique-t-elle. Une expérimentation, parmi d'autres, que Carrefour pourrait mettre en place pour se renouveler.

Marina Fabre, @fabre_marina et Ludovic Dupin, @LudovicDupin


© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

SOCIAL

Consommation

Produits verts, bio, issus du commerce équitable ou made in France….les marques multiplient les produits vendus comme écologiques, durables et responsables et les consommateurs prennent conscience de l’impact de leur choix sur l’environnement. Ces nouvelles pratiques de consommation doivent reposer sur des labels crédibles.

La grande distribution le vrac

Après avoir dévoré le bio, la grande distribution veut faire main basse sur la vente en vrac

Les enseignes bio, à l'avant-garde sur le vrac, pourraient bientôt se faire distancer par la grande distribution. Cette dernière investit de plus en plus dans ce marché, qui pèse désormais 1,2 milliard d'euros. Elle mise notamment sur l'innovation et un parcours client sans embûche pour répondre à...

Cantine bio alimentation durable et accessible municipales

[Municipales] Manger bio à la cantine sans payer plus, un défi pour les maires

À quelques mois des municipales, les candidats rivalisent de promesses pour offrir des produits plus sains aux enfants de leurs électeurs suivant les pas de quelques villes pionnières comme Grande-Synthe ou Langouët qui ont réussi à basculer tout l'approvisionnement de leur cantine en produits bio...

Les podcast a ecouter casque

Effondrement, agriculture, mode... Cinq podcasts à écouter en 2020

Comment ne pas céder à la panique face à l'effondrement ? Comment renouer avec le végétal ? Quel sera l'état du monde dans 30 ans ? Les podcasts sur l'écologie, la biodiversité, la mode responsable, les alternatives se multiplient. Novethic en a sélectionné cinq à écouter en 2020.

Certification bio restaurant

[Bonne nouvelle] Les restaurants pourront désormais être certifiés bio

Malgré la forte demande des consommateurs, le bio représente aujourd'hui à peine 3 % des achats des restaurants. Pour multiplier l'offre, l'Agence bio a annoncé la création d'une certification qui permettra à chaque restaurateur de labelliser son établissement dès lors qu'il achète au moins 50 % de...