Publié le 13 juin 2014

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SOCIAL

Santé et sécurité au travail : le Brésil défaillant

En trois ans, neuf ouvriers sont morts sur les chantiers des stades de la Coupe du monde. Un tribut humain révélateur des conditions de travail au Brésil. En 2013, le pays a dénombré 700 000 accidents, 15 000 blessés et 2 700 décès liés à une activité professionnelle.

Chute ou écrasement. C’est dans ces conditions que sont morts la plupart des neuf ouvriers dans les chantiers des stades de la Coupe du monde. Le dernier a été électrocuté dans l’enceinte de Cuiabá (Mato Grosso, centre-ouest du pays), le 8 mai dernier.

Loin de l’hécatombe du Qatar, où 44 ouvriers népalais sont été tués sur les chantiers de la Coupe du monde 2022, mais bien supérieur à celui de l’Afrique du Sud, où deux ouvriers avaient trouvé la mort pendant les travaux du tournoi, le tribut humain payé par le Brésil pour la Coupe est révélateur. Il est le signe d’une politique de santé et sécurité au travail défaillante.

En 2013, le pays a officiellement dénombré 700 000 accidents, 15 000 blessés et 2 700 liés à une activité professionnelle. Dans les stades, les neuf ouvriers sont morts alors même qu’une campagne gouvernementale en faveur du "travail décent", a été adoptée à l’occasion de cette coupe du monde. C’est ce que rappelle Lais Abramo, directrice de l’Organisation internationale du travail (OIT) au Brésil. "Les travailleurs ne sont pas qualifiés, peu scolarisés. Ils ont subi la pression due au retard des travaux, la sous-traitance en cascade qui déresponsabilise les entreprises et l’absence de culture de la prévention des risques."

 

"Peu de cas de la vie humaine"

 
Pour Hilda Alveato, directrice technique du Fundacentro, un organisme lié au ministère du Travail chargé de définir les normes en matière de santé et sécurité, "les entreprises du BTP font peu de cas de la vie humaine". Un constat illustré jusqu’à la caricature par le "roi" Pelé. Le triple champion du monde et membre du comité organisateur du mondial a considéré comme "normale" la mort d’un ouvrier, début avril, au stade de São Paulo. Une déclaration prononcée lors d’une conférence de presse : "Ce sont des choses de la vie. C’était un accident, rien de terrible."

Le secteur du BTP est aussi connu pour ses pratiques, assimilables à de l’esclavage. En novembre dernier, le groupe brésilien OAS, parmi les plus importants du pays avec 55 000 employés, a ainsi été épinglé pour avoir fait travailler 150 personnes originaires du nord-est dans des conditions inacceptables. Elles travaillaient sur l'extension de l'aéroport international de São Paulo, le hub aérien du pays.
 
"Seules les entreprises employant au noir ne respectent pas la réglementation", se défend Haruo Ishikawa, du syndicat de l’industrie de la construction civile de São Paulo (SindusCon-SP).

 

5 800  : c'est le nombre d'inspecteurs du travail à embaucher pour faire respecter la loi

 

"Les entrepreneurs s’affranchissent de manière injustifiée de l’usage d’équipements de sécurité", observe David Alves, président du 11e tribunal régional du travail, dont la juridiction s’étend sur les immenses et lointains Etats d’Amazonas et de Roraima, au nord-ouest du Brésil. A lui seul, le chantier du stade de Manaus, capitale d’Amazonas, a coûté la vie à quatre ouvriers. "Le contrôle n’est pas pleinement efficace", regrette le magistrat.


Une situation que Ronaldo Lira, procureur du ministère public du travail (MPT), explique par l’insuffisance du nombre d’inspecteurs du travail. Il est passé de 3 131 en 2000, pour une population active de 65 millions de personnes, à  2 935 en 2010, pour 86 millions de travailleurs.

La situation est si critique que le syndicat national des inspecteurs du travail (Sinait), a fait appel à l’OIT, en mars dernier, pour que le Brésil respecte la convention de l’organisation sur l’inspection du travail, que le pays a pourtant ratifiée. Selon le syndicat, un contrôle efficace du travail dans le pays-continent nécessiterait l’embauche de 5 800 inspecteurs supplémenatires.
 

Victor Roux-Goeken
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