Publié le 07 juillet 2014

SOCIAL

Salaire minimum en Allemagne : les entreprises face à leurs responsabilités

Une révolution sociale est en marche en Allemagne. Le 3 juillet, les députés allemands ont voté à une large majorité l’introduction d’un salaire minimum de 8,50 euros de l’heure. Le Bundestag met ainsi fin à des pratiques abusives. Mais le nouveau dispositif législatif ne protège pas l’ensemble des salariés. Analyse.

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Manifestation pour l’introduction du salaire minimum devant la porte de Brandebourg à Berlin
© DGB/Simone M. Neumann

ʺC’est une réforme historique !ʺ, se félicite Reiner Hoffmann, président de la Confédération des syndicats allemands (DGB), après que le Bundestag a adopté la loi qui prévoit l’introduction d’un salaire minimum en Allemagne. ʺDorénavant, les modèles économiques qui se basaient sur l’exploitation des salariés ne sont plus possibles.ʺ Après dix ans de batailles politiques ardues entre syndicats et responsables politiques, l’Allemagne rejoint les rangs des 21 pays européens déjà dotés d’un salaire minimum.
 

Jusqu’à présent, plusieurs branches industrielles s’étaient montrées totalement hermétiques à toute négociation salariale. Elles ont subitement adouci leur position lorsque l’introduction du salaire minimum n’a plus fait aucun doute. L'agriculture, les taxis et la gastronomie sont ainsi en pleines négociations avec l’Etat. L’industrie de la viande et les métiers de la coiffure ont eux aussi fini par céder, même si l’application de ce salaire minimum se fera par étapes.
 

Ces dernières années, la presse allemande a régulièrement mis au jour les conditions de travail déplorables et les salaires de misère qui sévissent dans certaines branches professionnelles. Les salaires oscillant autour des 4 euros de l’heure sont loin d'être une exception (environ 1,4 million de salariés). Des revenus qui ne permettent pas de vivre décemment. Conséquence : l’Etat allemand s’est vu contraint d’intervenir en versant aux travailleurs pauvres des compléments de revenus. A la grande satisfaction des entreprises (de la gastronomie, de l’agriculture ou encore des services) dont le modèle économique repose – jusqu’à présent – sur les bas salaires. L’obligation qui leur est désormais faite de payer un salaire équivalant à la moyenne européenne les rappelle à leurs responsabilités. 
 

De nombreuses exceptions   
 

Selon les estimations du parti social-démocrate (SPD), qui a fait de l’introduction du salaire minimum la condition sine qua non pour former une coalition gouvernementale avec les conservateurs d’Angela Merkel, ce sont près de 4 millions de salariés qui devraient bénéficier du salaire minimum le 1er janvier 2015 (l’Allemagne compte 42 millions d’actifs). Ils seront 1 million de plus en 2017.
 

Mais au grand dam des syndicats, la loi ne s'appliquera pas à tous. Ni de façon immédiate. Par exemple, les chômeurs de longue durée ne toucheront le salaire minimum qu'après 6 mois passés dans l'entreprise et les apprentis n'auront pas droit au Smic sur toute la durée de leur formation. Deux types d’emplois se voient également exclus : les travailleurs saisonniers et les porteurs de journaux. Quant aux salariés qui travaillent dans une branche professionnelle où syndicats et patronat ont négocié ou négocient des accords salariaux, ils devront attendre le 1er janvier 2017 pour bénéficier du salaire minimum.
 

Enfin, pour que l’introduction du salaire minimum soit un succès, il faudra aussi pouvoir en contrôler efficacement son application. L’organisation qui représente les agents chargés de la lutte contre le travail au noir, le Finanzkontrolle Schwarzarbeit (FKS), demande la création de 2 500 emplois supplémentaires. Berlin en a déjà prévu 1 600 dès le 1er janvier 2015.
 

Claire Stam, correspondante à Francfort (Allemagne)
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