Publié le 06 décembre 2017

SOCIAL

Revenu de base : trois Français tirés au sort vont toucher 1 000 euros par mois pendant un an

En seulement un mois, l’association "Mon revenu de base" a réussi à collecter 36 000 euros grâce à une campagne de financement participatif. Au total, 1 100 donateurs vont financer pendant un an trois revenus de base versés à des Français tirés au sort ce mercredi 6 décembre. L’objectif est d’expérimenter le concept et de mener un plaidoyer auprès du gouvernement pour l’instauration d’une loi.

1 personne sur 500 en France est inscrite au tirage au sort pour gagner 1 000 euros par mois pendant un an.
Le loup de Wall Street de Martin Scorcese.

Qui parmi les 80 000 participants inscrits va toucher 1 000 euros par mois pendant un an ? La réponse sera connue ce mercredi 6 décembre avec un tirage au sort organisé, sous contrôle d'huissier, à Paris. Début novembre, l’association "Mon revenu de base" a lancé une expérimentation sur le territoire français, financée par du crowdfunding.

Le concept est simple : à chaque fois que 12 000 euros sont collectés, un revenu de base est versé à une personne tirée au sort. À ce jour, 36 000 euros ont été réunis. De quoi financer trois revenus de base. L’expérience citoyenne s’appuie sur une initiative allemande débutée il y a trois ans et qui a désormais atteint un rythme de croisière avec sept revenus de base financés par mois.

Mais la duplication française va plus loin car elle intègre un volet scientifique, piloté par Suzanne Bellue, assistante de recherche au sein du laboratoire J-PAL à l'École d'Économie de Paris, qui travaille sur l'évaluation des politiques publiques.

Une personne sur 500 inscrite

"Une personne sur 500 s’est inscrite en France pour le tirage au sort (soit 80 000 participants)", explique la chercheuse. "C’est très homogène sur le territoire, avec 89 % des codes postaux représentés, et la région Bretagne qui arrive en tête (proportionnellement au nombre d’habitants)." Pour mener cette évaluation, deux questionnaires sont soumis aux personnes qui s’inscrivent au tirage au sort.

Le premier est très basique, il interroge les participants sur ce qu’ils feraient avec 1 000 euros par mois pendant un an. Pour l’instant, la moitié des inscrits y ont répondu. Le second est plus long et tente d’évaluer le niveau de vie et de satisfaction des répondants. 18 000 personnes y ont répondu. "On s’aperçoit que le revenu de base est pour eux une nécessité et non un caprice, commente Suzanne Bellue. Contrairement aux idées reçues, aucun ne dit vouloir arrêter de travailler." 

Il y a selon elle quatre catégories de profils parmi les participants. Pour une grande majorité, il s’agit de "changer de vie, passer plus de temps avec sa famille ou pour soi, reprendre des études, débuter des travaux…des choix de vie." Pour 6 % des répondants, ces 1 000 euros par mois permettront "d’améliorer leur quotidien", 8 % évoquent les factures incompressibles ou encore les retards de paiement de loyer qui pourraient être allégés. Et enfin, une dernière minorité (5 %) parle carrément de survie.

"Vivre plus dignement"

Je donnerais à manger à nos enfants de façon plus digne qu’à l’heure actuelle”, écrit par exemple un participant. “Pouvoir vivre correctement tout simplement et ne plus survivre”, précise un autre. La moitié des répondants au second questionnaire disent ainsi se trouver sous le seuil de pauvreté. Plus des deux tiers d'entre eux ont même dû reporter des soins en raison de difficultés financières et 18 % l’ont fait pour leurs enfants. Parmi les salariés, 49 % considèrent que leur travail est précaire et 52 % voudraient reprendre leurs études.

"Cela montre bien que tout le monde est concerné par le revenu de base et ça répond bien à la question de pourquoi on en a besoin", conclut Suzanne Bellue. "L’étape suivante consistera à comprendra ce que les gagnants font avec cet argent", complète Julien Bayou, porte-parole d’Europe-Ecologie Les Verts, à l’origine de l’expérience. "Car notre objectif est de convaincre le gouvernement d’instaurer une loi qui autorise une expérimentation nationale." 

Le conseiller régional est appuyé dans sa démarche par le Mouvement français pour le revenu de base (MFRB) qui mène depuis cet automne une campagne d’interpellation des parlementaires dans le cadre du futur plan de lutte contre la pauvreté. "Nous avons eu pas mal de retours positifs, témoigne Julie Roze du MFRB. Le secrétariat d’État au numérique, qui planche sur les conséquences de l’automatisation, nous a également auditionnés. Ça bouge !"

Concepcion Alvarez @conce1


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