Publié le 25 avril 2013

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SOCIAL

Rana Plaza : l'effondrement d'une usine au Bangladesh cause plus de 1000 morts

L'effondrement de l'usine du Rana Plaza, au Bangladesh, survenue le 24 avril, a causé plus de 1000 morts et des centaines de blessés. Le bâtiment avait été conçu pour abriter un centre commercial et des bureaux et non des usines textile. Le drame fait suite à de nombreux autres accidents, dénoncés depuis longtemps par les ONG.

Rana Plaza DR Dhaka Savar Building Collapse
L'usine textile du Rana Plaza s'est effondrée faisant au moins un millier de morts.
DR Dhaka Savar

Alors que le bilan de l'effondrement de l'usine textile, sous-traitant de grandes marques occidentales, dépasse le millier de morts, seules quatre marques (Primark, Loblaw, El Corte Ingles et PVT) ont annoncé jusqu'ici qu'elles indemniseraient les victimes de l'effondrement de l'usine du Rana Plaza. Deux autres (Mango et Bon Marché) ont confirmé avoir sous-traité une partie de leur production dans les usines du Rana Plaza.

« Carrefour et Benetton, dont les étiquettes ont été retrouvées dans les décombres, continuent de nier toute implication. En tout, on évalue que plus de 50 marques seraient impliquées dans cette catastrophe », indiquent les ONG Peuples Solidaires et le Collectif éthique sur l'étiquette, qui appellent l'ensemble des marques à prendre des mesures urgentes pour indemniser les victimes et prévenir de nouveaux accidents et appellent les citoyens à signer une pétition .

« Les marques ne peuvent plus continuer à repousser la signature de l'«Accord pour la sécurité des usines » ! Les propositions faites depuis le dernier incendie qui a valu la mort de 112 personnes, sont dérisoires (...)», explique Dorothée Kellou de l'organisation Peuples Solidaires pour le Collectif Ethique sur l'étiquette. Cet Accord pour la sécurité a été développé par les syndicats bangladais et internationaux et par des organisations de défense des droits des travailleurs. Il a déjà été signé par Tchibo et PVH (Calvin Klein et Tommy Hilfiger).L'accident fait suite à de nombreux autres, que dénoncaient encore récemment des ONG.

 

Une série de graves accidents dénoncés depuis des mois par les ONG

 

Depuis plusieurs mois en effet, les incendies meurtriers se multiplient dans les usines de fabrication de vêtements au Bangladesh et au Pakistan qui alimentent les marques occidentales. Le 24 novembre 2012, plus de 120 ouvriers périssaient dans les flammes de l'incendie de l'usine de Tazreen Fashions Limited à Dacca, au Bangladesh. Quelque temps auparavant, le 11 septembre, ce sont 300 personnes qui étaient tuées dans les mêmes conditions dans l'usine Ali Entreprise, à Karachi au Pakistan.

Depuis 2005, ce sont ainsi plus de 700 ouvriers et ouvrières ont été tués dans des incendies, des explosions ou des effondrements d'usines textiles dans la région. Des milliers de personnes demeurent gravement et irrémédiablement blessés. Rien qu'entre novembre et la fin janvier 2013, où un nouvel incendie a tué 6 jeunes ouvrières au Bangladesh, 28 incendies ont été rapportés aux collectifs d'ONG SOMO et Clean Clothes Campaign : 591 travailleurs ont été blessés et 8 ont perdus la vie (1). Ces conditions, associés à des niveaux de salaires extrêmement faibles (0,32 US$/heure au Bangladesh), inférieurs au salaire vital, ont d'ailleurs multiplié les protestations des travailleurs du textile.

 

Des vêtements destinés au marché européen

 

Le 21 mars dernier, à Paris, les ONG Peuples Solidaires et le Collectif éthique sur l'étiquette avaient organisé un défilé de mode à leur façon, pour interpeller les multinationales du secteur, comme H&M, Gémo ou Zara, et leur demander de prendre des mesures concrètes pour que ce type de catastrophes ne se reproduise plus. Car les marques occidentales ont bien une responsabilité à assumer concernant les conditions de travail et de sécurité qui règnent dans ces usines. Au Bangladesh par exemple, les quelque 5 000 usines textiles employant environ 3,5 millions d'ouvriers travaillent en grande majorité pour l'Europe (59%) et les Etats-Unis (26%). Le Bangladesh est le deuxième exportateur mondial de prêt-à-porter après la Chine : l'industrie de l'habillement y compte pour 17% du PIB et 80% des exportations du pays.

Le 17 janvier 2013, le Parlement européen a d'ailleurs adopté une résolution dans laquelle il propose d'une part que la Commission, -qui travaille déjà à un projet de promotion des normes du travail dans le secteur du prêt-à-porter « promotion of labour standards in the RMG sector »-, mette aussi au point un système d'étiquetage volontaire permettant de certifier que le produit est fabriqué dans le respect des normes fondamentales du travail de l'OIT. D'autre part, il invite les marques et revendeurs à réexaminer leur chaîne d'approvisionnement et à coopérer avec leurs fournisseurs pour améliorer les conditions de travail ; le gouvernement bangladais à mettre en place un système efficace et indépendant d'inspection du travail et des bâtiments ; et l'ensemble des fabricants à respecter la législation sur la santé et la sécurité des travailleurs.

 

De grosses disparités entre l'affichage et la réalité du terrain

 

Car s'il existe d'ores et déjà des chartes, codes de conduites et audit sociaux entre donneurs d'ordres et fournisseurs, « il y a souvent de grosses disparités entre l'affichage et la réalité du terrain, ce qui nous amène à fortement questionner l'efficacité de ce type de démarche », note Katia Roux, de Peuples Solidaires. Il faut par exemple savoir que l'usine pakistanaise Ali Enterprise avait reçu le certificat SA 8000 le 20 août 2012, soit seulement trois semaines avant l'incendie. La société Kik, une grosse enseigne de discount allemand, qui représentait l'essentiel de la clientèle de cette usine, avait bien un code de conduite basé sur les conventions sociales de l'OIT et les normes des Nations Unies et 3 audits avaient été réalisés par une société-tiers entre 2007 et 2012.

Cependant, selon le rapport des ONG, sur les 4 portes de sorties de l'usine, 3 étaient verrouillées tandis que les fenêtres des étages et les escaliers étaient bloqués. Il n'y avait ni alarme incendie ni extincteurs. Quant à l'incendie de Tazreen à Dacca, les témoignages recueillis font état d'un management inconscient de la direction de l'usine qui aurait demandé aux travailleurs de poursuivre leur tâche après le déclenchement de l'alarme incendie ainsi que d'un verrouillage des issues de secours des étages supérieurs (le bâtiment comptait 9 étages).

 

Les initiatives en cours

 

Face à la multiplication de ces drames, des accords d'indemnisations des familles ont été trouvés avec certaines marques et le gouvernement bangladais mais beaucoup d'autres restent à régler comme celui de Tazreen. Surtout, pour éviter de nouvelles catastrophes, le 15 Janvier 2013, le gouvernement bangladais ainsi que les représentants des employeurs et des syndicats ont signé une déclaration tripartite les engageant à mettre en place rapidement un plan national sur la sécurité contre les incendies et fait appel à l'OIT pour obtenir le soutien technique et aux agences d'aide au développement, aux marques, clients, organismes donateurs et ONG pour obtenir de l'aide pour sa mise en œuvre.

De leur côté, des syndicats et ONG (IndustriALL global Union International, Labor Rights Forum, Consortium des droits des travailleurs, Clean Clothes Campaign, réseau de solidarité Maquila) ont conclu avec des syndicats et groupes de défenses des droits du travail du Bangladesh un accord sur la sécurité dans les usines. Le programme prévoit 53 actions concrètes pour mettre en œuvre des inspections indépendantes dans les usines, pour obliger les fournisseurs à réaliser les réparations et rénovations nécessaires, à former les travailleurs, cadres et directions aux normes de sécurité et leurs droits, à créer des comités d'entreprises sur la sécurité et la santé au travail et à respecter la liberté d'association et le droit à la négociation collective. Aujourd'hui celui-ci est signé par 2 groupes seulement : PVH (Calvin Klein et Tommy Hilfiger) et Tchibo (chaîne allemande) alors qu'il en faudra au moins 4 pour atteindre la taille nécessaire à sa mise en œuvre.

 

(1) Source : Rapport Fatal Fashion de SOMO et la Clean Clothes Campaign paru en mars 2013
Béatrice Héraud
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