Publié le 29 janvier 2009

SOCIAL

Des salariés de l'informatique en grève

A l'appel de la CFDT, des salariés d'IBM et de HP participent à la grève et aux manifestations du 29 janvier. Pour les salariés de l'informatique, cette journée sera d'abord celle de la protestation contre la détérioration des conditions de travail et le montant des rémunérations des dirigeants.

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Grève chez IBM en mai 2008

Si les sondages montrent que les salariés du privé soutiennent massivement le mouvement social du 29 janvier, peu d'entre eux devraient cependant descendre dans la rue. Fait nouveau, les salariés de l'informatique sont appelés, à l'initiative de la CFDT, à faire grève et à défiler avec ce slogan : « Direction fatal error : HP,IBM, EDS : nos dirigeants continuent à se goinfrer. Stop greed ! ». Exit la compétition entre salariés des géants de l'informatique, et place au combat commun contre « les politiques antisociales similaires de leurs employeurs ».
« IBM et HP « se tirent la bourre » en conditionnant sans vergogne, chacune de son côté, ses commerciaux pour « tuer » le concurrent, en le dénigrant et en le caricaturant. Et cela via des programmes internes similaires : Blue Razor chez IBM, Red Razor chez HP ...Les salariés n'ont rien à gagner de ces guéguerres », affirme la CFDT dans son communiqué. D'autant qu'ils font face au même type de management (voir aux mêmes managers, qui passent d'IBM à HP et réciproquement), et in fine aux mêmes maux. « Les difficultés des employés de toutes les grandes sociétés d'informatique sont exactement les mêmes : stress, objectifs inatteignables, évaluations piégées, rotation effrénée des effectifs, suppressions d'emplois », poursuit l'organisation syndicale, qui avait déjà mobilisé, en mai 2008, plus d'un millier de personnes sur la question des salaires.


Depuis plusieurs années, la CFDT dénonce la pression exercée sur les salariés du secteur, dont le niveau de stress n'a cessé d'augmenter (voir article lié). En novembre 2008, une première grève « historique » a eu lieu dans les différents sites du groupe HP en Europe, contre la dégradation des conditions de travail. En France, 1900 salariés du groupe HP y avaient participé. « Le mécontentement touche les cadres et l'ensemble des postes au sein du groupe", affirme Myriam Betouche, coordinatrice CFDT chez HP. « Les cas de burn out sont de plus en plus fréquents, la surcharge de travail est devenue chronique avec les suppressions de postes », ajoute-t-elle.

"Une entreprise en très bonne santé"

Autre cause de mobilisation chez HP, la publication de la rémunération des dirigeants du groupe, aux Etats-Unis, a achevé d'indigner les représentants syndicaux. Le président d'HP, Marc V. Hurd, a ainsi bénéficié d'une augmentation de 68,35% entre 2007 et 2008, passant de 25,2 à 42,5 millions de dollars. Mais l'augmentation de salaire la plus spectaculaire revient au vice- président exécutif, Randall D. Mott , avec un bond de 282,81% - 7, 3 millions de dollars en 2007, 28,2 millions de dollars en 2008-. « Contrairement à ce que le P.D.G. d'HP en France peut estimer, les employés ne sont pas « jaloux » du salaire perçu par ces « élites », mais considèrent, au contraire, que ceci est le signe d'une entreprise en très bonne santé ! Il va donc être difficile de venir nous expliquer que nous devons nous « serrer la ceinture », ironise la représentante CFDT.
Dernier pavé dans la mare, la journaliste américaine Kim Peterson révèle sur son blog (msn money blogs) que le président d'HP s'est fait rembourser à hauteur de 80 000 dollars au titre des taxes sur la nourriture lors de ses déplacements en famille. Selon ses calculs, le montant des taxes peut varier d'un Etat à l'autre, mais « ceci correspond à une dépense approximative de 243 000 dollars pour la nourriture de sa famille lors de ses déplacements en 2008 ».
L'utilisation de ces chiffres dans des informations diffusées publiquement par les syndicats et la dénonciation de leurs conditions de travail leur permettra-t-elle de faire entendre la spécificité de leurs revendications dans une grève générale ? Elle montre en tous cas que les questions de souffrance au travail et de rémunération des dirigeants interrogent les modèles de développement économique de tout un secteur.

Véronique Smée
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