Publié le 05 novembre 2014

SOCIAL

Des entreprises relèvent le défi du cancer au travail

En 2012, 355 000 français ont déclaré un cancer. Et la majorité des personnes atteintes par la maladie exercait une activité au moment du diagnostic. Le maintien et le retour à l’emploi deviennent une sérieuse préoccupation pour les entreprises. Certaines en ont fait leur priorité en s’engageant dans le programme "Pionniers", mis en place par l’association Cancer@work.

Photo d'illustration
© iStock

En France, une personne sur deux atteinte d’un cancer a moins de 65 ans: la majorité des malades est donc en activité au moment du diagnostic. Ce sont les chiffres de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Cette réalité force les entreprises à s’intéresser de plus près aux conséquences de la maladie. Comment accompagner les salariés concernés ? Comment s’organiser en interne ?

L’association cancer@work a des réponses, comme l’explique sa cofondatrice Anne-Sophie Tuszynski, elle-même atteinte d’un cancer du sein en 2011: "Cette association est unique au monde. Elle regroupe des dirigeants d’entreprises qui veulent améliorer la qualité de vie au travail des personnes touchées par la maladie." Et elle ajoute: "20 ans d’expérience professionnelle à accompagner des dirigeants dans le développement de leur organisation ont permis de convaincre un premier PDG, celui du groupe Altran, de s’engager."

 

Martine Keryer, médecin du travail et secrétaire nationale du syndicat CFE-CGC "Santé au travail et Handicap", explique: "Souvent, les cadres veulent suivre leur chimiothérapie tout en continuant à travailler, par peur de montrer une part de faiblesse. Or, ils se mettent en situation de fragilité ! Le mieux, c’est de s’arrêter totalement pendant le traitement, puis de reprendre en temps partiel." Martine Keryer constate d’ailleurs que de plus en plus de salariés et de médecins traitants sollicitent les médecins du travail avant le retour du salarié pour proposer un aménagement du temps de travail ou la mise en place du télétravail.

 

Des pionniers pour faire évoluer les pratiques

 

Cancer@work veut améliorer la gestion de l’absence, le retour à l’emploi et la poursuite du travail à long terme. Pour y parvenir, l’association développe des programmes expérimentaux qui, sous l’impulsion des dirigeants, ancrent le sujet dans la stratégie des organisations. Cinq sociétés, dont Altran, SNCF et Roche, se sont déjà associées au programme "Pionniers". "Il s’agit de projets sur trois ans destinés à faire évoluer les mentalités et les pratiques", précise Anne-Sophie Tuszynski.

Il se déroule en trois temps: introduction du sujet via des conférences et des tables rondes; sondage auprès des salariés pour connaître leurs attentes et, enfin, mise à disposition des résultats auprès de toutes les parties prenantes de l’entreprise, qui sont alors invitées à constituer des groupes de travail pour trouver des solutions concrètes protégeant les salariés tout en respectant les impératifs économiques et sociaux de l’entreprise. Ces "Pionniers" s’engagent à partager leurs propositions auprès du plus grand nombre d’entreprises.

 

Le groupe Roche veut poser un cadre

 

Le laboratoire Roche est au cœur du sujet, puisqu'il développe des thérapeutiques innovantes en cancérologie. Il s’est engagé dans le programme Cancer@work: "D’un côté, il y a les salariés malades qui entrent en contact avec les ressources humaines (RH). Mais de l’autre, il y a ceux qui ont un conjoint, un parent ou un enfant touché et qui n’osent pas venir en parler. Nous voulons mettre un cadre et faire en sorte que le sujet ne soit pas tabou dans l’entreprise", indique Florence Pivert, directrice des ressources humaines de Roche.

L’entreprise mène actuellement une phase de diagnostic auprès de ses collaborateurs. Elle constituera par la suite des groupes de travail pour permettre le partage d’expérience et trouver avec les managers et les collaborateurs les dispositifs à mettre en place (dons de RTT, assouplissement de l’accord de travail à distance qui prévoit 1 jour par semaine, flexibilité des horaires...). De même, Roche va accompagner les managers pour promouvoir les bonnes pratiques.

Le credo du laboratoire sur le sujet est finalement résumé par Florence Pivert: "Avoir de l’empathie tout en maintenant un certain niveau d’exigence."  

Céline Oziel
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