Publié le 18 mars 2005

SOCIAL

Décathlon accusé de violer les droits syndicaux en Thaïlande

Le collectif De l'éthique sur l'étiquette a lancé, au moment des jeux Olympiques d'Athènes, une campagne ciblant les fabricants d'articles de sport. Le groupe Décathlon est particulièrement visé depuis le 14 février dernier, en raison du non -respect des droits sociaux chez un de ses fournisseurs thaïlandais, selon un rapport effectué par un syndicat local. Le groupe, qui a diligenté un audit social dans cette usine, dément les accusations du Collectif.

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L'initiative " Fibre citoyenne "

L'ONG Yamana lancera, le 1er juin 2005, une intiative sur la qualité sociale et environnementale appliquée à la filière textile, en collaboration avec les organisations professionnelles et les pouvoirs publics. " Déjà affaiblies par les délocalisations, les entreprises textiles françaises possédant leur propre outil industriel et celles du pourtour méditerranéen, premier lieu de délocalisation, voient leurs carnets de commandes se vider au profit de pays lointains souvent " à faibles exigences sociales et environnementales", indique Yamana. L'ONG veut faire de la responsabilité sociale un " avantage concurrentiel " sur ce marché et propose aux entreprises de la filière un contrat d'objectif sur l'ensemble de la châine d'approvisionnement. L'UIT (Union des Industries Textiles), la FET (Fédération de l'Ennoblissement Textile), la FACIM (Fédération Nationale des Fabricants de Fournitures Civiles et Militaires) et les pouvoirs publics collaborent à cette initiative, qui s'implante parallèlement au Maroc et en Tunisie, pays producteurs et victimes de la concurrence asiatique sur ce marché.

Décathlon a -t-il violé les droits fondamentaux des travailleurs de l'usine MSP Sportswear, située en Thaïlande ? D'après le rapport effectué par le CLIST (Center for Labour Information Service and Training), ce sous-traitant de Décathlon mais aussi de Nike, aurait licencié en novembre 2004 trois employées " accusées " d'avoir créé une section syndicale et réclamé le respect de la liberté d'association et le droit à la négociation collective.
Alerté, le groupe a décidé de diligenter un audit, réalisé par les équipes internes de Décathlon. Mais aucune des conclusions n'a été communiquée au Collectif de l'éthique sur l'étiquette, qui a soulevé l'affaire et a demandé au PDG du groupe de bien vouloir l'informer de la situation. " Cet audit n'a donné lieu à aucune information malgré l'insistance du Collectif. La façon dont sont habituellement réalisés les audits sociaux conduit le Collectif à sérieusement s'interroger sur leur pertinence, notamment quand il s'agit d'observer des faits qui datent de plusieurs mois auparavant ", ajoute l'ONG. Par ailleurs, le Collectif reproche au groupe Décathlon de ne faire état que d'" incidents relatifs à la discrimination syndicale ", lorsqu'il soulève la question de la " violation de la liberté syndicale " s'agissant des 3 employés licenciés pour avoir crée un syndicat.
Fréderic Croccel, directeur de la communication du groupe, réfute, d'une manière générale, les accusations portées contre l'entreprise. " L'usine MSP a été auditée par les services internes de Decathlon, et il s'avère que les accusations de harcèlement sexuel des ouvrières se sont révélées fausses. Les ouvrières sont fouillées à la sortie de l'usine par des femmes et non par des hommes, par ailleurs ces fouilles sont habituelles sur ce type de production. L'usine était également accusée de donner de l'eau non potable aux employés, or nous avons effectué des tests montrant au contraire que cette eau est tout à fait correcte ".

" Faire confiance à la justice locale "

Avec 400 personnes auditant 2000 sous-traitants à travers le monde, le groupe estime que le contrôle de ses usines est satisfaisant, "Nous avons également mis en place un deuxième niveau avec des auditeurs extérieurs indépendants comme le Bureau Veritas ", souligne Fréderic Croccel. S'agissant des 3 licenciements effectués, l'entreprise ne prendra de décision qu'après le procès. " Une enquête a été menée par le ministère du travail du pays et nous n'allons certainement pas nous substituer à la justice thaïlandaise. Une fois la décision connue, nous trancherons. La Thaïlande n'est pas un pays dans lequel la justice n'est pas digne de confiance. " Une position qui ne satisfait certes pas le Collectif, qui demande au groupe " la réintégration des employées, licenciées abusivement, et le paiement de leurs salaires, depuis le jour de leur licenciement jusqu'au jour de leur réintégration ; la réintégration de la mère d'un des membres du syndicat, licenciée du fait de ce lien familial ; et la cessation de toute action contre le syndicat, de diffusion d'informations fallacieuses à son sujet et le renoncement à toute autre forme d'intimidation ". D'une manière globale, l' ONG attend du groupe qu'il ne se contente pas des jugements rendus par les institutions locales, mais qu'il " assume sa part de responsabilité et agisse pour la mise en œuvre d'un plan d'actions correctives visant à ce que MSP Sportswear respecte clairement les conventions fondamentales de l'OIT ".

Véronique Smée
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