Publié le 01 septembre 2020

SOCIAL

Covid-19 : une rentrée masquée, véritable casse-tête pour les entreprises

À compter d'aujourd'hui, 1er septembre, les entreprises doivent renforcer les mesures de protection sanitaires pour leurs employés. La mesure phare, le port du masque obligatoire ne provoque cependant pas l’enthousiasme ni des partenaires sociaux ni des employeurs et travailleurs. Les principes généraux initiaux sont peu à peu adaptés à une multitude de cas particuliers.

Masque entreprise covid iStock CentralITAlliance
Depuis le 1er septembre, les entreprises vont devoir se plier à de nouvelles règles sanitaires pour faire face au coronavirus, des règles adaptées à l'activité et à la circulation géographique du virus.
@CentralITAlliance

C’est la rentrée aussi dans les entreprises et celle-ci est en grande partie régit par l’évolution chaotique de la situation épidémique en France. À mesure que le Covid-19 regagne du terrain, les protocoles de protection sanitaires imposés par le gouvernement aux entreprises, qui concentrent un quart des clusters, fluctuent entre durcissement des règles et adaptations à la réalité de terrain. 

C’est ainsi que les entreprises n’ont pu découvrir qu’hier, à la veille de leur mise en application le 1er septembre, les nouvelles règles sanitaires destinées à protéger leurs employés. Mi-août, la ministre du Travail, Elisabeth Borne avait énoncé de premiers principes généraux simples : le masque deviendrait obligatoire, partout en entreprise, sauf dans les bureaux individuels. Mais cette généralisation avait fait réagir le patronat et certains syndicats comme la CFE-CGC, qui y voyaient un frein à la reprise de l’activité économique.

Une règle faite d’exceptions

Résultat : la règle de l’obligation du masque "dans les espaces clos et partagés" s’est assouplie et s’accompagne d’un nombre conséquent de dérogations selon l’activité, l’organisation interne, et la zone géographique… Présentées à la dernière minute, ces "adaptations" ou "compléments opérationnels de bon sens", comme les a présentées le secrétaire d’État au Travail et à la Santé Laurent Pietraszewski, vont cependant déstabiliser les entreprises, assure Benoît Serre, vice-président de l’Association nationale des Directeurs des ressources humaines (ANDRH).

"Ce n’est pas sérieux de présenter de telles dispositions avec un délai aussi court ! Comment voulez-vous que les entreprises, de toute taille, puissent réagir aussi vite ?", réagit le manager. Dans les zones rouges où le virus circule fortement, l’application des nouvelles règles devrait être complexe. Il ne sera possible de déroger au port du masque obligatoire que si les 4 m2 par salariés sont possibles et si les locaux sont équipés de ventilation mécanique. A cela il faut ajouter les gestes barrières mais aussi la gestion des flux avec rotation des équipes et télétravail, qui peut virer casse-tête pour garder la cohésion d'entreprise. L’Île-de-France, qui concentre plus d’un million d’entreprises et 31 % du PIB français, est dans cette zone à risque.

"Les entreprises ont montré leur responsabilité"

En zone verte cependant les conditions seront plus souples. Le port du masque pourra être évité si la ventilation ou l'aération est suffisante, si des séparations limitent les projections entre les postes du travail ou si les salariés portent des visières. Tandis qu’en zone orange, l’aération des pièces devra être renforcée par une extraction d'air haute et un grand volume. Les règles varient en parallèle en fonction de l’activité pratiquée. Lorsque celle-ci demandera des "efforts physiques intenses" et lorsque la densité ne sera pas trop importante, la visière pourra suffire. Mais les lieux de travail identifiés comme favorisant la propagation du virus, comme les abattoirs, feront eux l’objet de discussions plus poussées pour définir le protocole adéquat.

Vu le faible délai d’application et ses implications juridiques, le gouvernement a assuré qu’il y aura une période de "bienveillance". Les entreprises le méritent selon le représentant de l’ANDRH : "Depuis le début de la crise, celles-ci ont montré leur sens des responsabilités en négociant en interne avec les représentants du personnel près de 9 000 accords sanitaires d’entreprises. Il faut nous faire confiance pour trouver le juste équilibre entre la protection des salariés et la sauvegarde du collectif d’entreprise nécessaire à la reprise !", assure-t-il.

D’ici là et malgré la complexité de la situation, "tout le monde doit jouer le jeu", a martelé dimanche sur Europe 1 le N°2 du Medef, Patrick Martin. Car, selon lui, "le pire qui puisse arriver à la population comme aux entreprises et à leurs salariés, c’est un reconfinement généralisé". 

Béatrice Héraud, @beatriceheraud   


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