Publié le 11 avril 2022

SOCIAL

En France et aux États-Unis, un vent de révolte historique se lève chez Amazon

Alors que Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, s’est lancé dans une course au spatial, ses salariés veulent le faire revenir sur Terre ! En France, tous les entrepôts du géant du commerce en ligne sont bloqués par des mobilisations salariales. Outre-Atlantique, un mouvement historique a permis la création du premier syndicat américain. Dans un contexte de grande démission, le rapport de force a changé.

Amazon
Amazon fait face à un vent de contestation internationale.
ANDREA RENAULT / AFP

Les salariés d’Amazon vivent leur printemps social. En France, les huit entrepôts du géant du commerce en ligne sont touchés par un mouvement de grève. Dans un contexte de forte inflation, les employés demandent une augmentation des salaires de 5 %, alors que la direction a concédé 3 %. Sans cette hausse, l’union syndicale - la CGT, SUD, la CFDT, la CAT et la CFE-CGC (cadres) - promet des débrayages "surprises". Ces actions seront organisées jusqu’au 14 avril, jour de la prochaine réunion consacrée aux négociations annuelles obligatoires (NAO).

Jusqu'à cette date, tous les entrepôts implantés sur le sol français continueront ainsi à être le théâtre de mobilisations, "du jamais vu" reconnaissent des élus syndicaux. Ils se disent étonnés par l’ampleur du mouvement, avec, notamment, des salariés qui viennent d'arriver et vivent leur première grève. "Autre fait notable : en signe de soutien au personnel d’Amazon, des transporteurs ont aussi "débrayés", souligne Mohamed Lounas, conseiller espace international à la CGT.

"Après l’engagement des salariés tout au long de la pandémie, des gestes de la part de l’entreprise se font toujours attendre, ce qui cristallise la colère du personnel", explique-t-il. "Les salariés demandent simplement le paiement de leur travail qui, rappelons-le, a été considéré comme essentiel pendant la pandémie", martèlent des élus CGT. La direction d'Amazon se défend en affirmant avoir "proposé des augmentations de salaire supérieures à la moyenne de la branche Transport et Logistique, ainsi que d'autres avantages". Mais la grogne sociale est également alimentée par un bond de 57 % du profit d'Amazon en 2021 à 33 milliards de dollars.

Une attente de reconnaissance après la pandémie

Cette même attente de reconnaissance galvanise les salariés outre-Atlantique. Un entrepôt Amazon à New York s’est ainsi doté du tout premier syndicat américain au sein du groupe : l’Amazon Labor Union (ALU). Du 25 au 30 mars, 4 852 salariés ont glissé un bulletin dans l’urne où le oui l’a emporté à 55 %. "Le mouvement est atypique car il est porté par des personnalités politisées qui se sont engagées dans des mouvements citoyens comme Black Lives Matter et échappent pour le moment aux grandes centrales", constate Mohamed Lounas.

Si le président Joe Biden a salué cette initiative, la direction continue de s’y opposer. Elle estime que le petit groupe de syndicalistes a "menacé" les employés de son entrepôt pour les forcer à voter en faveur de la création d’un syndicat. "C’est absurde", a réagi l’avocat Eric Milner au nom du syndicat. Il faut dire que la firme mène une politique anti-syndicale très active depuis sa création, en 1994. Elle avait ainsi toujours réussi à repousser les velléités des salariés souhaitant se regrouper dans le pays.

Un mouvement contestataire se structure

La direction redoute que la victoire syndicale essaime en ce printemps 2022 et notamment en Alabama, à Bessemer, où des employés cherchent depuis plusieurs années à créer eux aussi une cellule. "On sent qu’un mouvement contestataire se structure : les luttes des uns galvanisent celles des autres. UNI global (une fédération syndicale internationale, ndlr) tente de fédérer une action unique en Europe et pourquoi pas dans le monde", analyse Mohamed Lounas.

Ces luttes sont aussi portées par le phénomène de la "grande démission". Dans ce contexte, le deuxième employeur américain, derrière Walmart, fait face à une pénurie de personnel. "Nous observons un renversement du rapport de force avec d’un côté des salariés qui ont été qualifiés d’essentiels et de l’autre un besoin de main d’œuvre de la part d'Amazon", avance Mohamed Lounas. 

Les actionnaires redoutent cette situation et mettent à l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale d’Amazon une question sur le traitement des salariés. Une situation qui n'est pas sans rappeler celle de Starbucks, qui a aussi vu naître son premier syndicat récemment. Les actionnaires viennent de demander au PDG de la chaine de cafés, Howard Schultz, d’accepter les syndicats pour mieux garder les employés dans une perspective de long terme. Définitivement, les temps changent ! 

Mathilde Golla @Mathgolla


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