Publié le 11 juin 2019

SOCIAL

Bangladesh : l'Accord sur la sécurité dans l'industrie textile prolongé d'un an

De grandes marques textiles internationales, dont H&M ou Primark, ont obtenu que la Cour suprême du Bangladesh prolonge d'un an l'application de l'Accord sur la surveillance de la sécurité des usines de confection. Un accord qui avait été pris dans l’urgence, après le drame du Rana Plaza qui avait causé la mort de plus de 1 000 ouvrières il y a cinq ans. Et qui a permis plusieurs améliorations des conditions de travail.

 

 

Rana Plaza 2013
En avril 2013, l'effondrement de l’immeuble du Rana Plaza causait la mort de 1 138 personnes et près de 2 000 blessés. Suite au drame, un accord avait été conclu pour améliorer les conditions de sécurité dans les usines.
@Zakir Hossain Chowdhury / Anadolu Agency / AFP

L'Accord bangladais sur la sécurité des bâtiments industriels et leur protection contre l'incendie serait reconduit dans l'industrie textile pour une année supplémentaire. C’est ce qu’a décidé la Cour suprême bangladaise cette fin mai 2019.

Cet accord qui avait dû attendre le drame du Rana Plaza pour être mis en œuvre, a permis d’améliorer les conditions de travail des ouvriers du textile grâce notamment à la surveillance d'inspecteurs internationaux. Signé par près de 300 groupes textiles européens avec le gouvernement bangladais, sa reconduction était instamment demandée par les ONG qui y voient "la seule véritable évolution durable post-Rana Plaza", selon le Collectif éthique sur l'étiquette.

Un accord essentiel pour la sécurité des travailleurs

Si le secteur textile tire depuis quelques années la croissance du pays, ce fut longtemps au prix de conditions de travail extrêmement précaires, pour de faibles rémunérations, dans des bâtiments parfois non adaptés et à la sécurité plus que rudimentaire…Avant le drame, qui avait tué 1 138 ouvriers en 2013, plusieurs incendies d’usines avait déjà tué des centaines d’ouvriers dans des accidents moins médiatisés.

La remise en cause de l’accord avait été demandée par des entrepreneurs locaux. Ils avaient réclamé le départ des inspecteurs internationaux estimant que l'accord prévu initialement pour cinq ans était dorénavant caduc et avaient obtenu le soutien de la justice en première instance. Les industriels textiles du Bangladesh redoutent de voir les inspecteurs internationaux mettre leur nez dans des questions liées aux droits des travailleurs et aux salaires, qui restent parmi les plus faibles au monde. De leur côté, leurs donneurs d'ordre, parmi lesquels les géants de l'habillement occidentaux, n'ont défendu que très mollement la survie de l'accord, regrettent les ONG. 

C'est finalement la Cour suprême qui va sauver, du moins en façade, la poursuite de l'accord. Dans un arrêt rendu mi-mai, elle accorde 281 jours ouvrés supplémentaires, soit 13 à 14 mois, après s'être entendue avec la puissante association des industriels du textile du Bangladesh (BGMEA). Mais le diable se cache dans les détails... 

Une entente à double tranchant

Au terme de cette entente, à laquelle le gouvernement a apporté son soutien, une organisation nationale sera mise en place pour surveiller la sécurité des bâtiments industriels. Cette nouvelle organisation, le Conseil pour le développement durable de l'industrie du prêt-à-porter, prendra le relais des inspecteurs internationaux. Un point qui inquiète les associations. Le BGMEA a estimé que cela ouvrait la voie à une auto-surveillance des industriels du Bangladesh.  

De son côté la Clean Clothes Campaign, une ONG spécialisée sur la mode qui a beaucoup travaillé sur les conditions de travail au Bangladesh et œuvré pour la mise en œuvre de l’accord, a indiqué que l'association évaluait les conséquences de la décision de la Cour. Pour Babul Akhter, un syndicaliste local, les choses sont déjà claires : cette nouvelle organisation est une menace pour la sécurité des travailleurs car elle donne plus de pouvoirs aux propriétaires des usines.

Depuis le drame du Rana Plaza, deux organisations de grandes marques internationales sont chargées de surveiller la sécurité dans les usines fabriquant des vêtements pour les magasins occidentaux. Aux côtés de l'Accord Bangladesh, venu à échéance en 2018 mais qui prévoyait sa prolongation jusqu'en 2021, une Alliance pour la sécurité des travailleurs au Bangladesh, composée principalement de groupes américains, a créé ses propres standards de sécurité jugés moins strictes que celui de l’Accord.

L’enjeu reste important pour le pays et les marques qui s’y fournissent. L’industrie textile bangladaise pèse près 31 milliards de dollars, avec quelque 4 500 usines qui emploient quatre millions de travailleurs. Le secteur textile représente 80% des exportations totales du pays. Il est le deuxième exportateur de vêtements au monde après la Chine.

Béatrice Héraud avec AFP


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