Publié le 18 octobre 2017

SOCIAL

#BalanceTonPorc : le harcèlement sexuel au travail, un "non-sujet" pour les entreprises

Elles sont des milliers de femmes à avoir témoigné sur les réseaux sociaux du harcèlement sexuel dont elles ont été victimes, notamment au travail, via le hashtag #BalanceTonPorc. Jusqu'alors la majorité des entreprises considéraient que la question ne les concernait pas, que cela relevait de la vie privée. Mais face à un risque réputationnel grandissant, elles vont devoir se saisir du problème.

#MeToo est la version américaine du hashtag #BalanceTonPorc, il a été créé par l'actrice Alyssa Milano.

Près de 160 000 messages. C’est le nombre de tweets qu’a généré le hashtag #BalanceTonPorc sur les réseaux sociaux. À la suite de l’affaire Weinstein, du nom du réalisateur américain accusé par plusieurs femmes de harcèlements sexuels, agressions et même viols, des milliers de femmes sont sortis du silence et ont témoigné du harcèlement dont elles ont été victimes.

20 % des femmes confrontées à du harcèlement sexuel au travail  

En France, c’est la journaliste Sandra Muller qui a lancé le mouvement, en tweetant son expérience :

 

 

À lire l'avalanche de témoignages sur Twitter, le constat est sans appel : le harcèlement sexuel est un phénomène de société qui touche autant le monde du travail que la vie civile. En 2014, le Défenseur des droits estimait à 20 % le nombre de femmes actives à y avoir été confrontées. Le plus souvent, le harceleur était un collègue puis un employeur ou un supérieur hiérarchique. Au final, seules trois femmes sur dix ont alerté leur direction.

Les entreprises doivent prendre conscience de leur responsabilité 

"Il y a une tendance dans les entreprises à considérer que le harcèlement sexuel ne les concerne pas", analyse pour Novethic Marie Donzel, directrice de Donzel & Cie, entreprise de conseil en innovation sociale. "Elles estiment que ce n’est pas un sujet d’égalité professionnelle, qu’il est à la lisière avec la vie privée. Il y a un blocage, un refus de comprendre", estime-t-elle.

"C'est un non-sujet pour beaucoup d'entreprises", renchérit Olga Trostiansky, présidente du Laboratoire de l’égalité. "Or, pour briser le tabou du harcèlement sexuel, il faut qu’il soit évoqué, porté à l’ordre du jour". Ainsi, la conseillère au CESE (Conseil économique, social et environnemental) suggère que les syndicats imposent le sujet dans les CHSCT, comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail.

"Il faut communiquer, car cela autorise la parole, créer un espace de libération, créer des engagements opposables comme une charte sur laquelle on peut s’appuyer pour dire à l’entreprise qu’elle n’a pas respecté ses engagements. Et surtout, monter une procédure dans laquelle il est noté que jamais il ne faut déplacer la victime", souligne Marie Donzel.

Un risque réputationnel qui va pousser les entreprises à agir

Un encadrement est nécessaire pour remédier aux dérives. 40 % des victimes ayant alerté la direction estiment que l’affaire leur a porté préjudice, "avec des conséquences directes pour son emploi : non-renouvellement de contrat, blocage de carrière", note le Défenseur des droits.

C'est le cas de Valérie*, cadre dans une entreprise de production audiovisuelle : "Mon patron m'a fait comprendre que si je ne couchais pas avec lui, je ne pourrais pas évoluer dans la société. J'en ai parlé à la DRH qui m'a conseillée de démissionner. J'ai d'abord refusé puis j'ai négocié une porte de sortie. Je ne supportais plus ce harcèlement. Au final, j'ai perdu mon travail et lui est toujours en poste"

L’AVFT, Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail, estime que 95 % des femmes ont perdu leur emploi après avoir dénoncé des faits de harcèlement sexuel. Mais "le monde de l’entreprise est pragmatique. Cette mobilisation est inédite, il y a un risque réputationnel qui va les pousser à agir", espère Marie Donzel.

En attendant, Novethic, qui a essayé de contacter plusieurs entreprises sur leurs dispositifs anti-harcèlement, s'est fait rabrouer à plusieurs reprises. Notamment par ce directeur de communication d'une grande entreprise publique : "vous pensez vraiment que c'est le moment de parler de ça ?". A priori non. 

Marina Fabre @fabre_marina

*Le prénom a été modifié


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