Publié le 12 avril 2021

SOCIAL

Les salariés d'Amazon rejettent la création d'un syndicat mais le géant du commerce en ligne n'en sort pas indemne

Les 5 600 employés de l’entrepôt d’Amazon à Bessemer dans l’Alabama aux États-Unis ont finalement voté contre la création d’un syndicat. Le vote reste pourtant historique car le géant de l'e-commerce n’en sort pas indemne. Il a une nouvelle fois mis en lumière les conditions de travail des employés et questionné le modèle économique et démocratique d’entreprises surpuissantes.

Entrepot amazon jordan stead
Les 5 600 employés de l’entrepôt d’Amazon à Bessemer dans l’Alabama (Etats-Unis) ont finalement voté contre la création d’un syndicat. Le vote reste pourtant historique car le géant du e-commerce n’en sort pas indemne.
@Jordan Stead/Amazon

Un vote à la David contre Goliath

La bataille était disproportionnée. Amazon est le deuxième plus grand employeur des États-Unis et n’a jamais toléré de syndicat sur le sol américain. A Bessemer, les employés qui se sont mobilisés pour en créer un se sont heurtés à la puissance du leader mondial du commerce en ligne. Amazon a déployé une communication anti-syndicale intense sur les réseaux sociaux et mis des bâtons dans les roues des partisans du syndicat RWDSU. Ceux-ci ont bataillé des mois sur le terrain pour convaincre 30% du personnel de tenir un référendum sur le sujet. Plus de la moitié des employés ont voté. Si les arguments d'Amazon ont fini par l'emporter, le géant du commerce en ligne a vu son image écornée et son modèle remis en cause.

La mise en lumière de conditions de travail inacceptables

On connaissait déjà les cadences infernales d’Amazon mais la mobilisation les a remises en lumière.  L’affaire du "pause pipi gate" sortie au même moment a apporté la preuve que des employés d’Amazon sont obligés d’uriner dans une bouteille par manque de temps. Le géant du e-commerce a beau mettre en avant sa politique salariale : 15$ l’heure, le double du salaire minimum, il est loin de compenser les conditions de travail. Lafonda Townsend en témoigne : "Contente de son salaire à l’embauche", elle déchante au vu du rythme imposé. "La salle de pause est très loin et il faut manger comme un prisonnier pour être revenu à temps car si vous avez une minute de retard, on vous compte une heure non payée", rapporte-elle à l’AFP.

La défense du droit syndical dépasse les partis

Les syndicats sont peu développés aux États-Unis. Dans la moitié des États du pays, comme l’Alabama, il existe même des lois qui limitent les syndicats ("Right to work laws"). Ces États, souvent pauvres, attirent ainsi des entreprises qui viennent y chercher une main d’œuvre bon marché et malléable. Mais le modèle commence à se fissurer. Le Président Joe Biden a apporté son soutien aux salariés d’Amazon et à la liberté syndicale. Tout comme le sénateur républicain Marc Rubio. Une coalition de 70 actionnaires a demandé qu’Amazon n’essaye plus de contrecarrer les efforts des salariés à se syndiquer.

La conjonction de la lutte sociale et raciale

Si le mouvement a pris dans cet État pauvre et conservateur, c’est en partie en raison de l’histoire du syndicat. Dans cet entrepôt où plus de 85% des employés sont afro-américains, le soutien de la RWDSU dans les marches contre la ségrégation de Martin Luther King a eu son influence. La lutte syndicale s’est aussi muée en une lutte contre les inégalités raciales et le vote a été soutenu par le mouvement Black Lives Matter. "Les vies noires comptent. Pas seulement dans le système judiciaire, mais aussi au travail", affirme à Europe 1, Angela Angel, responsable locale du mouvement Black Lives Matter.

Une revendication qui pourrait faire tache d’huile

Le vote de Bessemer a largement dépassé les frontières de l’Alabama. Il a montré que la mobilisation était possible pour mettre en place un syndicat, même dans les entreprises et les États les plus réticents. Alors que les efforts de syndicalisation au sein de l’entreprise avaient jusque-là échoué, le syndicat RWDSU qui conteste le vote de Bessemer, assure avoir reçu des requêtes de plus d’une cinquantaine d’entrepôts différents depuis le début de la lutte. Le mouvement résonne aussi avec d’autres actions syndicales dans le monde. Comme en Italie, où fin mars, une grève de 24h dénonçant les conditions de travail dans les entrepôts du pays a été suivie par 75% des salariés.

Béatrice Héraud, @beatriceheraud 


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