Publié le 09 juin 2010

SOCIAL

Allemagne : dérapages dans la distribution bio

Le distributeur bio allemand Alnatura, un des piliers du monde bio outre-Rhin, est au cœur d'une polémique en raison de sa politique de bas salaires. Loin d'être un cas isolé, le cas d'Alnatura montre combien l'industrie alimentaire bio allemande peine à échapper aux pratiques commerciales les plus conventionnelles .

129788_GF.jpg

Le coup a été donné lors de l'ouverture d'une nouvelle filiale du distributeur bio à Berlin il y a quelques jours. Le quotidien berlinois de gauche TAZ révèle alors au grand jour la pratique des bas salaires d'une entreprise affichant pourtant une solide santé financière. A Berlin, une caissière chez Alnatura est rémunérée 9,73 euros au lieu des 13 euros prévus par la grille des salaires en vigueur dans la branche de la distribution en Allemagne, le salaire le plus bas atteignant même 7,50 euros, soit 16% en dessous du barème prévu. "La paie est mauvaise, mais l'atmosphère au travail est meilleure", entend-on dire chez les salariés d'Alnatura à Francfort, qui ne souhaitent pas faire d'autres commentaires. Précisons qu'il n'existe pas en Allemagne de salaire minimum. Syndicats et employeurs fixent eux-mêmes, lors de négociations salariales, les « Tarifverhandlungen », les grilles des salaires. Ces négociations se font branche par branche. Pour la distribution, le syndicat Verdi et le syndicat patronal HDE déterminent les barèmes censés être appliqués dans toute l'industrie.

« Ökokapitalist »

Dès les premières parutions dans la presse allemande, Görtz Rehn, le fondateur et unique directeur de la première chaine de distribution bio allemande, a tôt fait de réagir. Dans une lettre publiée sur le site internet de l'entreprise, il écrit que la politique du groupe fait actuellement l'objet d'une révision générale, signifiant que les salaires vont être revu à la hausse, notamment ceux au plus bas de l'échelle hiérarchique. Car cette politique des bas salaires est d'autant plus difficile pour Götz Rehn à justifier que son entreprise est florissante, même en temps de crise financière et économique : le chiffre d'affaires pour la période 2008/2009 a bondi de 18% pour atteindre les 361 millions d'euros. Et si Alnatura ne publie pas ses bénéfices, personne ne doute de la bonne santé du distributeur bio. Et pourtant, l'unique directeur a toujours refusé, tout du moins jusqu'à présent, d'appliquer les grilles de salaires négociées par le syndicat Verdi et le syndicat patronal, tout comme l'élection de délégués du personnel.

Margret Mönig-Raane, vice-présidente du syndicat Verdi, souligne que le cas d'Alnatura n'est pas une exception. De fait, la branche bio allemande a la réputation de mal payer ses salariés, ce qui ne manque pas de faire sortir de ses gonds cette syndicaliste pourtant aguerrie. « Il paraît tout à fait normal que des entreprises vantant les mérites du développement durable rémunèrent leurs salariés à leur juste valeur. Quand de surcroît, elles jouissent pour la plupart d'une bonne santé financière, il n'y a aucune raison qu'elles se comportent autrement ». Le chiffre d'affaires enregistré par la branche bio allemande s'élevait l'année passée à 5,8 milliards d'euros, un chiffre en stagnation. Or, la Fédération de l'industrie alimentaire bio (BÖLW) souligne que cette stagnation n'est pas liée à la crise, mais à la pression exercée par les discounters, qui ont fait une entrée fracassante dans le monde jusque-là discret du bio allemand.

Des consommateurs très influents

C'est peu de dire que la discussion actuelle sur les pratiques de la branche bio embarrasse le secteur. Si aucun commentaire officiel n'est fait, les acteurs traditionnels du bio connaissent le poids prépondérant des consommateurs-citoyens en Allemagne. Chacun dans la branche conserve en mémoire les déboires de la chaîne de supermarché bio Basic il y a quelques années.
Basic, troisième distributeur bio en Allemagne après Alnatura et Dennree, a ainsi vu ses clients déserter quand ils sont appris la prise de participation du groupe Schwarz (qui détient le discounter Lidl), dans son capital. Face à la vague de protestations et de boycott, la direction de Basic s'est résignée alors à faire machine arrière. C'était en 2006, mais le distributeur lutte aujourd'hui encore contre les effets de ce qui a été perçu comme une erreur de stratégie.

Claire Stam à Francfort (Allemagne)
© 2018 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

SOCIAL

Conditions de travail

Santé et sécurité au travail sont deux dimensions importantes de la RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises). Dans les usines du monde, les conditions de travail sont souvent très difficiles. Les consommateurs prennent progressivement conscience du coût humain auquel sont obtenus les produits qu’ils achètent.

Cage amazon Credits United States Patent and Trademark Office USPTO

Amazon a breveté une cage pour ses salariés...afin d'assurer leur sécurité

Quand la cohabitation entre humains et robots devient difficile, le géant de l'e-commerce, Amazon, imagine de mettre ses manutentionnaires en cage afin d'assurer leur sécurité. Bien que le groupe ait tout de suite assuré qu'il n'utiliserait jamais cette solution, le fait que des ingénieurs aient...

Chaine protection independant salarie pixabay

Le recul du salariat impose de réinventer la protection sociale des indépendants

Le régime des indépendants n’est plus, la part des slashers (ceux qui pratiquent plusieurs activités) explose et des grands groupes n'hésitent plus à s'associer avec les leaders de l'économie des plateformes. Le travail tel que nous l’avons conçu depuis 50 ans est en pleine mutation, reste à...

Qatar travailleurs migrants sri lanka esclavage moderne Stade khalifa Doha andreas gebert DPA Picture alliance AFP

Qatar : des vies ruinées sur les chantiers de la Coupe du Monde de football 2022

Des dizaines de salariés travaillant sur le site qui va accueillir les cérémonies d’ouverture et de clôture de la Coupe du Monde 2022 n’ont pas perçu de salaire pendant des mois. Forcés de travailler gratuitement, ils logeaient dans des conditions insalubres, sans avoir de quoi se nourrir et...

IStock robot humains job automatisation

[Le chiffre] D’ici 2022, 54 % des salariés devront se former pour faire face à l’automatisation

Analyste de données, spécialiste de la blockchain, manager de l’innovation... Pour s’adapter à ces nouveaux métiers, 54 % des salariés dans le monde vont devoir réévaluer leurs compétences et suivre une formation. La France est l'un des pays où le besoin est le plus criant avec 105 jours de...