Publié le 06 juin 2020

SOCIAL

[À l’origine] Du new deal culturel de la grande dépression à celui du Covid-19

Annoncé par Emmanuel Macron, un grand programme de commandes publiques devrait permettre à la culture, très touchée par le confinement et les mesures de prévention liées au Covid-19, de reprendre un second souffle. Une telle initiative avait été prise lors de la Grande dépression, après la crise de 1929. Elle avait permis d’incarner et de documenter cette crise autant que les transformations de l’Amérique.

Walker evans houses and bilboards in Atlanta 1936
Dans les années 1930, un grand New Deal culturel est lancé par le président américain Roosvelt pour documenter et d'incarner la Grande dépression qui a suivi la crise financière de 1929 mais aussi les transformations de l'Amérique.
@Walker Evans

"Qu’on mette le paquet" sur la culture ! C’étaient les mots d’Emmanuel Macron, le 6 mai dernier, lors de son discours sur la relance du secteur culturel. Il déclarait vouloir lancer "un grand programme de commandes publiques", que ce soit pour les "métiers d’art, les spectacles vivants, la littérature, les arts plastiques"… Une exception culturelle française ? Pas vraiment. L’idée a fait ses preuves il y a presque un siècle, outre-Atlantique, après la crise financière de 1929. Elle est aujourd'hui réclamée en France par les anciens ministres Jack Lang et Jean-Jacques Aillagon, et à l’international, par Hans-Ulrich Obrist, le commissaire de la Serpentine gallery.

À l’époque, Franklin Delano Roosevelt décide de lancer un programme de grands travaux pour aider l’économie : le fameux New Deal. Mais le programme ne concerne pas que les infrastructures routières, les ponts ou les barrages. Il intègre aussi la culture : le théâtre, la sculpture, la peinture et la photographie. L’État va faire travailler 7 000 écrivains, 16 000 musiciens, 13 000 comédiens… Le Federal Art project va révéler les plus grands : Jackson Pollock ou Mark Rothko pour la peinture, Orson Welles pour le cinéma et faire émerger la photographie sociale.  

Dorothea lange 2 Ramasseurs de pois indigents en Californie. Une mère de sept enfants

Dorothea Lange - Ramasseurs de pois indigents en Californie, une mère de 7 enfants (1936)

Documenter et incarner le tournant de l’histoire  

Les photographes devenus cultes Dorothea Lange ou Walker Evans ont travaillé pour la Farm security administration. Ils ont permis de documenter et d’incarner une période qui a marqué l’économie et l’histoire à jamais. Pendant près de 10 ans, jusque pendant la seconde guerre mondiale, cet escadron de photographes mandatés par le gouvernement va quadriller le pays pour illustrer les aides gouvernementales destinées aux plus pauvres, des campagnes les plus profondes aux villes grouillantes. Ces photographies marquent une transition vers la modernité marquée par les stigmates de la misère.

Alors pourquoi les pouvoirs publics ne réitéraient-ils pas l’expérience pour documenter les effets de la pandémie ? L’initiative permettrait à la fois d’aider une profession déjà marquée par la précarité et presque anéantie par la crise qui a mis à terre journaux et festivals, mais aussi d’éviter que "la mémoire de cette grande crise que nous vivons se réduise à des statistiques ou à des agendas ministériels, qu’elle se raconte seulement à travers les actes et les discours des puissants". Qu’elle leur reconnaisse une "force sociale" en construisant un "récit au fur et à mesure de la vie des gens", souligne la journaliste spécialiste des médias Sonia Devillers, sur France Inter.  

Ce travail, les photographes le font déjà, comme l’agence Myop dont les 19 photographes ont documenté le confinement, à l’image de France Keyser, à la Roque d’Anthéron. Guillaume Herbaut a lui documenté les conditions de travail des routiers déjà difficiles mais ont été rendues encore plus pénibles par la situation. Éric Bouvet a immortalisé le vide des rues de la capitale et s’est rendu au chevet du personnel hospitalier. Un travail autant artistique que documentaire. Mais pas seulement, explique-t-il: "Je pense que ce que je fais a une dimension patrimoniale, qui servira pour l’Histoire. Je travaille pour le futur". 

Béatrice Héraud, @beatriceheraud


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