Publié le 15 octobre 2020

POLITIQUE

[Élection US] Le système de santé, laissé aux mains du privé, montre ses limites avec la crise du Covid-19

Trois jours d'hospitalisation et une thérapie expérimentale… Le Président américain Donald Trump a reçu un traitement de choc pour faire face au coronavirus, estimé à quelque 100 000 dollars par le New York Times. Dans un pays où le système de santé est laissé aux mains du privé, le Covid-19 pèse lourdement sur les Américains les plus pauvres et profite aux entreprises de la santé. Une question qui risque de peser lourd dans l'élection américaine le 3 novembre prochain.

Donald Trump sortie hopital 5 octobre Covid 19 SaulLoeb AFP
Donald Trump à la sortie de son hospitalisation pour Covid-19 le 5 octobre 2020.
@Saul Loeb/AFP

L’image du Président américain pouce levé en gage de victoire sur le Covid a fait le tour du monde, tout comme son tweet "N’ayez pas peur" de la maladie. Au bout de trois jours d’hospitalisation et grâce à un traitement expérimental de choc, Donald Trump se dit en pleine forme et "béni" d’avoir été victime du virus. Des mots qui ne passent pas toujours auprès des victimes américaines.

Aux États-Unis, le coronavirus a fait plus de 200 000 morts et laissé des centaines de milliers d’américains avec des stigmates sanitaires et financiers. Beaucoup d’entre eux n’ont pu payer les 3 000 à 20 000 dollars nécessaires à un traitement simple de la maladie. Encore moins se payer la thérapie de luxe du président, estimée à 100 000 dollars par le New York Times.

15 millions de non assurés en plus

Un épisode qui, au-delà de la crise du Covid-19, montre celle de tout le système de santé américain. Les dépenses de santé représentent l'équivalent 17,2 % du PIB du pays (contre 10 % en moyenne dans l'OCDE). Si les soins sont de qualité, les meilleurs traitements sont réservés aux plus aisés. Les hospitalisations s’y chiffrent en milliers de dollars, les maladies graves et longues comme les cancers peuvent frôler la moitié d’un million. Les médicaments sont peu accessibles : le secteur pharmaceutique mondial y réalise près de la moitié de son chiffre d’affaires et 60 % de ses profits.

Laissée aux mains du privé, l’assurance-maladie est un luxe que 27 des 328 millions d’Américains ne peuvent se permettre. Selon les données de la Kaiser family foundation, le coût d'une assurance pour une personne de 40 ans vivant à New York est d'environ 569 dollars par mois contre 40 euros par mois pour une mutuelle pour un Français. Environ deux tiers de la population est couvert par une assurance maladie privée, le reste par divers programmes gouvernementaux.

L'Obamacare, le programme phare de l'ancien président américain pour réduire le nombre de non assurés, a bien fait son office en réduisant leur part par deux passant de 10 % de la population contre 20% initialement. Mais, in fine, celui-ci renforce la privatisation du système en obligeant chaque citoyen à souscrire une assurance privée. 

Big pharma et Med tech profitent de la crise

Or, avec le Covid-19, le taux de chômage a été multiplié par quatre aux États-Unis. En perdant leur emploi, 15 millions d’Américains ont basculé cette année hors du système de l’assurance maladie. Ils se retrouvent privés de soins. Les assurances-maladies ont été contraintes par le gouvernement de mettre au pot pour faire face aux dépenses de santé de leurs assurés. En conséquence, elles pourraient augmenter fortement leurs tarifs l’an prochain, note un article sur publiée dans le British Medical journal le 2 juillet 2020.

De leur côté, les startups orientées sur la santé ne connaissent pas la crise et engrangent des levées de fonds records en millions de dollars. Quant aux Big pharma, elles devraient tirer profit de la folle course aux traitements et vaccins dans laquelle les laboratoires se sont lancés. Même le décret présidentiel visant à faire baisser le prix des médicaments aux États-Unis - c'était l'une des promesses électorales de Donald Trump - n'aura qu'un impact limité. L'élan des géants de la santé est dopé par les promesses de Washington de délivrer des résultats avant les élections présidentielles de novembre…

Béatrice Héraud @beatriceheraud


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