Publié le 19 octobre 2020

POLITIQUE

Séparatisme, École, Réseaux sociaux : Emmanuel Macron riposte après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine

La mort du professeur Samuel Paty, décapité pour avoir montré en classe des caricatures de Mahomet dans un cours sur la liberté d’expression, a vivement fait réagir l’Exécutif. Il annonce des réponses fortes, dès cette semaine, concernant le contrôle des associations soupçonnées de séparatisme ou de radicalisme, la protection des écoles et la responsabilisation les réseaux sociaux.

Manifestation bastille attentat Samuel Paty SamirMaouche HansLucas AFP
Dimanche, des dizaines de milliers de manifestants ont témoigné leur colère après l'assassinat du professeur Samuel Paty.
@SamirMaouche-HansLucas-AFP

L’assassinat de l’enseignant d’histoire géographie Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) vendredi 16 octobre devant son collège a soulevé l’effroi et la colère au sein de la population. L’attentat fait suite à la diffusion en classe de caricatures de Mahomet lors d’un cours sur la liberté d’expression. Des parents d’élèves ont dénoncé un apprentissage islamophobe, ce qui a amené Abdoullakh Abouyezidvitch à décapiter le professeur de 47 ans.

Emmanuel Macron s’est rendu dès vendredi soir sur place et a organisé un conseil de défense avec plusieurs ministres dimanche soir. Quelques heures après que des dizaines de milliers de Français se soient réunis, notamment Place de la Bastille à Paris, le chef de l’État a annoncé les premières ripostes. Les ministres de l'Intérieur et de la Justice, Gérald Darmanin et Éric Dupond-Moretti, ont présenté "un plan d'action qui va se mettre en œuvre dès le courant de la semaine et donnera lieu à des actions concrètes contre les structures, associations ou personnes proches des milieux radicalisés".

La loi sur le séparatisme "complétée, élargie, approfondie"

En premier lieu, c’est le projet de loi sur le séparatisme, présenté par Emmanuel Macron début octobre, qui doit être "complété, élargi et approfondi". À deux mois de son examen au Parlement, le Président "a souhaité que les ministres concernés puissent réfléchir à de nouvelles mesures afin d’enrichir et d’améliorer le texte", rapporte un conseiller du palais présidentiel. Ceux-ci auront 15 jours pour modifier le texte. "Faire bloc, parler d'unité et de concorde, cela ne veut pas dire ne pas agir. On va continuer d'agir, avec le projet de loi contre le séparatisme, on va amplifier", explique le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal.

Dans un premier temps, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a annoncé l’expulsion de 231 étrangers en situation irrégulière et fichés pour radicalisation à caractère terroriste. Laurent Nuñez, coordonnateur du renseignement et de la lutte contre le terrorisme a indiqué sur France Info qu'il y avait "plus de 20 000 fiches pour radicalisation, dont un peu plus de 8 000 toujours actives". De plus, une liste d'associations fera l'objet de "mesures appropriées" après enquêtes, en attendant le projet de loi contre l'islam radical qui doit étendre les motifs de dissolution d'associations.

Enfin, côté financements du terrorisme, le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a indiqué sur France 3 vouloir proposer davantage de contrôle sur les flux financiers et notamment sur les problèmes posés par les cryptomonnaies.

Une école et des enseignants mieux protégés

Selon les témoignages recueillis parmi les milliers d’enseignants qui ont manifesté dimanche, de nombreux racontent les relations de plus en plus compliquées avec des parents refusant les notions de laïcité ou certains enseignements scientifiques comme la théorie de l’évolution. Souvent, ils se jugent "insuffisamment soutenus". "La pire des réponses serait que les enseignants aient peur d'enseigner et s'autocensurent", a réagi la députée LREM des Yvelines, Aurore Bergé.

Aussi, après les vacances de la Toussaint, l’Exécutif assure que la sécurité scolaire sera mieux prise en charge. Le conseil de défense a ainsi lancé un travail sur une meilleure protection policière des écoles et des enseignants ou personnels dont la sécurité paraît menacée. Pour le ministre de l’Éducation, c’est la question de la laïcité qui est à revoir : "Nous avons fait beaucoup de choses, l'actualité montre qu'il faut faire toujours plus, nous verrons comment on peut les améliorer". Il s’agirait entre autres de ne pas laisser cette question aux seuls professeurs d’histoire-géo.

Les réseaux sociaux dans le viseur

Le gouvernement tape du poing sur la table au sujet du contrôle des réseaux sociaux qui "ont une responsabilité dans cette affaire", juge Gabriel Attal. "Ceux qui ont participé au lynchage public de cet enseignant – il y a des vidéos qui ont été postées sur les réseaux sociaux – sont, d’une certaine manière, responsables de ce qui s’est passé", juge-t-il. Mardi 21 octobre, le ministre de l’Intérieur Gérard Darmanin recevra les dirigeants français de Facebook, Twitter ou encore Tiktok.

Le conseil de Défense a également décidé d'agir immédiatement contre ceux qui ont soutenu l'attentat sur les réseaux sociaux. "Depuis vendredi, Pharos (la plateforme de signalement) a identifié 80 messages qui soutiennent l'action de l'agresseur. Ils donneront lieu dès demain (lundi) à des procédures diligentées par la police ou la gendarmerie", comme des convocations ou des perquisitions à domicile, assure l'Élysée.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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