Publié le 24 août 2022

POLITIQUE

Pour Emmanuel Macron, la rentrée est celle de la "grande bascule" pour laquelle il ne dessine pas de projet d’adaptation

L’été de tous les dangers climatiques, sera-t-il celui de la "grande bascule" dans un monde transformé par les pénuries de biens essentiels comme l’eau, les crises de l’énergie et la guerre en Ukraine ? C’est la tonalité qu’Emmanuel Macron a donné à son discours de rentrée pour le gouvernement, sans paradoxalement dessiner un cap permettant de s’adapter et d’organiser cette grande bascule. Il s’expose au risque que les Français qui ont compris, lui demandent : et maintenant qu’est-ce qu’on fait ? 

Macron conseil des ministres MOHAMMED BADRA POO AFP
Emmanuel Macron lors du Conseil des ministres de la rentrée 2022.
MOHAMMED BADRA / POOL / AFP

La crise du Covid qui a débuté en 2020, a été le premier révélateur mondialement partagé de la fin d’un certain monde, celui de la surconsommation d’une partie de la planète au détriment de tout le reste. Elle n’est pas finie mais se combine maintenant avec les impacts du changement climatique pour des pays comme la France qui a affronté mega-feux, sécheresse drastique et orages dévastateurs en Corse, après avoir redécouvert la guerre à sa porte et ses conséquences sur l’énergie depuis février. Face à cette situation plus que complexe le chef de l’État n’a pas cherché à minimiser.

Dans l’allocution de rentrée au gouvernement pour le conseil des ministres qui a été diffusée publiquement il a déclaré : "Le moment que nous vivons peut sembler être structuré par une série de crises graves (...) et il se pourrait que d'aucuns voient notre destin comme étant perpétuellement de gérer les crises ou des urgences. Je crois pour ma part que ce que nous sommes en train de vivre est plutôt de l'ordre d'une grande bascule ou d'un grand bouleversement". 

Le diagnostic est exact puisque six des neufs limites planétaires sont dépassées selon l’institut de Stockholm de la résilience, que le changement climatique commence à avoir des effets qui s’accélèrent encore plus rapidement que ne le prévoient les rapports du GIEC et que les conséquences de la sécheresse sont de plus en plus palpables et préoccupantes.

Pas de projet clair et cohérent

L’enchainement de canicules, d’orages meurtriers et de feux mal éteints ont fait de l’été 2022 en France celui de tous les dangers.  Il a malheureusement permis à beaucoup de Français de comprendre que "l'insouciance" habituelle des vacances était directement menacée par des feux comme ceux de la Gironde ou des catastrophes brutales comme celle de la Corse. Face à cela, Emmanuel Macron a demandé à son gouvernent de garder une "unité très forte" autour "d'un cap qui nous permettra de consolider notre souveraineté, notre indépendance française et européenne", sans en préciser la nature. Or la réponse à la grande bascule qu’il évoque, consiste à planifier l’adaptation à cette nouvelle donne dont les impacts économiques et sociaux commencent déjà à se faire sentir. 

Le pouvoir d’achat qui s’effrite, l’inflation qui galope, l’explosion du coût de l’énergie et la nécessité de rattraper le retard sur les énergies renouvelables sont traitées séparément et pas comme les signaux conjugués d’une crise systémique. Chacun a sa loi sur laquelle travaille le gouvernement mais légiférer sur ces différents thèmes sans pouvoir inscrire ces textes dans un projet clair global et cohérent, peut-il être de nature à répondre aux urgences environnementales et sociales très concrètes du moment ? 

Le parlement ne se réunira de toutes façons pas avant octobre et le ministre en charge de cette transition écologique a été très discret tout l’été. Christophe Béchu qui a hérité d’un portefeuille rétrogradé par rapport à ses prédécesseurs, n’est pas celui que l’on a vu et entendu sur le front des incendies et des enjeux symboliques de la lutte contre le changement climatique que sont les jets privés, les jets skis et autre signes ostentatoires  d’un mode de vie ultra-riche peu compatible avec la sobriété.

Pas de bascule vers de nouveaux modèles

La grande bascule a déjà commencé mais elle n’a sans doute pas encore assez de l’ampleur pour que dirigeants politiques et économiques basculent eux-mêmes vers des nouveaux modèles. Ils s’abritent depuis longtemps derrière l’idée que l’opinion publique n’est pas prête à le supporter. Il est vrai que la dernière enquête de l’OCDE qui évaluent à 53 % le nombre de climato sceptiques en France n’est pas rassurante sur ce point mais l’été 2022 est bien celui de la prise de conscience de l’urgence climatique pour une part grandissante de la population.

C’est ce qu’Olivier Veran, le porte-parole du gouvernement, a confirmé à l’issue du conseil des ministres de rentrée. Face à la gravité de la situation, seul un plan d’action à la hauteur permettra de répondre aux interrogations de plus en plus fortes des Français sur ce qui menace leur agriculture, leur mode de vie, mais aussi leur santé et leur éducation. Ce devoir de rentrée du gouvernement semble rester sans date de remise de copie. 

Anne-Catherine Husson Traore, directrice générale de Novethic, @AC_HT 


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