Publié le 16 juin 2021

POLITIQUE

Les Suisses ont dit "non" à la loi climat en raison des taxes supplémentaires qu'elle induit

À la surprise générale, les Suisses ont voté le 13 juin contre la "loi CO2", qui devait permettre au pays d'atteindre ses objectifs climatiques. Mêlant taxes et incitations financières, la population a affiché son désaccord face à des réformes environnementales qui s'attaqueraient à leur porte-monnaie. Les résultats montrent un clivage important entre ville et campagne. 

IStock @winsterphoto suisse vote referendum
Tous les trois mois, les citoyens suisses sont invités à se rendre aux urnes pour se prononcer sur des réformes.
@winsterphoto / Istock

C'est un non. Dans le cadre d'un référendum le 13 juin, les Suisses se sont prononcés à 51,6 % contre la loi CO2, qui devait permettre de remplir les engagements climatiques du pays. Ce résultat a été d'autant plus surprenant que le texte semblait bénéficier d'un large soutien. Côté politique, à l'exception du parti de droite populiste UDC, tous s'étaient rangés derrière la réforme. Même constat du côté des électeurs : un sondage donnait une issue favorable au scrutin il y deux mois. La débâcle n'est même pas à attribuer à un faible taux de participation : celui-ci s’approchait des 60 %.

Ce résultat balaye d’un revers de main les 80 articles que comptait le projet de loi. Parmi eux, des incitations financières, des projets d'investissement et des taxes. Ces dernières ont cristallisé les oppositions. Le texte prévoyait par exemple une taxe sur les billets d’avion de 27 à 110 euros selon la destination, une hausse de celle déjà en vigueur sur les combustibles fossiles et une augmentation du litre d'essence à 12 centimes de franc maximum. Deux tiers des recettes devaient être reversées à la population et au secteur économique. Le reste devait être destiné à un fonds spécial pour le climat pour financer la transition écologique du pays. Les détracteurs ont dénoncé une "écologie punitive" qui coûterait jusqu'à 40 milliards de francs (36 milliards d'euros).

Une opposition marquée entre ville et campagne

Les résultats du scrutin dévoilent un clivage entre ville et campagne. Les zones rurales ont fait basculer le résultat du côté du non. Et de fait : moins bien desservies par les transports en commun, celles-ci auraient été les premières touchées par la majoration des taxes sur l'essence.

La présidente du Parti Libéral-radical Petra Gössi n'estime cependant pas que tout est perdu. Au micro de la Matinale de la Radio Télévision Suisse, le 14 juin, elle plaidait la nécessité de trouver une voie alternative à celle proposée par le Conseil fédéral pour respecter les objectifs de l’Accord de Paris. La Suisse n'a réduit ses émissions que de 14 % depuis 1990. Elle doit les réduire de moitié d'ici 2030. "Les Suisses ont montré qu’ils ne veulent pas payer plus, et qu’ils ne veulent pas avoir les interdictions. Cela signifie que nous devons avoir une loi libérale", a conclu Petra Gössi.

"Très déçue"

La branche suisse de Greenpeace s’est dite "très déçue" et "très préoccupée" par ce résultat qu’elle attribue à "une campagne agressive et basée sur la peur menée par le lobby pétrolier". "La protection de l'environnement a un coût [...], a rappelé l’ONG. Plus on attend, plus c'est cher." Le WWF a, quant à lui, estimé que les vainqueurs de la votation "auront à rendre des comptes demain".

La Suisse est particulièrement vulnérable face au changement climatique. Alors qu'à l'échelle mondiale, la température moyenne à augmenté de 0,9°C depuis 1990, le réchauffement est nettement plus marqué dans le pays et atteint 2°C. Selon le Centre national des services climatiques suisse, le volume global des glaciers alpins a diminué de près de 60 % depuis le milieu du 19ème siècle.

Pauline Fricot, @PaulineFricot 


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