Publié le 08 mai 2020

POLITIQUE

L’Île-de-France en rouge, sur le plan sanitaire et économique : alerte sur la relance !

Le plan de déconfinement, publié le 7 mai, réserve un traitement particulier à l’Ile-de-France qui cumule les handicaps : virus trop actif, saturation des services hospitaliers et concentration de population. Symbole de l’hypercentralisation française, la région qui pèse près du tiers du PIB national, est aussi un poumon économique en risque d’asphyxie.

Edoaurd Philippe Plan de deconfinement 7 mai Christophe ARCHAMBAULT AFP
Dans le plan de déconfinement ptrésenté par Edouard Philippe le 7 mai, L’île-de-France est dans une situation tendue.
@Christophe ARCHAMBAULT- AFP

Télétravail généralisé, transports limités, collèges et lycées fermés, portes closes dans les grands centres commerciaux, tel est le menu du déconfinement en Île-de-France. Si le raisonnement sanitaire sur la séparation colorée des territoires place forcément la région en rouge, les conséquences économiques de ce régime dérogatoire pourraient être très lourdes.

Les 12,2 millions d’habitants occupent 6,4 millions d’emplois (23,3 % des emplois en France) dans des secteurs très variés avec trois dominantes : informations et communication (391 000 emplois), services financiers (344 000 emplois) et activités industrielles (350 000 emplois). Si le télétravail semble pouvoir être la norme sur une longue période dans les deux premiers cas (à l’exception des activités culturelles et évènementielles), il n’en va pas de même pour les activités industrielles.

Consommation en berne

Même si les incitations de retour à l’usine se font plus pressantes, il sera difficile de faire repartir une région très incitée par le gouvernement à prolonger le confinement. Même si la production repart bon an mal an en appliquant les cahiers des charges du Ministère du travail, il faudrait aussi pouvoir relancer la consommation. Elle sera forcément limitée avec le maintien de la fermeture de tous les lieux de convivialité, bars, restaurants, parcs, jardins…

L’Île de France est aussi un concentré d’inégalités sociales puisque le niveau de vie moyen est élevé (4122 euros par mois), mais les loyers 52 % plus chers qu’ailleurs et les ménages pauvres nombreux. Sur les quatre millions de mal-logés français, 1,2 million vivent en Île-de-France. À cela s’ajoute le problème des transports. Les restrictions liées au déconfinement vont être très difficiles à mettre en œuvre dans une région aussi dense en population et où les salariés habitent en général très loin de leurs lieux de travail.

Le Covid-19 a mis à nu les extrêmes faiblesses d’un modèle économique centralisé, apparemment flamboyant, mais totalement vulnérable à une crise sanitaire majeure. Ces risques Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance, dits risques ESG, étaient déjà manifestes lors de la crise précédente - celle de la paralysie des transports pour bloquer la réforme des retraites - il y a à peine six mois.

La "France d’en bas"

Pourtant, Édouard Philippe a déclaré en présentant la France verte et rouge le 7 mai : "Il n’y a qu’une seule France et il ne faut jamais imaginer qu’il puisse y avoir une France à deux vitesses". Or la puissance disruptive du coronavirus a non seulement souligné qu’il y avait bien deux France face à la maladie mais que celle décrite comme "la France d’en haut" pouvait passer au dernier rang du déconfinement.

La France dite d’en bas, toute verte sur la carte avec son habitat étalé et ses ronds-points, en sortira-t-elle durablement gagnante ? Il faudra observer les mouvements de population post-crise sanitaire ! Selon un sondage CSA publié par LinkedIn le 7 mai, 24 % des actifs occupés ont envie de changer de poste ou de travail et 22 % de se reconvertir en changeant de voie professionnelle. Ils pourraient aussi - surement - vouloir changer d’air !

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic

 

 


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