Le parcours de Jacinda Ardern, la Première Ministre néo-zélandaise, aura cassé tous les codes politiques depuis le début. Élue par surprise en 2017 à 37 ans, elle aura dirigé le pays pendant six ans en assumant maternité, empathie avec la population, attitude exemplaire lors des attentats de Christchurch, et réponses directes aux questions sexistes qui n’ont pas manqué pendant son mandat. Elle a décidé de s’en aller pour raisons familiales. On la croit. Dans ce monde de brutes, sa touche de douceur, de finesse et de sincérité va manquer ! 
Jacinda Ardern a la voix nouée au moment de déclarer aux Néo-Zélandais qu’être leur Première Ministre a été le plus grand rôle de sa vie. Elle leur confie qu’elle a appris "qu’on pouvait être bon et fort, empathique et prêt à prendre des décisions difficiles, optimiste et concentré sur sa tâche et qu’elle avait pu avoir son propre style de leadership, celui qui sait quand il est temps de partir".



La vidéo a fait le tour du monde et les hommages se sont multipliés. Le respect qu’inspire cette femme exceptionnelle est dû à beaucoup de choses, dont sa capacité à ne pas se glisser dans les codes de pouvoirs virils. Elle raconte que le principal reproche qu’on lui a fait pendant ses années de Première Ministre était "de ne pas être assez agressive et affirmée et sans doute de considérer son empathie comme une faiblesse." Elle affirme : "Je me rebelle totalement contre cette image. On peut avoir de la compassion et être forte." 


Quitter la politique quand l’action que vous avez menée est unanimement saluée est une décision rare et d’autant plus impressionnante que Jacinda Ardern n’a que 43 ans. Elle part avec le sourire et la tête haute après avoir profondément transformé son pays. La Nouvelle-Zélande fait partie de ces pays qui ont décidé d’expérimenter des modèles d’évaluation destinés à remplacer le PIB par des indicateurs de bien-être. Elle participe à l’alliance Weall pour "Well being economy" qui travaille sur l’intégration de ces nouveaux indicateurs dans les politiques et les finances publiques. Un point commun avec la Finlande, dirigée par une autre jeune femme Sanna Marin.

Remarques sexistes


Devinez quoi ? Quand les deux premières ministres se rencontrent, les journalistes ne leur parlent pas des indicateurs de bien-être ou d’écologie mais du plaisir de se retrouver pour papoter ou presque. En novembre dernier, elles se sont vues à Aukland en Nouvelle-Zélande pour une visite officielle afin de parler défense et climat. Lors de la conférence de presse, un journaliste de la radio néo-zélandaise, Newstalk ZB, leur demande "si elles se sont rencontrées juste parce qu’elles ont le même âge et qu’elles ont beaucoup de choses en commun". 
Jacinda Ardern sourit jaune et répond du tac au tac. "Je me demande si quelqu’un a déjà demandé à Barack Obama et John Key (prédécesseur de Jacinda Ardern) s’ils se sont rencontrés parce qu’ils avaient le même âge" avant d’expliquer les poids économique et technologique des deux pays et pourquoi ils veulent travailler ensemble pour allier leurs forces.  



La réplique de la Première Ministre néo-zelandaise, qui restera en poste jusqu’au 7 février, rappelle la campagne menée en France par Sista au printemps 2022 pour déconstruire les biais sexistes auxquels sont confrontées les femmes de pouvoir. Elle posait à quelques grands patrons les questions réservées d’habitude aux femmes de pouvoir, ultra personnelles et superficielles !


Jacinda Ardern incarne une version alternative du rapport au pouvoir. Qu’elle choisisse de se retirer dans un moment où les démonstrations de puissance de dirigeants de bon nombre de pays créent un climat violent et des tensions géopolitiques majeures handicapant toute négociation pour préserver le climat ou la biodiversité, n’est pas une bonne nouvelle !

Anne-Catherine Husson-Traore, @AC_HT_, directrice générale de Novethic
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