Publié le 31 mai 2021

POLITIQUE

Europe : les Vingt-Sept ne parviennent pas à s'accorder sur la mise en oeuvre des objectifs climatiques

S'accorder sur le rehaussement des ambitions climatiques de l'Union européenne semble avoir été la partie la plus aisée. Les pays membres doivent désormais se partager les efforts et fixer les lignes directrices qui permettront d'atteindre une réduction de 55 % des émissions de CO2 d'ici 2030. Dans le cadre du Conseil européen du 24 et 25 mai, les pays du Nord et ceux de l'Est ne sont pas parvenus à trouver un terrain d'entente. 

Conseil europeen neutralite climatique sans la pologne Commission europeenne
En décembre 2020, la Pologne avait déjà bloqué les discussions toute une nuit pour obtenir des garanties sur un accompagnement financier.
@European Council

Malgré l’urgence, les discussions seront reportées. Alors que les Vingt-Sept se sont accordés en décembre à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l'Union européenne d'au moins 55 % d'ici 2030 par rapport à 1990, l'enjeux est désormais de déterminer les contributions de chaque pays à l'effort collectif. Comme attendu, les débats sont laborieux. Dans le cadre d'une réunion extraordinaire du Conseil européen le 24 et 25 mai visant à discuter des sujets les plus urgents, aucun accord n’a été trouvé, alors que la Commission doit présenter son plan climatique pour atteindre la neutralité carbone mi-juillet. 

Les dissensions portent sur les critères de répartition des objectifs. Les pays de l'Est, craignant le coût économique et social de ces nouvelles exigences climatiques, estiment que les pays dont le PIB par habitant est le plus élevé doivent supporter la plupart des efforts, bien que ceux-ci concentrent déjà la plus grande part de réduction des émissions. Ces pays répliquent quant à eux qu’il est plus facile et moins coûteux pour les pays en retard de faire des progrès, compte tenu de la marge de manœuvre. "Chaque État membre doit faire sa part", a martelé le chancelier autrichien Sebastian Kurz.

Signe des divisions, un paragraphe entier des conclusions provisoires qui mentionnait la nécessité de "réaffirmer des objectifs nationaux dans les efforts de partage" des réductions d'émissions a disparu du communiqué final. Mais les Vingt-Sept ne pourront pas y échapper. "Des simulations (sur) les efforts par pays mais aussi par secteurs économiques" permettront d'évaluer "la soutenabilité des choix industriels qu'ils imposent et les mécanismes d'accompagnement envers les pays pour qui les efforts et les conséquences sociales sont les plus importants", a assuré le Président français Emmanuel Macron, après les propositions de Bruxelles.

Le marché du carbone sous tension

Second terrain de désaccord : l’extension du marché des droits à polluer, aujourd’hui réservé au secteur de l’énergie et de l’industrie, auquel la Commission envisage d'ajouter ceux du transport routier, du fret maritime, et du bâtiment. Le système d’échange de quotas d’émissions de CO2 entraînerait une augmentation des prix dans les branches concernées. Alors que l’Allemagne, le Danemark et les Pays-Bas soutiennent le projet, les pays de l’Est, menés par la Pologne, ont d'ores et déjà annoncé qu'ils n'accepteraient qu'à condition que soient mis en place des compensations financières.

La France, marquée par la crise des gilets jaunes provoquée par un projet de hausse de la taxe carbone, reste aussi sur ses gardes. "Si donner un prix au CO2 est la solution la plus juste et efficace, cela vaut le coup de se pencher sur la compensation sociale [...] Cette transformation doit être équitable sinon elle n'aura pas lieu", a reconnu devant la presse la présidente de la Commission Ursula von der Leyen.

Malgré les profonds désaccords, les Vingt-Sept tentent de faire bonne figure. "Il y a eu un échange dense, utile, nécessaire pour permettre à chaque État d'exprimer ses priorités et préoccupations", a estimé le président du Conseil européen, Charles Michel. Le texte adopté souligne que les chefs d’Etats et de gouvernement "y reviendront en temps opportun quand la Commission aura soumis ses propositions".

Pauline Fricot, @PaulineFricot avec AFP


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