Publié le 10 juillet 2020

POLITIQUE

[Édito] Plan de relance vert : et si les ministères de l’Économie et de l’Environnement finissaient par s’entendre

Pour honorer sa priorité écologique, le nouveau gouvernement va devoir aligner les stratégies de trois ministres emblématiques : Barbara Pompili en charge de l’Écologie, Brune Lemaire, Ministre de l’économie et des finances et de la relance et Agnès Pannier-Runacher à l’industrie. Leurs premières déclarations semblent de nature à favoriser une relance verte basée sur des investissements massifs pour décarboner l’économie.  

Barbara Popili Hotel de roquelaure BertrandGuay AFP
Barbara Pompili est devenue ministre de la Transition écologique dans le gouvernement de Jean Castex.
@BertrandGuay/AFP

Cela fait une semaine que le gouvernement Castex a été nommé et les intentions des ministres sont présentées en boucle dans les médias, devant les deux Chambres parlementaires et à l’occasion de multiples déplacements. Pour peu, on pourrait croire que les ministres de la Transition écologique Barbara Pompili, de l’Économie Bruno Le Maire, et de l’Industrie Agnès Pannier-Runacher ont écrit leurs discours en commun. Tous mettent comme alpha et oméga de leur action le plan de relance, en assurant que celui-ci sera "vert", "vert" et "vert" .

"La politique industrielle va être le cœur de notre relance", assure Agnès Pannier-Runacher devant l’Assemblée nationale. Elle sera là pour "apporter des solutions à la décarbonation de nos activités". Sur Europe 1, Bruno Le Maire appuie : "L’accélération de la transformation écologique et de la lutte contre le réchauffement climatique créeront de nouveaux emplois et feront la compétitivité du modèle économique français. Cette stratégie sera au cœur de notre relance". "La reconquête industrielle de notre pays passe par la décarbonation de notre économie. La relance sera verte", ajoute-t-il à l’occasion d’une visite chez l’équipementier automobile Faurecia.

Une première entente sur l’écoconditionalité

"Le gouvernement travaillera dans les prochaines semaines à un plan de relance économique dont l'écologie devra être un moteur essentiel. Je m'en suis entretenue avec le Premier ministre et ce ministère sera un acteur de la stratégie de soutien à l'activité, de reconquête industrielle et de souveraineté, de développement et de la recherche", explique Barbara Pompili lors de son entrée au ministère à l’Hôtel de Roquelaure.

Mais il y a parfois loin de la coupe aux lèvres. Les relations entre l’environnement et l’économie ne sont pas toujours bonnes au niveau de l’exécutif. Nicolas Hulot, le premier ministre de l'environnement du mandat d'Emmanuel Macron, a justement démissionné parce qu'il n'arrivait pas à imposer l'écologie dans un gouvernement plutôt orienté sur l'économie et la compétitivité des entreprises. À l’hôtel de Roquelaure on va demander de soutenir des filières de transition, tandis qu’à Bercy on va tâcher de tenir les rênes d’un budget contraint. Mais une concorde se dessine déjà autour du troisième projet de loi de finances rectificative (PLFR3). Le Parlement a adopté la mesure sur l’éconditionalité des aides d’État.

Concrètement, les entreprises qui ont bénéficié des milliards dépensés par Bercy, dans l’automobile et l’aéronautique en particulier, devront rendre des comptes sur leurs engagements en matière de protection du climat et de la nature. Une mesure que Barabara Pompili portait comme parlementaire LREM et que Bruno Le Maire a soutenue en tant que ministre. "On va avoir des moyens pour enfin pousser l'écologie dans l'économie parce que cette crise terrible permet paradoxalement d'ouvrir des portes pour transformer l'économie", a estimé Barbara Pompili un peu avant l’adoption du PLFR3. Pendant le pic épidémique, Bruno Le Maire avait déjà assuré que les aides publiques ne seraient pas "un chèque en blanc" sur le plan environnemental pour les entreprises .

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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