Publié le 05 juin 2020

POLITIQUE

[Édito] "Faire barrage aux écolos", un mot d’ordre paradoxal pour le second tour des Municipales

Le second tour des municipales du 28 juin 2020 devrait être l’une des expériences électorales les plus étranges. 14 semaines après le premier tour, une partie seulement des électeurs retournent voter. En mars, le vote vert avait progressé un peu partout en France et surtout dans les grandes villes. Pourtant les alliances destinées à leur barrer la route au second tour, se sont multipliées. Un paradoxe alors que les Français expriment de plus en plus fort leurs inquiétudes environnementales.

Municpales Lyon Gerard Collomb JeffPachoud AFP
À Lyon, Gérard Collomb
@JeffPachoud/AFP

Les municipales 2020 resteront les élections marquées du sceau "Covid 19". L’épidémie a joué un rôle important dans l’abstention record du premier tour et pourrait peser tout autant sur le second tour, décalé de plus de trois mois. L’interprétation des résultats finaux en sera d’autant plus ardue. S’il y a eu une poussée de fièvre verte parmi les électeurs au premier tour, les candidats ont, au contraire, saisi toutes les opportunités de mettre en place des accords barrière pour bloquer les écologistes au second.

C’est particulièrement vrai dans deux villes emblématiques : Lyon et Bordeaux où les candidats de la République en Marche (LREM) ont préféré faire alliance avec les Républicains pour empêcher le candidat écologiste, mieux placé, de l’emporter. À Bordeaux Pierre Hurmic a obtenu 34,4 % des voix contre 34,7 % au maire sortant le LR Nicolas Florian. Thomas Cazenave, LREM qui n’avait obtenu que 12,7 % des suffrages soutient donc le candidat LR, une alliance anti-climat pour le candidat écolo.

À Lyon, la réorganisation des candidatures est du même ordre. Le retrait de Gerard Collomb, ancien meilleur soutien d’Emmanuel Macron, au bénéfice du candidat LR François Noel Buffet conduit les électeurs à devoir choisir entre un tandem LR-LREM et l’alliance des écologistes, Gregory Doucet arrivé en tête du premier tour sur la ville de Lyon avec 28 % des voix, et Bruno Bernard, avec deux femmes l’une PS, Sandrine Runel, l’autre soutenue par la France Insoumise, Nathalie Perrin Gilbert.

À Lille, le combat de deuxième tour est en rose et vert puisque c’est une triangulaire qu’affronte la maire sortante Martine Aubry, arrivée en tête avec 29, 8 % des voix au premier tour devant la liste EELV de Stéphane Baly (24,5%). Les tentatives de négociations d’un accord ayant échoué, les jeux restent ouverts d’autant plus que la liste LREM de Violette Spillebout (17,5 %) se maintient.

À Marseille la donne est encore plus compliquée puisqu’à gauche, le Printemps Marseillais et les écologistes ont "uni leurs forces en espérant changer la ville". Grande gagnante du premier tour, Michèle Rubirola, tête de liste du Printemps marseillais, est arrivée en tête avec 23,4 % devant la favorite LR Martine Vassal (22,3 % des voix). Elle bénéficiera de l’appui des voix de l’écologiste Sébastien Barles qui a fait jeu égal avec le candidat LREM, Yvon Berland, moins de 10 % des voix chacun. Ce dernier a refusé de soutenir la candidate LR. https://twitter.com/PrintempsMRS/status/1267863666436780035?s=20

Si, au second tour, les Français maintiennent le cap vert en cohérence avec la montée en puissance de leurs inquiétudes environnementales, il serait logique de leur proposer ensuite une relance verte. Pourtant la crédibilité de cet engagement environnemental futur pourrait être compromise par les alliances de second tour des municipales. Elles font des écologistes la menace à éliminer afin de conserver son mandat. En politique le monde d’après n’est pas pour demain et c’est aussi un facteur d’abstention massive.

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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