Publié le 29 avril 2020

POLITIQUE

Déconfinement : le calendrier est fixé, mais pas la stratégie contre "l’effondrement" de l’économie

Lors de la présentation de son plan de déconfinement à l’Assemblée nationale, Édouard Philippe a évoqué le risque d’effondrement. Ce n’était pas une allusion au concept cher aux collapsologues environnementaux, mais l’expression de la difficulté à emprunter "le chemin de crête" qu’il a dessiné. Pour limiter l’exposition à une nouvelle vague d’épidémie et tenter d’offrir un avenir économique à une France sinistrée, il a donc posé sur la table un calendrier de déconfinement progressif et laissé un grand point d’interrogation sur les formes d’une éventuelle relance.

Edouard Philippe Assemblee nationale deconfinement DavidNiviere Pool AFP
Mardi 28 novembre, Edouard Philippe a annoncé les grandes règles du deconfinement à partir du 11 mai.
@DavidNiviere/Pool/AFP

Sur le travail, l’école, les tests, les grandes lignes du plan de déconfinement, qui débutera le 11 mai, sont désormais connues. C’est un déconfinement très progressif et prudent, avec des adaptations région par région variant selon le taux de diffusion du virus dans la population, qui est mis en place. Si la prudence sanitaire est de mise, le Premier ministre Édouard Philippe a assuré lors de son discours devant l’Assemblée nationale du 28 avril, "qu’il n’est plus temps d’entraver les libertés individuelles qui sont en train de faire chuter l’économie". La crise a fait bondir le chômage de 7,1 % en mars, chuter les espérances de PIB français dont la baisse devrait être de 8 % en 2020 selon la Banque de France. Enfin, plus de 10 millions de salariés sont au chômage partiel en France dont le dispositif est prolongé jusqu’au 1er juin.

Pour éviter d’aggraver encore ce tableau et de transformer le déconfinement en crise sociale majeure, le Premier Ministre a seulement esquissé les conditions de la reprise d’activités permettant de remettre la France au travail et à l’école. La mise en place des conditions de sécurité sanitaire pour "vivre avec le virus en limitant au maximum la contagion" est forcément complexe. Mais si le calendrier à étapes, géographiquement variables en fonction de la localisation en zones vertes ou rouges, a été donné ; rien n’a été dit sur les objectifs politiques économiques, environnementaux et sociaux que pourrait se donner le pays. Porter ou non un masque semble l’alpha et l’oméga du débat public. Or l’effervescence des contributions sur les plateformes dédiées aux idées de relance durable montre que les attentes d’un plan de relance favorisant une économie plus durable sont fortes chez les citoyens français.

Complexité de la reprise du travail

La France qui travaille se résume depuis le confinement à trois catégories : les héroïques soignants en première ligne, les non moins héroïques deuxième ligne dédiée aux fonctions essentielles (livreurs, caissières…) et les télétravailleurs, supposés à l’abri. Le déconfinement, qu’il se produise le 11 mai ou plus tard va forcément complexifier la situation d’autant plus que bon nombre d’entreprises ne vont pas forcément réembaucher ceux qu’elles employaient avant de fermer. Quant à la poursuite du télétravail, l’utilité de ses pratiquants pourrait finir par être remise en cause. Le déconfinement va mettre encore plus à nu une économie déjà très fragilisée par les crises à répétition, des Gilets Jaunes à la réforme des retraites.

La reprise liée au degré de contamination, fait d’ores et déjà peser une lourde hypothèque sur l’espoir de reprise économique. L’Ile-de-France, qui représente près d’un tiers de la croissance française, devrait rester classée rouge plus longtemps que les autres. Or les semaines de grève pour la réforme des retraites ont montré à quel point elle dépendait du bon état de marché des transports en commun. Or ces derniers sont bien la "clé" de ce déconfinement comme l’a expliqué le chef du gouvernement. Réguler les flux dans les métros, RER, bus et tramways parisiens, surchargés en temps normal, est une gageure qui laisse dans le flou les conditions du retour au travail normal.

En revanche, la consigne est claire pour les commerces. Ils rouvrent sauf les restaurants, les cinémas et les salles de spectacles. Mais le gigantisme des centres commerciaux lui a du plomb dans l’aile : "L'ouverture des commerces comprendra une exception pour les centres commerciaux de plus de 40 000 m2 qui risquent de susciter des mouvements de population", a déclaré Édouard Philippe.

Si aucune allusion n’a été faite à un monde d’après durable où les villes seraient repensées autour de centres-villes piétons peuplés de commerces de proximité à taille humaine, on peut continuer à espérer que cette annonce soit un signe avant-coureur d’une stratégie de relance dont l’urgence est chaque jour plus forte.

Ludovic Dupin @LudovicDupin et Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


© 2021 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

POLITIQUE

Politique

Les acteurs politiques sont les seuls à même d'activer les grands leviers qui permettront, à grande échelle, la transformation responsable de l'économie et de la finance. Des conditions sine qua nonpour s'orienter vers un modèle soutenable.

Pays heureux

Finlande et Nouvelle-Zélande : la réussite de ces pays ringardise le PIB

Alors que de plus en plus de pays réfléchissent à faire évoluer leurs indicateurs de croissance, la Finlande et la Nouvelle-Zélande sont déjà passées à l’acte. Elles évaluent leurs performances non plus seulement à l’aune de la croissance mais aussi du bien-être. Ce n’est donc pas un hasard si ces...

3 COO

3% de déficit : une règle d'or fixée un peu par hasard

La Commission européenne lance une consultation publique sur une hypothétique réforme du Pacte de stabilité et de croissance qui encadre les politiques budgétaires des États membres. Ce pacte a notamment érigé en règle d’or la limite d’un déficit public à 3% du PIB. Mais comment et sur quels...

Mesures fiscales cco

La théorie du ruissellement défendue par Emmanuel Macron ne passe pas l’épreuve des faits

Les réformes fiscales de 2018, dont la fin de l'impôt sur la fortune, devaient transformer les baisses de taxes des ménages les plus riches en investissements dans l’économie réelle. Mais un rapport de France Stratégie vient à l'encontre de cette théorie. Dans les faits, les réformes n’ont pas eu...

Sandrine Rousseau Yannick Jadot Antonin Burat Hans Lucas Hans Lucas via AFP

Le drapeau écologiste sera porté par Yannick Jadot qui élargit son horizon de campagne

Et si la campagne présidentielle avait vraiment commencé avec la Primaire écologiste qui, contre vents et marées médiatiques, a tenté de dessiner un nouvel agenda politique ? Yannick Jadot a battu d’une très courte tête Sandrine Rousseau lors du second tour de la primaire du parti. Un score serré...