Publié le 26 mars 2020

POLITIQUE

Coronavirus : les assureurs vont devoir s’engager à couvrir les futures catastrophes sanitaires

Les assureurs, un temps pointés du doigt pour leur manque d'engagement dans la crise du Coronavirus, viennent d'annoncer verser 200 millions d'euros au fonds de solidarité pour les entreprises en difficulté. Si le gouvernement salue son geste, il demande, avec les fédérations d'entreprises, que les assurances couvrent à l'avenir les catastrophes sanitaires qui devraient se multiplier.

Coronavirus assurance catastrophe sanitaire
Les assureurs ne couvrent pas les catastrophes sanitaires comme le Covid-19.
CCO

Il a fallu une forte pression pour que les assureurs répondent enfin présents face à la crise du coronavirus qui plonge les entreprises dans le rouge. Alors que Bruno Le Maire a annoncé un plan de 45 milliards d’euros pour soutenir les sociétés en difficulté, les assureurs, eux, ont mis du temps à réagir. "Les assurances sont les grandes absentes du grand mouvement de solidarité qui se met en place partout pour les entreprises et les emplois menacés", fustigeait le 18 mars l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih), secteur particulièrement touché par la crise.

Bercy leur a donc demandé de participer à l’effort national. La Fédération française de l’assurance (FFA) a ainsi indiqué, lundi 23 mars, que le secteur allait verser 200 millions d’euros au fonds de solidarité mis en place par le gouvernement. Ce dernier, dédié aux entreprises les plus impactées, représente deux milliards d’euros par mois de dépenses publiques. "Cette mesure de soutien aux TPE et indépendants vient s’ajouter à l’engagement pris le 19 mars de conserver en garantie les contrats des entreprises en difficulté en retard de paiement suite à la pandémie, et ce pour toute la durée de la période de confinement", rappelle la FFA.

Créer un produit d'assurance en cas de catastrophe sanitaire

Si ce geste est apprécié, il ne semble pas suffisant. Car, aujourd’hui, les produits d’assurance ne couvrent pas les risques sanitaires majeurs. Or les épidémies d’origine animale comme le Covid-19, Ebola, le SRAS, la grippe aviaire sont des dangers croissants, notent plusieurs études. La perte de biodiversité, qui prive d’habitat les animaux sauvages potentiellement porteurs de virus, est notamment en cause. D’où la demande de plusieurs fédérations, dont le Syndicat des indépendants, de prendre en compte cette nouvelle donne dans les contrats d’assurance. 

"Il faut travailler à la mise en place d’un fonds identique à celui des catastrophes naturelles pour une aide rapide en cas de nouvelle épidémie", demande Marc Sanchez, secrétaire général du syndicat. "Des discussions de plus long terme vont s’engager sur la création d’un produit d’assurance en cas de catastrophe sanitaire majeure", ajoute-t-il. Du côté de Bercy, on partage cet avis. "J’attends désormais des propositions innovantes de la part des assureurs pour concevoir un produit d’assurance qui permettra d’améliorer la couverture des risques sanitaires majeurs à l’avenir", a indiqué Bruno Le Maire. 

Les aléas climatiques exercent déjà une forte pression 

Pour aller plus vite, après avoir voté l’instauration d’un "état d’urgence sanitaire", plusieurs députés envisagent désormais de faire reconnaître l’état de "catastrophe sanitaire", comme le demande la Confédération des PME. "Un état de catastrophe sanitaire permettrait, en complément de l’état de catastrophe naturelle, aux entreprises concernées de faire jouer leur assurance perte d’exploitation", pense le député de l’Orne Joaquim Pueyo qui défend cette mesure. 

Pour les assureurs, la pression est forte alors qu’eux-mêmes subissent le choc des marchés, la future récession et, surtout, les catastrophes climatiques, dont les coûts sont de plus en plus élevés. En 2015, la FFA estimait dans un rapport que d’ici 2040, les aléas naturels pourraient coûter 92 milliards d’euros, une hausse de 90 % par rapport à la période 1988-2013. En 2018 par exemple, le premier assureur français, Axa, a vu son résultat net chuter de 66 % notamment en cause des indemnisations liées aux événements naturels. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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