Publié le 13 décembre 2019

POLITIQUE

Brexit : avec la victoire de Boris Johnson, le Royaume-Uni connaît enfin son avenir… et il est périlleux

Le Royaume-Uni peut enfin souffler. La victoire écrasante de Boris Johnson aux élections législatives britanniques devrait permettre de réaliser le Brexit d'ici fin janvier et d'apporter un bol d'air à la cinquième économie mondiale, estiment les experts. Celle-ci était asphyxiée après trois ans de flou sur l’avenir du Royaume. Mais apparaît maintenant une nouvelle inconnue : les négociations commerciales avec ses les divers partenaires, à commencer par la plus périlleuse, celle avec l’Union européenne.

Boris Johnson legislative decembre 2019 ChrisRatcliffe GettyImages AFP
Boris Johnson a abtenu la majorité absolue aux élections législatives de décembre 2019.
@ChrisRatcliffe/GettyImages/AFP

Ce vendredi 13 décembre, la Bourse est à la fête. À l'annonce des résultats des élections législatives, les investisseurs ont semblé ravis : l'indice FTSE 100 des principales valeurs prenant 1,43 % et l'indice élargi FTSE 250, plus représentatif de l'économie britannique, flambait de 4,2 %, atteignant des records historiques. La livre, baromètre des marchés sur le Brexit, s'est envolée dans la nuit au-delà de 1,35 dollar, un des plus hauts niveaux depuis 18 mois. 

La large majorité des conservateurs obtenue au Parlement "va permettre à l'économie de respirer, comme elle en avait tant besoin", a commenté Samuel Tombs, économiste chez Pantheon Macroeconomics, résumant le sentiment des marchés. Même si un grand nombre de chefs d'entreprises ont voté contre une sortie de l'UE, la plupart d'entre eux demandaient depuis des mois de mettre fin au brouillard politico-économique qui plombait la croissance, aujourd'hui au point mort.

Commerce et libre-échange

Carolyn Fairbairn, directrice générale du CBI, la principale organisation patronale britannique, a d'ailleurs immédiatement appelé sur Twitter Boris Johnson "à utiliser son solide mandat pour rebâtir la confiance et mettre fin à un cycle d'incertitude" sur le Brexit. "Les milieux d'affaires ont besoin d'actions décisives et rapides pour éviter une sortie désordonnée de l'Union européenne et pour faire tomber les barrières qui entravent l'investissement et la croissance au Royaume-Uni", ont renchéri les Chambres de commerce britanniques.

Avec l'accord négocié par Boris Johnson, l'ensemble du Royaume-Uni, y compris l'Irlande du Nord, va quitter l'UE à l'issue d'une période de transition d'un à trois ans. À plus long terme, le véritable enjeu sera l'issue des négociations sur un nouveau traité de libre-échange du Royaume-Uni avec l'UE, car il déterminera la relation pour des décennies du pays avec son principal partenaire commercial.

Selon Jonathan Portes, économiste au centre de réflexion The UK in a changing Europe, même si un futur accord de libre-échange s'alignait sur l'Union européenne en termes de réglementations, avec des droits de douane minimaux ou nuls, et pas de quotas entre les transactions UE-Royaume-Uni, l'impact économique ne pourra être totalement amenuisé.

Regards outre-Atlantique

Le gouvernement Johnson espère beaucoup des négociations avec d'autres pays, notamment les États-Unis. Boris Johnson a d’ailleurs reçu des félicitations très chaleureuses du Président américain sur Twitter. "Félicitations à Boris Johnson pour sa grande victoire !", a tweeté Donald Trump, "La Grande-Bretagne et les États-Unis seront désormais libres de conclure un nouvel accord commercial massif après le Brexit. Cet accord a le potentiel d'être beaucoup plus important et plus lucratif que tout accord qui pourrait être conclu avec l'UE".

S’ouvre aussi une inconnue sur l’engagement environnemental du pays hors de l’Europe. Le Royaume-Uni s’est engagé à atteindre la neutralité carbone en 2050, mais les conservateurs se montrent beaucoup plus timides que les travaillistes. Le "Green deal" promis par ces derniers, accompagnés d’investissements chiffrés en centaines de milliards de livres dans la transition énergétique, pourraient être revus à la baisse.

La position anglaise, soutenue par Washington, en matière de lutte pour le réchauffement climatique au moment où le Royaume tourne le dos à l'Union européenne engagée dans le Green Deal de Ursula von den Leyen. Tous les pays, hormis la Pologne, s'engagent sur la neutralité climatique (concernant tous les gaz à effet de serre) d'ici 2050 et sur une politique qui englobe de manière systémique la transition. 

Ludovic Dupin, @LudovicDupin avec AFP


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