Publié le 08 juin 2020

POLITIQUE

Après le Covid-19, le forum économique mondial appelle à repartir de zéro

Le changement de modèle appelé par certains - par beaucoup - pour l’après crise du Covid-19  afin de créer un monde plus durable est loin d’être acquis. Le retour du "business as usual" pointe déjà le bout de son nez, alors que ni les inégalités sociales, ni le réchauffement climatique n’ont disparu par magie. Pour le forum économique mondial, il n’y a pas le choix, il faut faire une "Reset" de toute l’économie et les banques centrales semblent d’accord.

World Economic Forum WorldEconomicForum BorisBaldinger
Le forum économique mondiale transforme son forum de Davos en tentative de grande remise à zéro de l'économie.
@BorisBaldinger/WEC

"Le monde a changé, nos fragilités ont été mises à nues, notre système a besoin d’une remise à zéro"… Telles sont les trois premières phrases d’une vidéo choc diffusée par le Forum économique mondial, connu pour organiser chaque année le sommet de Davos. Le 3 juin, il a annoncé la création d’un nouveau sommet baptisé "The Great Reset", la "Grande remise à zéro". La première édition se tiendra en janvier 2021.

"La reprise suite à la crise du coronavirus représente une opportunité de réinitialiser l'économie mondiale et de prioriser le développement durable sans endommager davantage la planète", a déclaré le prince Charles à l'ouverture d'une réunion virtuelle du Forum économique mondial mercredi 3 juin. La réunion annuelle avait jusque-là toujours visé un monde plus productif avec une prise en compte croissante de l’environnement ces dernières années. Il s’agit désormais de donner de nouvelles bases à l’économie. Une gageure.

Une fenêtre d’opportunité

"La crise du COVID-19 nous a montré que nos anciens systèmes ne sont plus adaptés au 21e siècle", a estimé le président exécutif du WEF, Klaus Schwab. Il ajoute que "la pandémie représente une fenêtre d’opportunité rare mais étroite pour repenser, réinventer et réinitialiser notre monde". Cela sonne comme un doux rêve ? Pas pour Kristalina Georgieva, directrice du Fonds Monétaire international (FMI) : "Nous avons assisté à une injection massive de mesures de relance budgétaire pour (…) que la croissance revienne. Il est primordial que cette croissance conduise à un monde plus vert, plus intelligent et plus juste à l'avenir. Il est possible de le faire. Pourvu que nous nous concentrions sur les éléments clés d'une reprise - et agissions maintenant. Nous n'avons pas besoin d'attendre".

António Guterres, le secrétaire général des Nations Unies, applaudit l’initiative du forum de Davos. "Le Great Reset est une reconnaissance bienvenue que cette tragédie humaine doit être un signal d’alarme, déclare-t-il. Nous devons construire des économies plus égales, inclusives et durables, et des sociétés qui soient plus résilientes face aux pandémies, au changement climatique et les nombreux autres changements globaux qui arrivent."

Les banques centrales à l’action

Les grandes banques centrales y croient aussi. Au même moment, celles-ci publiaient une tribune dans le quotidien britannique The Guardian. "À moins que nous agissions maintenant, la crise climatique sera le scénario privilégié de demain et contrairement au Covid-19 personne ne pourra s'isoler pour l'éviter", assurent-ils. Au rang des signataires, on trouve le gouverneur de la Banque d'Angleterre (BoE) Andrew Bailey, celui de la Banque de France François Villeroy de Galhau, le directeur de la supervision de la banque centrale néerlandaise et président du NGFS (Réseau des banques centrales pour verdir la finance) Frank Elderson et l'envoyé spécial de l'ONU pour le climat Mark Carney.

Ces hauts responsables sont déjà à l’œuvre, dans le cadre du Réseau pour verdir le système financier (NGFS), qui réunit 66 banques centrales dans le monde. Celui-ci vise notamment à échanger des bonnes pratiques pour faire en sorte que les établissements financiers qu’ils supervisent (banques, assurances, société de gestion, etc.) prennent en compte le changement climatique dans leurs décisions.

Les auteurs de la tribune estiment que la crise du coronavirus "offre la chance d'une vie" pour rebâtir l'économie de manière à lutter contre le changement climatique. Ils saluent les mesures de soutien massives mises en place pour amortir le choc de la crise sanitaire et éviter une récession trop profonde. Mais il est nécessaire de penser au-delà de la pandémie, préviennent-ils, alors même que les pays dans le monde sont loin, selon eux, de respecter les Accords de Paris sur le climat, qui visent à limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C.

Arnaud Dumas, @ADumas5 et Ludovic Dupin @LudovicDupin


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