La 5G arrive tout doucement en France. À partir de septembre, les fréquences seront attribuées aux opérateurs. Pour des maires opposés à ce nouveau standard, il faut instaurer un moratoire pour raisons environnementales, sanitaires et sociales. Selon le gouvernement, la France ne peut pas se permettre de prendre du retard sur cette technologie nécessaire à la compétitivité tricolore.

Alors que le déploiement de la 5G en France est imminent, les mouvements d’opposition à cette technologie, 10 fois plus rapide que la 4G, se politisent. Dimanche 13 septembre, cette opposition a été portée par 38 maires, essentiellement EELV, France Insoumise et PS. Parmi eux, on retrouve Grégory Doucet, maire de Lyon, Pierre Hurmic, maire de Bordeaux, Michèle Rubirola, maire de Marseille. Associés à des députés, ils signent une tribune dans le Journal du Dimanche, appelant à un moratoire jusqu’à l’été 2021 sur le déploiement des fréquences.
Pour eux, celui-ci "intervient sans étude d’impact climatique et environnemental ni aucune consultation publique préalable". Ils demandent "la tenue d’un débat démocratique décentralisé sur la 5G et sur les usages numériques". Ils craignent que les usages numériques augmentent inconsidérément et que cela entraîne "une très forte consommation d’énergie par la sollicitation des antennes et des serveurs". Ils ajoutent que "le déploiement de la 5G va exponentiellement accélérer l’exploitation de ressources naturelles non renouvelables", pour fabriquer les équipements et les terminaux dont les téléphones portables.
Fracture numérique
Ils jugent par ailleurs que le déploiement de la 5G va accentuer la fracture numérique alors que certaines zones rurales peinent encore à se connecter. "Les collectivités dépensent des sommes importantes pour équiper en fibre les espaces ruraux et des espaces mal desservis, l’arrivée de la 5G risque surtout d’aggraver les fractures numériques existantes", écrivent-ils. À cela s’ajoute une question sur les données personnelles : "(avec la 5G), on donne les clefs d’un pouvoir de prévision et de contrôle social à des géants du numérique".
Interrogé sur France Inter, l’un des signataires de la tribune Yannick Jadot, député européen (EELV) se fait plus précis sur ce dernier point en visant particulièrement le chinois Huawei. "Vous mettez Huawei pour construire les tuyaux où vont passer toutes mes données (…) Huawei est une entreprise chinoise qui doit rendre des comptes en permanence à l’État chinois. En Chine, l’État peut demander toutes les données de fournisseurs d’Internet sans même le rendre public", détaille-t-il.
Cadeau fait aux rivaux économiques
"Notre souveraineté numérique, économique, démocratique, ne se négocie pas", explique Yannick Jadot. Toutefois, l’eurodéputé assure ne pas être opposé par principe à la 5G et juge même "qu’elle pourrait contribuer à la transition écologique dans certains secteurs". Mais pour lui, il faut un débat citoyen sur les usages. Pas le temps, lui répond le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. "C’est indispensable que nous déployions la 5G. On ne va pas faire ce cadeau à nos adversaires ou à nos rivaux économiques de prendre du retard sur le déploiement de la 5G".


La 5G est déjà en cours de déploiement en Allemagne, en Suisse, en Italie, au Royaume-Uni, en Corée du Sud, aux États-Unis… "Ce serait une erreur dramatique pour le pays. Ça nous priverait d’avancées en matière médicale, de gestion des flux d’énergie, de gestion des transports", ajoute-t-il. Franck Riester, ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’attractivité, attaque directement la tribune jugée "sectaire". "Nous devons rester fermes et déterminés à innover, à miser sur des progrès technologiques", a-t-il estimé.
Ludovic Dupin

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