Publié le 17 septembre 2018

NUMÉRIQUE

Ni l’ONU, ni l’Europe ne semblent en mesure d’arrêter l’essor des robots tueurs

Fin septembre, l’Europe a adopté une timide résolution contre les armes autonomes… Tandis que de nombreux pays, dont les États-Unis, la Russie ou encore la France avancent à grands pas pour le développement des robots tueurs. 75 ONG et des experts des nouvelles technologies appellent pourtant à encadrer ces innovations.

L'armée américaine est favorable à l'utilisation d'armes autonomes pour limiter les pertes sur les zones de conflit.
@USMarineCorp

Les politiques s’emparent enfin du sujet après des années d’alerte de la société civile… mais leur pouvoir semble terriblement limité. L’enjeu est celui des armes autonomes, plus souvent décrites sous le nom accrocheur de "Robots Tueurs". Il s’agit d’armes, comme des petits blindés ou des drones, mues par l'Intelligence artificielle. Elles sont alors à même de prendre seules des décisions dans des zones de conflit, y compris celle de tirer pour tuer.

Le 12 septembre, les députés européens ont voté à une immense majorité une résolution qui vise à interdire ces armes autonomes. Selon eux, "une décision à caractère létal ne peut se prendre sans l’intervention et le contrôle d’un être humain, étant donné que ce sont les humains qui restent comptables de toute décision concernant la vie ou la mort". Une décision très forte mais dont la portée est tout à fait symbolique.

Elon Musk inquiet

D’une part, la décision du Parlement européen n’a pas de valeur juridique et n’est pas contraignante. D’autre part, elle concerne les armes intelligentes létales, mais en aucun cas les armes autonomes avec d’autres capacités, comme celle de neutraliser des individus ou de détruire des infrastructures. Or, selon Amnesty international, "des drones capables d’envoyer des fléchettes à décharge électrique, du gaz lacrymogène et des projectiles contenant du gaz poivre existent déjà".

De nombreux appels sont lancés pour éviter la prolifération de ces nouvelles technologies. 75 ONG mènent la campagne "Stop Killer Robots" ("Arrêter les robots tueurs"). Par ailleurs, une centaine d'entreprises spécialisées dans la robotique, dont Tesla et DeepMind, alertent sur le risque de développement des armes autonomes grâce aux progrès de l’Intelligence artificielle. Selon eux, les Nations unies doivent légiférer sur ce sujet avant que ces armes ne tombent entre de mauvaises mains ou ne soient piratées.

La France entre deux eaux

Justement, l’ONU n’ignore pas le sujet. Ce thème est même régulièrement à l’ordre du jour. Fin août, la 6e réunion internationale sur les systèmes d’armes létales autonomes (SALA) s’est déroulée à Genève. Elle a réuni les représentants de 88 pays. Ces discussions ont abouti à une déclaration non-contraignante… sur la nécessité de se saisir du sujet.

Aujourd’hui, 26 pays, dont la Chine ou le Brésil, se sont positionnés en faveur d’une interdiction. Mais de nombreuses forces œuvrent dans le sens contraire. Selon Human Right Watch, "la France, les États-Unis, le Royaume Uni, Israël ou la Russie rejettent l’idée de négocier une nouvelle législation internationale sur les SALA. Ces puissances militaires investissent massivement dans les drones armés et autres systèmes avec des niveaux de contrôle humain réduits".

Officiellement, le Président Emmanuel Macron s’est déclaré "catégoriquement opposé" aux armes létales autonomes. Mais, lors de la réunion à l’ONU, les diplomates français n’ont fait que proposer l’adoption d’une simple déclaration politique non-contraignante sur le sujet, critique Human Right Watch.

Programme de 2 milliards de dollars

Quelques jours après ce sommet, un énorme contre-signal est venu de Washington. Dans un communiqué, le Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA), l’organe du Pentagone dédié à l’armement, a annoncé la mobilisation de deux milliards de dollars sur cinq ans sur le sujet des intelligences artificielles à destination de l’armement.

Le Darpa aurait aimé compter sur l’aide des géants de la Silicon Valley, mais le géant Google a dû décliner. Un temps engagé au côté de l’armée américaine pour améliorer l’interprétation de l'imagerie vidéo des drones militaires, la firme a finalement reculé après une fronde massive des salariés qui refusaient que leurs technologies soient employées dans des armes. Amazon et Microsoft, en revanche, se tiennent prêts sur ce sujet.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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