Publié le 03 avril 2019

NUMÉRIQUE

Intelligence artificielle : une semaine après avoir été créé, le comité éthique de Google est déjà hors course

Google a eu pour ambition de développer un programme d’Intelligence artificielle avec l’armée américaine. Mais face au tollé soulevé chez ses propres salariés, l’entreprise s’est ravisée et a mis en place un comité éthique sur cette nouvelle technologie. Pénalisé par un mauvais casting, celui-ci est déjà malmené… Mais il n’empêche que cet enjeu concerne désormais toutes les entreprises.

Google, grand promoteur de l'Intelligence artificielle, a lancé un comité éthique sur ce sujet.
@Google

Pas facile de mettre de l’éthique dans l’Intelligence artificielle (IA) chez Google. Ce grand précurseur a souvent été mis en alerte par ses salariés sur les mauvaises utilisations qui pourrait en être faites. C’est pourquoi fin mars, Kent Walker, vice-président en charge des affaires internationales, a annoncé la création d'un conseil consultatif externe sur les technologies de pointe.

Le Advanced Technology External Advisory Council (ATEAC) réunit huit spécialistes de tout horizon. "Les effets nocifs potentiels de l'Intelligence artificielle ne sont pas répartis de manière égale et suivent les schémas historiques de discrimination et d'exclusion", explique le groupe qui évoque les questions d’embauche, la surveillance à outrance ou les armes intelligentes.

Mais le comité a fait long feu. Une semaine après sa création, l’ATEAC a déjà implosé. Plus de 800 salariés du groupe ont signé une pétition pour exiger le départ de la politicienne Kay Cole James, connue pour avoir tenu des positions anti gay et transgenre. Une autre membre, Dyan Gibbens, présidente de la startup spécialiste des drones Trumbull Unmanned, est critiquée pour ses liens avec l’armée.

Facebook engagé aussi

Coup dur pour le "gentil géant" de la Silicon Valley qui comptait bien tourner la page du bad buzz de l’été 2018. 4 000 salariés de l’entreprise étaient alors montés au front pour mettre fin au projet Maven. Il s’agissait de développer l’IA pour optimiser les systèmes de repérage des drones militaires américains. Google avait fini par renoncer.

Si le comité de Google a échoué, il n’empêche que cela met en lumière une problématique globale. L’usage de l’Intelligence artificielle devient une question de la responsabilité sociétale des entreprises. Un autre géant du numérique en a pris conscience : Facebook. L’entreprise, largement controversée pour ses pratiques sur la gestion des données, a annoncé fin janvier la création de l’Institut pour l’éthique de l’intelligence artificielle.

Installé à Munich, en coopération avec l'Université technique de la ville, le centre va recevoir 7,5 millions de dollars de la part de la firme américaine, mais n’accueillera aucun salarié de Facebook. L’objectif est de mener des "recherches indépendantes et scientifiques pour apporter des connaissances et des conseils à la société, l’industrie, les législateurs et les décisionnaires des secteurs privé et public", explique l’entreprise.

Un Giec de l’Intelligence artificielle

Le Français Thales, un des géants du domaine, prend aussi ce virage… d’autant plus sensible pour une entreprise spécialiste de la défense. Elle a adopté une charte "Éthique et transformation numérique" qui porte sur l’IA. "Chez Thales, on a tracé des lignes rouges. Les robots tueurs en sont une. Thales n’ira pas sur ce terrain", a assuré le PDG Patrice Caine. Au-delà la responsabilité, Thales estime que cette ligne de conduite est indispensable pour attirer les meilleurs spécialistes du domaine.

De toute manière si les entreprises n’assument pas ces enjeux, ce sont des autorités supranationales qui le feront. Début mars, l’Unesco a lancé un groupe de travail pour établir un texte commun sur l’éthique de l’IA visant à être décliné dans les législations des pays signataires. Pour Audrey Azoulay, directrice générale : "Il est certainement prématuré de vouloir réglementer [l'IA] au niveau mondial, mais il est plus que temps de définir un socle de principes éthiques qui encadreraient cette disruption".

En décembre dernier, la France et le Canada ont lancé conjointement le Groupe international d'experts en intelligence artificielle (G2IA). Emmanuel Macron veut reproduire le modèle du Giec, le groupe d’expert sur le climat. "Nous invitons les chercheurs, entreprises, organisations internationales et pays qui partagent nos valeurs à nous rejoindre. Ensemble, nous garantirons que l’intelligence artificielle sera au service de l’humanité", explique-t-il.

Ludovic Dupin@LudovicDupin


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