Publié le 20 février 2018

NUMÉRIQUE

La Blockchain, une des clés de l'Accord de Paris

La blockchain est très énergivore, et pourtant, elle pourrait être une des clés d'application de l'Accord de Paris, selon Stéphane Voisin, spécialiste finance verte et innovation digitale durable à l'Institut Louis Bachelier. Grâce à son inviolabilité et sa traçabilité sans faille, elle participerait à sa mise en application, à condition d'utiliser des blockchains alternatives plus respectueuses de l'environnement. 


Pixabay

Qu'est-ce que la blockchain ?

Il faut se représenter la blockchain comme un registre. Une sorte de grand livre de comptes, qui va être à la fois infalsifiable, traçable et distribué entre tous ses serveurs, ce qui en fait sa résilience. Il est intéressant d’analyser la convergence entre l'esprit initial de la blockchain et les thématiques de développement durable. Le premier type de blockchain, le bitcoin, est né à la suite de la crise financière de 2008. L’idée initiale était de créer une monnaie alternative résiliente face à un possible effondrement du système financier traditionnel.

Comment la blockchain peut participer à la transition énergétique ?

La blockchain peut certainement devenir une infrastructure digitale capable de porter un certain nombre des ambitions de l'Accord de Paris dont l’architecture est bâtie sur un consensus. C'est le miracle du 12 décembre 2015 : avoir réussi à construire un consensus à 195 pays. Mais on se rend compte après les COP 22 et 23 à quel point ce consensus est difficile à tenir. Or la blockchain est une formidable machine à fabriquer du consensus. D’autres caractéristiques de l'Accord de Paris résonnent parfaitement avec la Blockchain comme la traçabilité, la fiabilité et bien sûr la transparence. 

Comment va fonctionner cette blockchain ?

Plusieurs organisations ont participé à la création d’une coalition appelée Climate Chain Coalition. Il vise notamment à élaborer un standard. C'est-à-dire un protocole commun qui ferait en sorte que pour une tonne de CO2 émise ou une tonne de CO2 évitée, il n'y ait pas deux blockchain qui se superposent. Lorsqu'on aura mis au point ce standard, on sera dans une position beaucoup plus facile pour porter les solutions Blockchain au cœur de la mise en œuvre de l'Accord de Paris. Mais au-delà de l’acceptabilité de cette technologie par les États, notre intuition est que la Blockchain va, de toute façon, déborder les cadres institutionnels et s’imposer de façon plus fragmentée, à commencer au niveau des communautés et des monnaies locales intégrant une dimension bas carbone par exemple.

Pourtant, on sait que la blockchain est très énergivore. N'est-ce pas contradictoire avec la protection du climat ?

La consommation énergétique et l'empreinte carbone de certaines blockchains ne sont évidemment pas compatibles avec l'Accord de Paris. L'empreinte énergétique du bitcoin par exemple, dont chaque unité pèse en moyenne 3 tonnes C02, est à peu près similaire à l'empreinte carbone de l'Irlande. C'est un pays de plus sur la carte en termes d'émissions ! Nous étudions donc des protocoles alternatifs de consensus qui ne sont pas du tout énergivores et qui émergent. Ces nouveaux protocoles méritent encore d'être consolidés mais ils existent.

Propos recueillis par Marina Fabre @fabre_marina


© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

NUMÉRIQUE

Blockchain

Dans un monde qui veut plus de transparence et de traçabilité, la Blockchain s’impose peu à peu dans tous les secteurs. Complètement décentralisée, cette technologie permet de suivre et de rendre infalsifiables toutes les transactions réalisées entre des acteurs, par exemple dans une chaîne de sous-traitance.